Mission Israël-Palestine

Le Premier ministre Charles Michel en Israël

Mardi 7 mars 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°857

Du 5 au 8 février 2017, le Premier ministre belge était en mission en Israël-Palestine. Objectif : un renforcement des relations bilatérales et un dialogue franc sur le plan politique. Une occasion aussi pour le Premier israélien de jauger la voix européenne après l’accession de Donald Trump à la présidence américaine.

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    Un voyage « sans a priori » ni leçon de morale, mais au dialogue « franc », parce que la Belgique est un ami d’Israël et de l’Autorité palestinienne, c’est en résumé ce que le Premier ministre Charles Michel aura répété tout au long de cette mission organisée début févier dans un climat pour le moins tendu quelques jours avant le vote en Israël d’une loi très polémique visant à légaliser des colonies sauvages construites en Cisjordanie. Soucieux d’un équilibre parfait pour maintenir les bonnes relations diplomatiques entre les parties -un jour et demi côté israélien, autant du côté palestinien-, le Premier belge aura toutefois habilement jonglé entre ses visites de terrain et rencontres pour ne choquer personne, quoique, comme se révélera de façon totalement aberrante la fin de son voyage…

    Chose peu courante, Charles Michel s’était fait accompagner d’une délégation parlementaire composée de six membres issus de la majorité et de l’opposition (MR, N-VA, sp.a, PS et CD&V), dont Wouter Beke, président du CD&V, le sénateur MR Jacques Brotchi, et le chef de groupe N-VA à la Chambre Peter De Roover. Une délégation dont la mixité a été saluée d’emblée par le Président israélien Reuven Rivlin. Dans son mot d’introduction qu’il délivrait au Premier belge, mais aussi aux nombreux médias présents, le Président a ensuite insisté sur la généralisation du phénomène Daesh et le fardeau de la sécurité que la Belgique porte aujourd’hui, comme Israël. « Nous sommes à la disposition de tout le monde libre dans ce combat », a-t-il lancé, proposant de partager le savoir-faire israélien. Avant de souligner l’importance de « reconstruire une confiance mutuelle avec les Palestiniens pour revenir à des négociations directes ». Charles Michel s’est lui félicité de « pouvoir parler en toute franchise grâce aux bonnes relations entretenues depuis longtemps avec Israël comme avec la Palestine », s’indignant face aux attentats palestiniens, tout en condamnant la colonisation israélienne.

    Des opportunités mutuelles

    Concrétisation de ces bonnes relations, de gouvernement à gouvernement, mais aussi en matière de business, la visite d’un avion cargo en plein chargement de sa marchandise, prémices d’un nouveau projet d’investissement en Belgique. La société CAL Cargo Airlines, installée à l’aéroport de Liège (Bierset) depuis 1997 avec Lachs, une filiale de manutention et de logistique qui compte déjà quelque 300 employés, a en effet l’intention de lancer pour juin 2017 une filiale sœur, la compagnie ACE (Air Cargo Europe). « Nous sommes spécialisés dans le transport non standard, tout ce qui est produit délicat (pharmaceutique), frais (fleurs), de valeur (œuvres d’art), équipement militaire (hors armes), produits dangereux, ou vivant (chevaux olympiques !) », a précisé le président du groupe, Offer Gilboa. « Nous voyons dans ce projet une grande opportunité pour nos deux pays. La Belgique ne possède pas encore de compagnie cargo, en dehors du courrier. Et Liège, situé au carrefour entre Amsterdam, Paris et Francfort, offrira à Israël l’accès à de nombreuses destinations, aujourd’hui limité ».

    Avant la traditionnelle réception donnée par l’ambassadeur belge à Tel-Aviv, Olivier Belle, en poste depuis six mois, le Premier ministre a rencontré dans un café du port des jeunes Belges qui ont récemment fait leur alyah et lui ont expliqué les raisons et motivations de leur départ. Anouk Lorié, Sarah Peguine, Jehan Berman et Pascaline Wagermans, quatre trentenaires enthousiastes, plus ou moins politisés, investis dans la vie active (médias, culture, secteurs  associatif et agricole), qui ont pu bénéficier des quelques avantages financiers qu’Israël accorde aux nouveaux migrants, mais n’en restent pas moins conscients du confort de vie de leur pays natal. Principalement venus en Israël « pour la chance que cet Etat donne aux jeunes », « son dynamisme stimulant » et « ses possibilités illimitées », déplorant à l’inverse « l’immobilisme européen », ils ont insisté sur leur attachement à la Belgique, qui leur manque un peu, parfois…

    « Un recul pour les négociations de paix »

    Pour la première fois en Israël en tant que Premier ministre, Charles Michel s’est rendu au Mémorial de l’Holocauste Yad Vashem ((c) V. Braun) pour y déposer une couronne de fleurs dans le Hall du Souvenir, avant de laisser ces quelques mots dans le livre d’or : « Plus jamais cela ! La Mémoire, la liberté, le Respect sont des exigences absolues ». Hasard du calendrier, sa rencontre prévue avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou suivait de quelques heures le vote par la Knesset de la loi de légalisation de 55 avant-postes construits en Cisjordanie qui permet à l’Etat de s’approprier quelque 800 hectares de terres palestiniennes. Benjamin Netanyahou, en déplacement chez la Première britannique Theresa May, était expressément rentré en Israël pour être présent à ce vote. Et pour accueillir Charles Michel dès le lendemain, souhaitant également connaitre le point de vue européen quant aux relations outre-atlantiques après l’accession de Trump à la Maison-Blanche, sujet largement débattu au dernier Sommet de Malte. Après que Benjamin Netanyahou se soit fendu d’une rare déclaration, revenant non pas sur la loi votée la veille, mais sur le processus de paix et « la nécessité d’une reconnaissance de l’Etat d’Israël par les Palestiniens comme un préalable à toute discussion », Charles Michel a, comme il l’avait annoncé, poursuivi dans son « parler franc », considérant la décision de la Knesset comme « un recul pour une négociation du processus de paix », jugeant la colonisation « contraire au droit international » et « ne favorisant pas le retour de la confiance mutuelle ».

    Côté palestinien, c’est à Ramallah, en fanfare et devant une haie de soldats en tenue d’apparat, que le Premier ministre belge a ensuite rencontré son homologue Rami Hamdallah, auquel il a également fait part de ses préoccupations face aux violences perpétrées à l’encontre d’Israël, des attaques terroristes « inacceptables » et « la propagation de messages de haine », tout en insistant sur « une reconnaissance de l’Etat palestinien, fondamentale ». Charles Michel est ensuite allé déposer une gerbe au nom de la Belgique devant le Mausolée dédié à l’ancien président de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat. « Charles Michel a basé son entretien avec Rami Hamdallah sur ce qu’il avait dit le matin même à Benjamin Netanyahou », nous confiait sur place le sénateur bruxellois Jacques Brotchi. « Il a été très direct et honnête, posant les bonnes questions ». Avant de relever : « Rami Hamdallah a affirmé être l’interlocuteur de la paix, mais il ne peut pas parler pour le Hamas, ce qui rend la situation complexe. Il est peut-être de bonne volonté, mais il n’a pas le mandat pour représenter l’ensemble des Palestiniens. A la question de la reconnaissance d’Israël par l’OLP, il a répondu que la Charte avait été modifiée depuis 1996. Vérification faite, ce ne semble pas être le cas ».

    Incident diplomatique

    Au lendemain de la réception donnée chez le Consul de Jérusalem, Bruno Jans, l’occasion pour le Premier ministre de rencontrer des Belges résidant dans les territoires palestiniens, Charles Michel s’est entretenu à son hôtel avec des représentants des ONG israéliennes des droits de l’homme, B’tselem et Breaking the Silence. Il a ensuite été informé de l’évolution des implantations et des perspectives envisagées par le gouvernement israélien dans la vallée du Jourdain, en se rendant sur place, avec un coordinateur humanitaire de l’ONU, Robert Piper. En dehors de toute polémique, et pour clôturer sa mission de la façon la plus positive, Charles Michel a visité ensuite le Centre de formation technique et professionnelle de Jéricho (YMCA), observant sur le terrain les effets immédiats d’un projet soutenu par la Coopération belge, qui permet à des centaines de jeunes marginalisés de se former pour trouver un emploi, dans le domaine de la menuiserie, de la mécanique, de l’informatique ou de la cuisine.

    Si la presse flamande saluait au lendemain du voyage l’équilibre tenu par le Premier ministre pour éviter les conflits, c’était malheureusement sans compter sur le communiqué envoyé par le bureau de Benjamin Netanyahou, quelques heures après son atterrissage en Belgique et juste avant qu’il ne rencontre le Président palestinien Mahmoud Abbas en visite à Bruxelles. « En Israël, nous considérons avec gravité la rencontre du Premier ministre belge avec les dirigeants de Breaking the Silence et de B’tselem lors de son séjour en Israël », déclarait-il. « Le gouvernement belge doit choisir : ou changer de voie ou poursuivre une ligne anti-israélienne », donnant comme instruction au ministère des Affaires étrangères d’exprimer sa réprobation auprès de l’ambassade de Belgique en Israël. Et l’ambassadeur Olivier Belle de faire l’aller-retour pour venir s’expliquer à Bruxelles...

    Si l’ensemble de la mission aura été peu couvert par les médias israéliens, cet « incident diplomatique » y fera par contre les gros titres, après un voyage qui se voulait constructif entre des pays amis, tout en nécessitant pour chacun de ses déplacements l’accord permanent des autorités israéliennes… Repensant peut-être à ce que lui avait prédit le Président Reuven Rivlin - « La politique est comme une roue qui tourne. Je vous souhaite de rester en haut le plus longtemps possible, mais n’oubliez pas qu’on peut facilement se retrouver en bas » -, Charles Michel a préféré ne pas réagir au communiqué du Premier ministre israélien. Le silence vaut parfois mieux que de longs discours.


     
     

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