Vu d'Israël

Rappelle-toi, Barbara...

Vendredi 24 novembre 2017 par Nathalie Hamou

La chanteuse iconique (« Göttingen », « L’Aigle noir », « Nantes »…) s’est éteinte le 24 novembre 1997, voilà exactement vingt ans. Une jeune interprète israélienne lui rend un sublime hommage en langue hébraïque.

 

Dans l’Etat hébreu aussi, on se souvient de Barbara, l’immense auteure-compositrice-interprète, qui s’est éteinte à l’âge de 67 ans, le 24 novembre 1997, il y a exactement vingt ans. Certes le public israélien ne connaît pas forcément les détails de la vie tourmentée de la grande dame de la chanson française, née Monique André Serf, issue d’une famille juive originaire d’Europe centrale, et qui a dû quitter Paris avec ses parents pendant l’Occupation allemande, pour se cacher d’abord à Tarbes, puis à Saint-Marcellin, près de Grenoble.

Mais l’interprète de « L’Aigle Noir », « La Dame brune » (la chanson de Georges Moustaki, chantée en duo avec lui) ou de « Ma plus belle histoire d’amour », a su conquérir le cœur d’Israël, pays où sa jeune sœur, Régine, réside toujours. Et beaucoup gardent encore en mémoire la série de concerts donnés en 1973 et 1974 à Tel-Aviv et Jérusalem. « Je l’ai tout d’abord découverte à Paris, sur la scène de Bobino, avant de venir l’applaudir ici. A mes yeux, Barbara représente un mélange de charisme, de douleur, d’humour et d’authenticité », confie Muli Shapira, un journaliste culturel et présentateur vedette de la radio israélienne, où il totalise plus de quarante ans de carrière.

« Dans l’enceinte d’Hechal Ha Tarbut (la grande salle de concert de Tel-Aviv où se produit l’orchestre philharmonique d’Israël, ndlr), Barbara a été ovationnée par un auditoire composé à la fois de francophones et d’Israéliens qui ne comprenaient pas le français », se souvient pour sa part Hubert Helal, un amoureux de la première heure. « Barbara n’extériorisait pas beaucoup sa judéité, mais cela ne voulait pas dire qu’elle ne la vivait pas. C’était une enfant de la Shoah », précise encore ce septuagénaire d’origine française, monté en Israël en 1968. 

Ce dernier peut en tout cas se réjouir d’avoir apporté sa contribution à un très beau projet : « Talya Eliav chante Barbara »*. Sorti voilà quelques mois, ce disque de dix titres, dont « Mon Enfance », « Le Soleil noir » ou « Dis quand reviendras-tu ? » se présente en effet comme le premier album de chansons de Barbara en langue hébraïque. Un sacré pari que s’est donné la chanteuse et pianiste israélienne Talya Eliav, une jeune interprète de la scène musicale indépendante (trois autres albums au compteur), qui réside à Haïfa.

Ce n’est pas la première fois que l’on entend Barbara en hébreu. Le célèbre acteur israélien Yossi Banaï a, par exemple, interprété « La Dame Brune », un texte traduit par Yaakov Shabtai, tandis que l’interprète Corinne Allal a chanté « Perlimpinpin » dans une traduction d’Ehud Manor. Mais d’évidence, l’album signé Talya Eliav et produit par son partenaire, le guitariste Shay Lewinstein, constitue un projet musical d’une tout autre envergure. « Pour mener à bien ce projet, il fallait une voix, des états d’âme », fait valoir Huber Helal. « Avec Barbara, on est dans le mal de vivre, la nostalgie, dans l’amour qui monte très haut et qui descend très bas ».

Le résultat est là. Aidée pour la traduction de deux amis francophones, Hubert Helal et Noémie Dahan, Talya Eliav parvient de manière sublime à faire résonner les paroles de Barbara en hébreu, en laissant exprimer une incroyable sensibilité. « Il y a un an, lorsque j’ai chanté pour la première fois l’un des titres de l’album, à l’occasion du Festival du piano de Tel-Aviv », raconte-t-elle, « j’ai eu la surprise de faire la connaissance de Régine ». La sœur de Barbara, qui était dans la salle, lui a alors confié avoir été particulièrement émue par son interprétation.

*https://talyaeliav.bandcamp.com/album/talya-eliav-chante-barbara


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/