Israël

Quand les écoles laïques ferraillent contre les contenus religieux

Mardi 6 mars 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°878 (1018)

Etablie en 2011, l’organisation « Secular Forum » tente de protéger le système scolaire israélien laïque du phénomène de « hadata » (endoctrinement religieux en hébreu), qui se manifeste notamment par l’essor de contenus pédagogiques religieux.

Sensibilisation dans les médias à la laïcité

En Israël, le phénomène de la « hadata » (une expression dérivée du mot « dat », religion, en hébreu), qui se manifeste par des tentatives de coercition religieuse en milieu scolaire laïque, inquiète de plus en plus de parents. Le dernier exemple en date a été ébruité fin janvier dans les médias israéliens. A Hod Ha Sharon (au nord de Tel-Aviv), Nitzan Weisberg, une mère de quatre enfants scolarisés dans une école primaire non religieuse, a fait part de son étonnement lorsqu’elle a découvert que les supports pédagogiques utilisés en cours de sciences et de technologies comportaient une vidéo sur le rôle de la femme dans l’allumage des bougies de Shabbat, qui séparent le profane du sacré.

« Je m’attendais à ce que la vidéo finisse par aborder le volet scientifique et réponde à la question posée par la leçon : pourquoi a-t-on besoin de lumière ? Mais en vain ! », a-t-elle posté sur Facebook, avant d’être soutenue par d’autres parents courroucés. Le même support en ligne, baptisé Galim, utilisé par près de 750.000 écoliers de 2.100 écoles primaires du pays, soit 44% des écoles à l’échelle nationale, intègre d’autres motifs juifs dans les cours de sciences et technologiques : la matsa et le pain pour illustrer le sujet de la levure, les rituels du Temple pour un dossier sur les métaux, etc. 

Dans un pays où les fêtes juives font partie intégrante de la culture nationale des citoyens laïques comme religieux, ces références n’auraient en soi rien de choquant si elles n’étaient pas le reflet d’un phénomène plus insidieux. Telle est du moins la conviction de l’organisation « Secular Forum », établie en 2011, pour tenter de protéger le système scolaire israélien laïque du phénomène de la « hadata ».

Au moment de sa création, ce groupe animé par l’activiste Ram Fruman a commencé par faire du lobbying pour combattre l’influence des organisations ultra-orthodoxes dans les quartiers laïques du centre du pays. Mais, rapidement, le « Secular Forum » a concentré son action sur un autre combat : celui de l’endoctrinement religieux dans les écoles publiques laïques. A en croire son fondateur, cette tendance se matérialise de plusieurs façons.

Des allégations « sans fondements » ?

Ram Fruman cite tout d’abord l’évolution du curriculum qui concerne l’identité juive, le  programme « héritage d’Israël » ayant été rebaptisé en 2016 « culture juive et israélienne » : un programme mené sous l’égide d’organisations religieuses issues du courant orthodoxe qui bénéficient de 95% des subsides ministériels. Le « Secular Forum » montre aussi du doigt les manuels scolaires qui intègrent parfois des contenus religieux de manière arbitraire ; sans oublier les cérémonies dont les caractéristiques laïques cèdent la place à des références religieuses.

Il mentionne enfin la présence d’enseignants religieux pratiquants dans des écoles laïques, qui peuvent être tentés d’inciter les élèves à adopter un mode de vie plus proche de la pratique religieuse, compte tenu du profil de l’actuel ministre de l’Education, Naftali Bennett, le chef de file du parti « Foyer juif ». Des allégations rapportées voilà quelques mois par le Jerusalem Post que le ministère de l’Education a qualifié de « ridicules et sans fondements ».

Pour autant, le « Secular Forum » ne baisse pas la garde. Ces derniers mois, l’organisation a passé au crible 80 manuels scolaires utilisés dans les écoles primaires publiques laïques et relevé de multitudes références illustrant l’influence du courant orthodoxe du judaïsme.

Parmi les exemples cités, la référence aux animaux « impurs » dans l’arche de Noé, des illustrations montrant des hommes coiffés d’une kippa pendant le Shabbat, des représentations visuelles qui dressent un portrait flatteur des familles religieuses, tout en dénigrant les membres des foyers laïques, etc. Au point qu’en juillet dernier, le Ministre de l’Education a accepté d’examiner ces griefs et d’envisager de retirer les passages faisant la promotion de la pratique religieuse… Affaire à suivre.


 
 

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