L'opinion

Que nous enseigne l'affaire Tamimi ?

Mardi 6 mars 2018 par Willy Wolsztajn, Administrateur du CCLJ
Publié dans Regards n°878 (1018)

Ahed Tamimi est cette jeune Palestinienne arrêtée et déférée devant un tribunal pour avoir giflé un militaire israélien. Sa mère, qui filmait la scène, a été également incarcérée. Les faits se déroulent au village de Nabi Saleh, 600 habitants, situé en Cisjordanie à 20 kilomètres de Ramallah et pourvu d’une source.

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    Les résidents de l’implantation juive voisine de Halamish ont confisqué cette source pour la transformer en attraction touristique, la rendant inaccessible aux terres agricoles palestiniennes auxquelles elle appartient. Depuis 2009, les villageois organisent tous les vendredis une manif de protestation. C’est la famille Tamimi qui anime le mouvement.

    Les Tamimi ont lancé une sorte d’intifada médiatique. Ils ont créé à cette fin la Tamimi Press International. Une photo devenue virale montre un conscrit israélien tentant d’arrêter un jeune Palestinien, assailli par des femmes et des enfants. Ahed Tamimi lui mord la main à pleines dents.

    La famille Tamimi compte dans sa parentèle une cousine, Ahlam. En 2001, celle-ci a participé à l’attaque du restaurant Sbarro à Jérusalem. Relaxée dans le cadre de l’échange de prisonniers Gilad Shalit, il faut la voir sur la télévision du Hamas se souvenir avec jubilation d’avoir entendu croître le nombre des victimes, enfants inclus. Raconter la joie des Palestiniens dans le bus où elle se trouvait après l’attentat. Regretter, avec un vilain sourire, qu’il ne comptât pas davantage de morts. La mère de cette fratrie considère sa nièce Ahlam comme une héroïne. Elle a publié sur sa page Facebook un post à la gloire d’Ahlam, de Wafa Idris et de Dalal Mughrabi –elles totalisent ensemble 55 tués et plus de 300 blessés–, ainsi que de Leila Khaled, l’iconique détourneuse d’avion des années 1970. A côté d’autres photos dédiées à sa nièce, sa page Facebook affiche le leader du Hamas feu cheikh Yassine.

    Le gouvernement israélien ferait mieux de relâcher la mineure d’âge Ahed Tamimi. Ainsi que sa mère. Les incarcérer était très malvenu. Voilà la Start up nation, dotée de la plus puissante armée du Moyen-Orient, qui perd les pédales face à une poignée de Palestiniens engagés dans une intifada sur Internet. Quel aveu de faiblesse ! Lorsqu’une fille juive frappe un militaire israélien, comme la jeune Yifat Alkobi à Hébron, parce qu’il l’empêchait de caillasser des Palestiniens, l’armée se contente de l’embarquer au poste puis la renvoie à domicile.

    Pour rappel, l’entreprise d’implantations juives en Cisjordanie vise à étendre la souveraineté israélienne de la mer au Jourdain. La cause palestinienne, qui se pare toujours de vertus de « résistance » et de « lutte anticolonialiste », poursuit en réalité le même objectif. L’entrée du Centre culturel de Ramallah s’orne d’une grande carte murale de la Palestine. Celle-ci s’étend de la mer au Jourdain, à la place d’Israël. Le programme du nationalisme palestinien ambitionne d’effacer la « parenthèse sioniste ». Seuls lui manquent aujourd’hui les moyens de sa politique. Mais jusqu’à quand ? Telle est la nature profonde du conflit israélo-palestinien.

    Bien sûr, Israël se trouve planté au milieu du chaudron moyen-oriental. Quoique cerné de menaces extérieures, aucune n’apparait vitale. Certes l’Iran campe aux frontières du Golan en plein chaos syrien. Mais le peuple iranien se montre de plus en plus excédé par les ayatollahs. Il aspire à rejoindre le cercle des nations fréquentables, gage de prospérité et de démocratie. Si le vent tourne en Iran, le Hezbollah verra réduite sa marge de manœuvre. Quant au Liban lui-même, aucun litige ne l’oppose à Israël, si l’on excepte les fermes de Chebaa, ce trou perdu du Golan annexé. Côté Egypte et Jordanie, les traités de paix fonctionnent plutôt bien, malgré l’hostilité des populations.

    Les Palestiniens constituent le seul défi existentiel pour l’Etat juif. La conscience nationale palestinienne s’est forgée en opposition au sionisme. Le nationalisme palestinien constitue un antisionisme en action. Le peuple palestinien n’abdiquera jamais. Il a retenu la leçon de 1948. Les Palestiniens se trouvent là pour rester. D’ores et déjà, entre mer et Jourdain, vivent un nombre égal de Juifs et d’Arabes, avec un léger avantage à ces derniers. Celui-ci ne pourra que croître.

    L’Etat juif ne pourra jamais absorber les Palestiniens. Par contre ceux-ci possèdent le pouvoir potentiel de dissoudre l’Etat juif. L’intifada électronique des Tamimi l’illustre. Même enfermés, ils s’en sortent vainqueurs. La seule solution pour Israël consiste à se séparer des Palestiniens qu’il tient sous sa férule en Cisjordanie et à Gaza. A leur lâcher un Etat souverain et viable à ses côtés avec frontières internationalement reconnues, continuité territoriale, Jérusalem–  Est pour capitale et compromis sur les Lieux saints, assorti pour Israël de garanties sécuritaires sérieuses. Cela n’établira peut-être pas la paix, mais cela clora au moins la question palestinienne.

    Aujourd’hui, le nationalisme juif écrase totalement le nationalisme palestinien. La majorité du leadership israélien ne semble pas saisir la menace existentielle qui pèse sur l’Etat juif. Ni davantage l’opinion juive, en Israël comme en diaspora. Ils souffrent du syndrome du dominant. Ils méprisent l’ennemi. Le conflit israélo-palestinien a beau être de basse intensité, mépriser l’ennemi expose à perdre la guerre. 


     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Cyrla Lemkowitz - 19/03/2018 - 12:24

      Que nous enseigne l'affaire Tahimi ?

      Des faits:
      1.Yifat Alkobi , une femme habitant une colonie a giflé un soldat et a été libérée.
      Donc, deux justices, l'une pour les palestiniens et l'une pour les colons juifs. Ca s'appelle ....
      2. Ahed Tahimi chaleureusement accueillie, comme une fleur dans les bras d'Erdogan. (voir photo) Tirez-en les conclusions

      3. Que nous enseigne l'affaire Tahimi? Que ce n'est pas cela le problème mais l'occupation (des territoires occupés)
      et enfin
      4. Qu'il balayer d'abord devant sa porte, pusiqu'il ya en Belgique des migrants mineurs enfermés dans les centres fermés. Deux justices pour deux types de population. Faut pas chercher si loin.

    • Par ramy - 20/03/2018 - 12:31

      contrairement aux commentaires et articles ne reflétant ni réalité ni bonne foi à l'égard des palestiniens ou des juifs ---diffusés --le votre ne peut que rapprocher les points de vues et peut être amener enfin à une paix au bénéfice des deux parties de même origine , coutumes et histoire--et pour le bien de toute une région ---bravo,

    • Par Michel Pirotte - 22/03/2018 - 13:10

      Je partage assez largement cette analyse. Il me semble que beaucoup, surtout en Israël, oublient deux faits essentiels:
      1) l'Etat d'Israël s'est construit et développé en grande partie au détriment de la population locale, de langue arabe mais pas uniquement composée de musulmans. Cela ne signifie pas qu'il soit possible de revenir sur cet état de fait de plus de 70 ans.
      2) les craintes de beaucoup de juifs à l'égard d'un danger venant des Palestiniens et très souvent basé sur des propos isolés liés à un sentiment d'impuissance et/ou d'injustice sont très exagérés: Israël est la principal puissance militaire au Moyen-Orient et mène régulièrement des opérations dans les pays voisins ou à Gaza/ on ne voit pas quand et comment le rapport de forces pourrait se modifier par rapport à un possible Etat palestinien, qui devra surtout s'occuper de la situation sociale de sa population, sous peine de perdre totalement la confiance et l'adhésion de celle-ci.
      Enfin maintenir en détention une jeune fille mineure qui a giflé un soldat ayant pénétré dans la propriété de ses parents ne pourra en aucun cas apporter un quelconque crédit international à l'armée et aux autorités israéliennes. Le contraire est nettement plus probable.

    • Par SZOMBAT williams - 22/03/2018 - 19:29

      je ne suis pas d'accord avec vos conclusions