Coexistence

"Other Voice", la voix de la paix des frontaliers de Gaza

Mardi 4 septembre 2018 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1028

Né voilà dix ans, ce collectif pacifiste mobilise des Israéliens qui habitent en bordure de Gaza. Une région en proie à une flambée de violences exacerbée depuis plus de cinq mois. Situés en première ligne, ils n’en sont pas moins à la pointe du dialogue.

Parmi les slogans : « La réhabilitation de Gaza empêchera l'escalade » - « A Gaza et Sderot, les enfants veulent vivre normalement » - « Espoir à Gaza = espoir à Sderot »

Chaque vendredi ou presque, les activistes de l’association « Other Voice » se donnent rendez-vous à l’intersection « Yad Mordechaï », à quelques encablures de la barrière de sécurité 
frontalière entre Israël et la Bande de Gaza. Semaine après semaine, ces militants protégés par un binôme de policiers viennent délivrer des messages de paix et d’appel au dialogue aux Palestiniens, dans une indifférence quasi totale du public israélien.

Ces cinq derniers mois, suite à l’exacerbation des flambées de 
violences à la frontière, ils affrontent même les insultes d’automobilistes qui les traitent de « gauchistes » dans le virage du carrefour et parfois les crachats de quelques jeunes désœuvrés, armés de 
drapeaux de l’Etat hébreu.

Leurs revendications n’ont pourtant rien de radical. « Nous exigeons des dirigeants israéliens qu’ils proposent un accord de nature à 
empêcher la prochaine guerre entre Tsahal et le Hamas. Or c’est 
exactement ce que veulent aujourd’hui obtenir nombre de hauts responsables de notre armée ! Simplement, notre groupe appelle de ses vœux une solution civile au conflit », fait valoir Eric Yellin.

Comme la plupart des activistes, cet anglo-saxon parle en connaissance de cause. Voilà plus de trente ans qu’il réside à Sderot, l’une des localités israéliennes sud du pays les plus exposées aux roquettes 
tirées depuis la Bande de Gaza. Une ville dans laquelle les alertes dites « Couleur rouge » ont repris de plus belle en août dernier, même si depuis quelques années, le déploiement du dispositif anti-missiles Dôme de fer a permis de limiter les dégâts.

C’est en tout cas cette situation mêlant menace quotidienne, peur et frustration, qui l’a conduit à co-fonder, dès 2008, aux côtés de la psychologue Julia Chaitin, une résidente du kibboutz Urim, le 
collectif « Other Voice ».  Son credo ? « Ce n’est qu’en faisant entendre une “autre voix” -celle de frontaliers vivant en première ligne du conflit, mais qui veulent vivre en paix avec leurs voisins- qu’une autre réalité pourra voir le jour », expliquent ses initiateurs.

De fait, non seulement les activistes du collectif plaident pour 
l’allègement des sanctions économiques imposées par Israël et par l’Egypte sur l’enclave palestinienne. Mais ils s’efforcent de tisser des liens avec les Palestiniens « ouverts au dialogue » vivant à quelques kilomètres de leurs foyers. Une action qui s’est matérialisée dès le début du mouvement.

Concrètement, les membres d’« Other Voice » pratiquent les échanges via Skype avec des habitants de Gaza qu’ils ont connus, pour certains, avant qu’Israël ne se désengage de l’enclave lors de l’été 2005. Une partie d’entre eux se sont également portés volontaires pour accompagner des Gazaouis atteints de maladies graves, afin qu’ils puissent bénéficier de soins médicaux dispensés en Israël.

« Briser le cercle vicieux »

Comment expliquer la mobilisation de ces résidents israéliens qui depuis la dernière guerre de Gaza, à l’été 2014, ont subi tour à tour les tirs de roquettes, les attaques survenues depuis des 
tunnels offensifs creusés par le Hamas, le déploiement de cerfs-
volants incendiaires lancés par centaines sur les kibboutz frontaliers depuis plus de cinq mois, sans compter le risque « d’infiltrations » encouragées par le mouvement islamiste sous couvert de la « Marche du retour », le long de la barrière de sécurité ? Les membres d’« Other Voice » ne sont pas naïfs. Ils savent que l’Etat hébreu doit protéger sa frontière, sa population civile et faire valoir ses impératifs sécuritaires. Il n’empêche. A leurs yeux, si les habitants de la Bande de Gaza sont avant tout les otages du Hamas, des luttes interpalestiniennes, du blocus égyptien, ils souffrent aussi de l’absence de solution diplomatique ou d’alternative en provenance d’Israël, dont l’approche purement défensive ne permettra pas 
d’empêcher un nouveau conflit militaire.

« J’ai rejoint Other Voice en 2010 pour briser ce cercle vicieux. Les habitants de Gaza sont mes voisins et je ne veux pas rester les bras croisés », témoigne Roni Keidar, une septuagénaire de l’organisation, qui réside au moshav de Netiv Haasara. Le cas de cette ancienne éducatrice, mère de cinq enfants, est particulier. 
Roni Keidar a en effet eu la chance au milieu des années 1980 
d’habiter pendant quatre ans en Egypte, où son époux œuvrait 
dans le transfert technologique agricole. « C’est dans ce contexte 
que j’ai appris l’importance décisive du dialogue et de l’écoute. 
Tous mes petits-enfants ne comprennent pas mon engagement, mais 
ils le respectent ».  


 
 

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