Israël

Le Président Reuven Rivlin, cible d'une campagne de haine

Lundi 20 novembre 2017 par Nathalie Hamou

Le président de l’Etat hébreu Reuven Rivlin a été accusé de trahison sur les réseaux sociaux, après avoir refusé de gracier Elor Azaria, le soldat condamné pour avoir achevé un assaillant palestinien.

 

L’affaire Elor Azaria n’en finit pas de faire de vagues. Après avoir annoncé ce week-end son refus de gracier ce jeune soldat condamné à 18 mois de prison pour avoir achevé un assaillant palestinien, le président de l’Etat hébreu, Reuven Rivlin, a été la cible d’une campagne de haine sur les réseaux sociaux. Une campagne d’une violence telle que la police israélienne a fait savoir ce lundi qu’elle allait ouvrir une enquête. Agé de 78 ans, le président Rivlin, un membre du Likoud (droite), a notamment été accusé par certains internautes de « trahir le peuple Juif et l’armée de défense israélienne », et « d’être le Président de la gauche et des Arabes ».

Mais c’est la diffusion sur la Toile d'un photomontage montrant le Président coiffé d'un keffieh, suggérant qu'il était un traître, qui a alerté les forces de l’ordre. Cette image destinée à mettre le feu aux poudres n’est en effet pas sans rappeler le visuel du Premier ministre Yitzhak Rabin, coiffé du même symbole palestinien, qui a circulé dans la foulée de la signature des accords d’Oslo et peu avant son assassinat en décembre 1995.

Une autre caricature de Reuven Rivlin en train d’agiter un drapeau palestinien a également été postée sur sa page Facebook, sur laquelle se sont répandus les propos haineux. « J'ai honte d'avoir un tel président », ou « Le peuple te hait, démissionne », ont écrit des internautes.

Dernier rebondissement en date d'une affaire qui a déchaîné les passions israéliennes, le président Rivlin avait annoncé dimanche avoir rejeté la demande de grâce du soldat franco-israélien Elor Azaria. Membre d'une unité paramédicale, ce soldat âgé de 21 ans avait été filmé le 24 mars 2016 par un militant pro-palestinien alors qu'il tirait une balle dans la tête d'Abdel Fattah al-Sharif à Hébron, en Cisjordanie occupée.

Le Palestinien venait d'attaquer des soldats au couteau. Atteint par balles, il gisait au sol, apparemment hors d'état de nuire. La vidéo s'était propagée sur les réseaux sociaux. Au terme d'un procès ultra médiatisé qui avait mis en lumière les lignes de fracture parcourant la société israélienne, Elor Azaria a commencé à purger sa peine de prison ferme le 9 août dernier. Le chef d'état-major a réduit sa peine de quatre mois en septembre. Pour sa part, le Président de l’Etat a rejeté sa demande de grâce, son ultime recours, estimant qu’une nouvelle mesure de clémence « porterait atteinte aux valeurs de l'armée israélienne », notamment celle de la « pureté des armes ».

Défenseur des valeurs démocratiques

Ce faisant, il s’est démarqué de nombreuses personnalités de droite qui s’étaient prononcées en faveur de cette grâce, à commencer par le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, et le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, prêtant le flanc à leurs critiques. Le ministre de la Défense a dit « regretter » le rejet présidentiel. La ministre de la Culture, Miri Reguev, a pour sa part accusé M. Rivlin d'avoir cédé aux pressions, « lâché Elor » et « porté atteinte à l'institution de la grâce ».

Le ministre de l’Intérieur Gilad Erdan a précisé qu’il abhorrait une telle incitation à la haine, tout en se déclarant opposé à l’ouverture d’une enquête de police, estimant qu’il s’agissait « d’une offense repoussante », mais « de nature non criminelle ». Le ministre des Transports, Haim Katz, lui-même favorable à une mesure de grâce, a déclaré que les attaques personnelles proférées à l’encontre du président Rivlin étaient « infâmes », « jugeant qu’elles devaient cesser immédiatement ».

Ce n’est pas la première fois que le dixième Président de l’Etat hébreu, qui se pose en fervent défenseur des valeurs démocratiques, s’attire des commentaires haineux. En octobre 2014, des images de Reuven Rivlin coiffé d’un keffieh avaient déjà circulé sur les réseaux sociaux après que le Président eut condamné le racisme anti-arabe au sein de l’Etat juif dans un discours devant la Knesset, Dalia Rabin, la fille de l’ancien Premier ministre, Yitzhak Rabin, assassiné par un extrémiste juif, avait alors tiré la sonnette d’alarme et exhorté le gouvernement Netanyahou « à se réveiller ».


 
 

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  • Par Louys Viviane - 21/11/2017 - 20:27

    Je suis outrée que ce soldat a été condamné....c’est tellement injuste

  • Par Daniel lhost - 23/11/2017 - 18:05

    Le président risquerait-il d'être assassiné comme le fut I. Rabin ?D.L.