Israël/Etude

Les relations entre Juifs et Arabes d'Israël à la loupe

Vendredi 10 novembre 2017 par Nathalie Hamou

L’Institut israélien pour la démocratie (IDI) scrute les liens complexes qu’entretiennent les citoyens juifs et arabes du pays. Les résultats de l’étude qu’il vient de publier sont interpellants

Le fait n’a échappé à personne : le Parlement israélien examinera lors de la session d’hiver le très controversé projet de loi de nationalité, visant à inscrire dans le marbre de la loi fondamentale le caractère juif de l’Etat hébreu. Un texte qui suscite notamment l’hostilité des partis arabes de la « Liste unie », pour lesquels ce projet de loi discrimine 20% de la population nationale*. Saisissant la balle au bond, l’Institut israélien pour la démocratie, sis à Jérusalem, a publié cette semaine les résultats de son étude périodique, intitulée « Partenariat limité » et consacrée aux relations complexes entre Juifs et Arabes d’Israël.

Réalisée début 2017 auprès d’un échantillon d’un millier d’Israéliens (pour moitié juifs et arabes), cette enquête met en avant plusieurs points de crispation. Interrogés au sujet de la loi de nationalité, 58% des Israéliens juifs estiment ainsi que les citoyens arabes qui n’adhèrent pas au concept d’un Etat d’Israël, défini comme le foyer national du peuple juif, devraient se voir retirer le droit de vote. Corrélativement, le même sondage montre que 67% des citoyens arabes considèrent que l’Etat d’Israël n’a pas le droit de se définir comme le foyer national du peuple juif.

Autres signes de défiance : deux tiers du public juif se déclarent opposés à l’inclusion de partis arabes au gouvernement et à la nomination de ministres arabes. Dans un autre registre, plus de 40% des Israéliens juifs estiment que leurs compatriotes arabes ne devraient pas être autorisés à acquérir des terrains en dehors de leurs quartiers ou de leurs communautés. Plus de la moitié du public juif indique qu’il serait préférable pour les deux communautés que Juifs et Arabes résident séparément afin que l’identité juive soit préservée. Alors que 77% des Arabes d’Israël affirment ne pas vouloir vivre séparément de leurs concitoyens juifs.

De bonnes relations… dans le privé

De fait, alors que 63% Israéliens juifs ont le sentiment qu’une majorité d’Arabes israéliens n’ont pas développé de sentiment d’appartenance (à la société israélienne), 54% des Arabes israéliens interrogés affirment à l’inverse se sentir partie prenante de la société israélienne. De plus, alors qu’il est devenu courant de se référer « aux citoyens palestiniens d’Israël », seuls 14% des citoyens arabes interrogés estiment que leur identité est avant tout palestinienne. Ils sont 39% à considérer que leur identité arabe est celle qui prévaut, 34% à invoquer avant tout leur appartenance religieuse, et 10% à se définir en premier lieu comme Israéliens (contre 38% pour leurs compatriotes juifs).

Il est par ailleurs rappelé que les deux groupes ne maîtrisent pas de manière égale la langue de l’autre, puisque 6% des Israéliens juifs peuvent s’exprimer couramment en langue arabe, tandis que 69% des Arabes d’Israël maîtrisent couramment l’hébreu. Mais d’autres facteurs de relations harmonieuses existent. Ainsi, parmi les Israéliens déclarant être employés sur des lieux de travail rassemblant Juifs et Arabes, les relations professionnelles sont qualifiées de « bonnes » ou de « très bonnes » dans 90 à 95% des cas.

Comment expliquer une telle disparité de résultats ? « Autant il existe un désaccord substantiel entre Juifs et Arabes lorsqu’on place le curseur au niveau de l’Etat », pointent les auteurs de l’étude. « Autant, les relations observées au niveau sociétal et interpersonnel apparaissent moins tendues. Dans certains contextes, la situation peut même être qualifiée de positive ».

* Les Arabes d’Israël forment 20% de la population de l’Etat hébreu, et sont à 83,5% de confession musulmane.


 
 

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  • Par Willy lermer - 17/11/2017 - 12:11

    A la lecture de cet article, il y a lieu d'être optimiste sur la société israélienne, ou Juifs ét arabes jouissent d'une démocratie forte et vivante.