Israël/Commémorations

Polémique autour de la cérémonie alternative du Jour du Souvenir

Lundi 16 avril 2018 par Nathalie Hamou

Alors que le ministre israélien de la Défense avait décidé d’interdire aux Palestiniens d’accéder à cet évènement rassemblant depuis 13 ans des familles endeuillées des deux côtés du conflit, la Cour suprême a décidé de les laisser entrer en Israël pour se rendre à la cérémonie alternative du Yom haZikaron ce soir à Tel-Aviv. L’écrivain David Grossman qui a perdu un fils lors de la seconde guerre du Liban doit y faire un discours très attendu.

La chorale Rana de femmes arabes et juives avait accompagné la cérémonie les années précédentes

Avigdor Lieberman a sans doute fait un coup de publicité involontaire à la cérémonie alternative du Jour du Souvenir (Yom Hazikaron) de ce mardi 17 avril au soir, en Israël. Un évènement organisé depuis 13 ans sous l’égide de l’association Combattants de la paix et le Cercle des parents*, dont la particularité est de rassembler des familles endeuillées, israéliennes et palestiniennes qui ont perdu des proches dans le conflit.

Le ministre de la Défense, leader du parti ultra-nationaliste « Israël notre maison », a en effet refusé d’accorder des laissez-passer à 110 Palestiniens qui devaient participer à cette commémoration prévue à Tel-Aviv. A l’origine, les deux associations organisatrices avaient réclamé des permis pour 220 Palestiniens, dont la moitié avait obtenu des autorisations. Mais Avigdor Lieberman a décidé de les invalider, de sorte que les deux associations ont saisi la Cour suprême, laquelle vient de rendre de son côté une décision positive, allant à l'encontre de celle du ministre de la Défense.

Ce n’était pas la première fois que des permis soient refusés dans le cadre de cette commémoration alternative, organisée en marge des cérémonies officielles et visant à commémorer le souvenir des quelque 23.000 soldats israéliens et victimes d’attentats terroristes, ayant perdu la vie depuis la création de l’Etat hébreu.

L’an passé, 230 Palestiniens s’étaient vu refuser l’autorisation de se rendre à Tel-Aviv, à cette occasion, pour des raisons sécuritaires, suite à une attaque au couteau survenue quelques jours avant. Les organisateurs avaient évoqué des motifs politiques. Dans la foulée de ces restrictions, une cérémonie parallèle avait été initiée à Beit Jala en Cisjordanie et avait attiré près de 600 personnes. En outre, des activistes de droite avaient chahuté l’évènement qui avait rassemblé près de 4.000 personnes.

Mais cette fois, les commentaires d’Avigdor Lieberman ont été sans ambiguïté : « Ce n’est pas une cérémonie mémorielle, mais une démonstration de mauvais goût et d’insensibilité, qui heurte les familles endeuillées qui nous sont tellement précieuses ». Une déclaration qui a suscité la colère des initiateurs. « Peut-être que Lieberman ne connaît pas de parents endeuillées de gauche. Le deuil et la mémoire sont quelque chose de très personnel, et c’est comme cela que nous avons décidé de le faire savoir », a confié la porte-parole du Cercle des parents, Robi Damelin.

Les propos de Lieberman ont également consterné l’écrivain israélien David Grossman, qui a perdu son fils Uri lors de la seconde guerre du Liban et doit prononcer une allocution lors de la cérémonie alternative, aux côtés du Dr Amal Abu Sa’ad, la veuve de Akub al Kiyan, qui a été tué au volant de sa voiture en janvier 2017 dans le village bédouin d’Umm al-Hiran par un policier. Un incident justifié initialement comme une réponse à un acte terroriste avant d’être requalifié un mois plus tard de « regrettable erreur » par le ministre de la Sécurité, Gilad Erdan.

Le discours de l’auteur de La femme fuyant l’annonce, entre autres romans, est d’autant plus attendu qu’il recevra le Prix Israël, ce jeudi 19 avril, un titre prestigieux décerné par le pays, dans plusieurs catégories, lors de cérémonies marquant le 70e anniversaire de l’Indépendance de l’Etat hébreu.

Or David Grossman, qui avait espéré avoir la possibilité de prononcer un discours lors de cette cérémonie, placée sous l’égide du ministre de l’Education, Naftali Benett (Foyer juif), n’a pu obtenir satisfaction. Selon le protocole, un seul lauréat du Prix Israël est habilité à parler au nom des récipiendaires. Et cet honneur est revenu cette année à Myriam Peretz, une éducatrice qui a également été éprouvée par le deuil parental, ayant perdu deux fils au combat, l’un au Sud Liban et l’autre dans la Bande de Gaza.

* Fondé en 1995 par Yitzhak Frankental, le Cercle des Parents rassemble quelque 600 familles israéliennes et palestiniennes (établies à Gaza à l’origine, puis essentiellement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est) ayant perdu des membres proches dans le conflit. Son agenda : œuvrer pour la réconciliation entre les individus et les peuples, prélude nécessaire à une esquisse de paix durable.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Schwan Francis - 18/04/2018 - 11:55

    Le Sinistre de la Défense, Avigdor Lieberman confirme une fois encore sa position de leader de la haine.

  • Par Daniel Donner - 19/04/2018 - 10:04

    Une fois de plus un article a sens unique. Ne devrait-on pas rappeler AUSSI certains arguments de ceux qui s'opposent a cette manifestation.
    1.Pourquoi a-t-elle lieu justement a cette date?
    2.Pourquoi devrait-elle avoir lieu a Jerusalem?
    ...
    Et surtout, ne devrait-on pas rappeler que du cote palestinien, il y a de nombreuses familles de cette organisation qui pleurent un fils qui a assassine des innocents, ce que nous appelons generalement UN TERRORISTE; et que la plupart des familles qui pleurent un fils mort ne veulent pas que l'on compare une armee qui defend son pays a une bande de terroristes dont le but est d'eliminer ce pays, tout d'abord en s'attaquant a des innocents pour creer la peur?