Israël

Polémique autour de la cérémonie à la mémoire d'Yitzhak Rabin

Vendredi 4 novembre 2016 par Nathalie Hamou

Face à la menace d’annulation du grand rassemblement annuel de Tel-Aviv, prévu ce samedi 5 novembre 2016, le parti Union sioniste a pris l’initiative d’organiser au pied levé la cérémonie. Une « récupération » qui ne fait pas l’unanimité.

La cérémonie d'hommage de 2015

Il s’en est fallu de peu. Pour la première fois depuis 21 ans, le grand rassemblement annuel à la mémoire de l’homme d’Etat et signataire des accords d’Oslo, Yitzhak Rabin, prévu ce samedi 5 novembre, a failli ne pas avoir lieu… En début de semaine, les organisateurs de la manifestation, le producteur Chemi Sal et le général Assaf Agmon, ont en effet fait savoir qu’ils n’étaient pas parvenus à réunir les fonds nécessaires pour couvrir l’évènement visant à commémorer l'assassinat de l'ancien Premier ministre israélien par un extrémiste juif.

Chaque année, des dizaines de milliers de personnes se retrouvent place Rabin, au pied de la mairie de Tel-Aviv, pour cette cérémonie dont l’organisation n’a jamais relevé des pouvoirs publics. Jusqu’en 2010, l’association dédiée à l’édification du Centre Rabin s’était en effet chargée de financer l’évènement. Mais depuis l’inauguration de ce grand mémorial, en bordure nord de Tel-Aviv, les organisateurs ont dû se tourner vers d’autres groupes de donateurs, lesquels n’ont cette année pas été au rendez-vous.

L’histoire se serait arrêtée là si la nouvelle de l'annulation n’avait suscité des réactions en chaîne. Non seulement les réseaux sociaux ont relayé de nombreux appels à un rassemblement spontané. Mais le travailliste et chef de l’opposition Isaac Herzog, leader du parti « Union sioniste », a fait savoir que sa formation comptait malgré tout assumer la responsabilité d’organiser la cérémonie commémorative.

Une initiative qui ne fait pas l’unanimité. « Il n’y a absolument aucune raison de se rendre place Rabin ce samedi pour cette commémoration annuelle. Il n’y a aucune raison d’assister à cet évènement ou tout autre évènement organisé par le Parti travailliste (…). Il n’y a aucune raison de soutenir un rassemblement qui se présente apolitique et de se sentir à l’aise en déclarant : « Nous étions sur la place » », a ainsi martelé Gideon Levy, l’éditorialiste du quotidien Haaretz.

Connu pour ses positions radicales, ce dernier a estimé que cet hommage n’a jamais tenu ses promesses et se présente comme un évènement « creux », à l’exception notable du rassemblement de novembre 2006, marqué par le discours de l’écrivain David Grossman, dénonçant avec virulence le leadership israélien au lendemain de la seconde guerre du Liban (NDLR : au cours de laquelle son fils a perdu la vie). Mais de nombreuses voix estiment, à l’inverse, qu’au-delà de la nostalgie et de la mémoire, cet évènement autour de l’assassinat de Rabin demeure pertinent, au vu de l’histoire tourmentée du pays.

Reste à savoir comment le public israélien réagira à ce changement de parrainage. D’autant qu’au sein même du parti « Union sioniste », qui n’avait encore jamais pris les rênes de la manifestation, des divergences existent. Alors que certains élus de la formation de centre gauche souhaitent que le rassemblement prenne un caractère apolitique, d’autres considèrent qu’il devrait fustiger l’actuel gouvernement et les attaques portées aux valeurs démocratiques. Au risque de véhiculer des messages moins consensuels.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par martine - 4/11/2016 - 19:51

    Ces dernières années ce rassemblement n'avait plus comme but de commémorer la mémoire de Rabin mais n'était qu'un pugilat contre le gouvernement de Netanyahou.

    Il n'avait plus rien de consensuel et c'est donc une bonne chose qu'il ne soit plus organisé.

  • Par TontonMordechai - 5/11/2016 - 11:23

    Drôle de raisonnement, Martine. La mémoire d'Yitzhak Rabin mérite mieux qu'un pugilat et encore plus qu'une annulation pure et simple. Et si cette cérémonie revenait à son objet initial : L'évocation de la Mémoire du dernier homme d'Etat qu'Israël ait eu et qui manque tellement aujourd'hui ?