Proche-Orient

Oslo, il y a 25 ans

Jeudi 13 septembre 2018 par Nicolas Zomersztajn

Dans sa tribune titrée « Donnons une chance à la paix » parue dans le Regards n°323 de septembre 1993, David Susskind, président d’honneur du CCLJ, revenait sur les accords d’Oslo qui célèbrent aujourd’hui leurs 25 ans. Avec tous les espoirs dont ils bénéficiaient alors.

Autour de la table, Yitzhak Rabin, Shimon Peres (à gauche), Yasser Arafat et son Premier ministre Abou Alaa

Nous venons de vivre un moment privilégié, l’un de ces moments qui font l’Histoire. La date de ce 13 septembre 1993, veille de Rosh Hashana, entrera dans l’histoire du peuple israélien, du peuple juif et du peuple palestinien et sera enseignée dans les écoles.

Nous étions là. Nous avons entendu des phrases comme celles-ci : « Nous vous disons aujourd’hui d’une voix forte et claire : assez de sang, assez de larmes, assez ! Nous sommes destinés à vivre ensemble sur le même sol de la même terre ». (Yitzhak Rabin) « Ce que nous faisons aujourd’hui est plus qu’une signature, c’est une révolution. Hier un rêve, aujourd’hui un engagement. Le peuple israélien et le peuple palestinien s’engagent de façon décisive sur le chemin du dialogue, de la compréhension et de la coopération. Cela doit être une nouvelle genèse. Nous devons bâtir une nouvelle communauté sur notre sol ancien, un Proche-Orient pour le peuple, un Proche-Orient pour nos enfants ». (Shimon Peres).

Entendre de telles déclarations prononcées en public, face à un milliard de téléspectateurs nous remplit d’espoir. Il n’y a pas de fatalité à la guerre. Un jour, demain, la paix fera partie de nos mœurs et nous serons tous heureux.

Maintenant, plus que jamais, nous devons nous mobiliser pour soutenir les efforts de paix, pour que ceux-ci aboutissent vite. Bien sûr, il y a ceux qui feront tout pour faire échouer cet accord. Tous les fronts du refus, le Hamas, les Iraniens et les Libyens. Les extrémistes juifs, notre extrême droite. Mais l’immense majorité du peuple juif fera tout pour que les efforts de paix soient couronnés de succès.

Oui, nous allons nous mobiliser pour que règnent sur la terre de nos ancêtres joie et bonheur. Alors, comme l’annonçaient nos prophètes, régneront le savoir et la sagesse, et Jérusalem baignera dans la lumière et la paix.

Pour ne pas nous enfermer dans la seule théorie, nous organisons une grande manifestation pour la paix : le happening « Shalom-Salam – Quatre heures pour la paix au Moyen-Orient », à l’auditoire Paul Emile Janson à l’ULB. Nous, vous, nous y serons parce que nous voudrons y avoir contribué. Ami lecteur, c’est un bon moment pour agir, c’est un grand moment pour apporter sa contribution à la construction du bonheur des peuples.

David Susskind, président d’honneur

***

Cet éditorial plein d’espoir écrit dans les jours qui ont suivi la signature de ces accords historiques ne pourrait malheureusement pas être écrit aujourd’hui, 25 ans après. Instaurant la négociation comme mode de résolution du conflit et établissant une autonomie intérimaire palestinienne, les accords d’Oslo n’ont pas abouti à la conclusion d’un traité de paix définitif entre Israéliens et Palestiniens.

La majorité des acteurs et des observateurs de cette tragédie proche-orientale vous diront qu’Oslo est mort depuis longtemps, même s’ils s’empressent malgré tout d’ajouter que l’esprit d’Oslo demeure intact.

Très vite, d’aucuns ont pointé les failles et les inconvénients des accords d’Oslo. « Premièrement, Yitzhak Rabin et Shimon Peres n’ont jamais indiqué clairement à l’opinion publique israélienne que l’objectif poursuivi par les accords d’Oslo était la création d’un Etat palestinien avec Jérusalem-Est pour capitale », soulignait dans les colonnes de Regards en septembre 2013 Ron Pundak, membre de l’équipe des négociateurs israéliens des accords d’Oslo. « Il fallait le dire immédiatement après la signature de ces accords sur la pelouse de la Maison-Blanche ».

Ron Pundak attirait également l’attention sur l’attitude ambivalente de Yasser Arafat. « La deuxième erreur résidait dans l’attitude générale de Yasser Arafat : il s’est engagé à négocier et à ne pas recourir à la violence. Or, il tenait systématiquement un double langage. Je ne dis pas qu’il appelait au terrorisme, mais avec son double langage, il laissait entendre qu’il ne s’y opposait pas. De cette manière, Arafat a terriblement affaibli le soutien israélien aux accords d’Oslo ».

Et la troisième erreur fondamentale s’est produite après l’assassinat de Rabin en 1995. « Si Shimon Peres avait organisé des élections législatives dans les semaines qui ont suivi l’assassinat de Rabin, il les aurait remportées avec une majorité importante », commentait Ron Pundak. « Peres en a décidé autrement et d’une certaine manière, il a permis à la droite de se relever et de se renforcer. Quand Benjamin Netanyahou est devenu Premier ministre en 1996, il a tout mis en œuvre pour vider les accords d’Oslo de leur substance. Ces trois erreurs combinées avec l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et la multiplication des attentats palestiniens n’ont pas permis d’entamer la phase de négociation du statut final ».

Aujourd’hui, Benjamin Netanyahou, virulemment hostile aux accords d’Oslo, est solidement installé à la tête du gouvernement israélien. Il a fait de la loi fondamentale sur l’Etat-nation du peuple juif un instrument qui risque de définir les contours d’un Etat d’Israël ayant annexé la Cisjordanie. Bref, un Etat unique de la Méditerranée au Jourdain. Pour y parvenir, il a même trouvé en Donald Trump un allié bienveillant dont l’approche du conflit israélo-palestinien rompt avec les grands principes d’Oslo.

Dans ces conditions, on peut même être amené à considérer que l’esprit d’Oslo a bel et bien disparu, même si les partisans de la solution des deux Etats n’ont pas baissé les bras et demeurent convaincus que seule cette solution peut garantir l’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Thierry - 13/09/2018 - 15:41

    Elles est chouette la photo.

  • Par ezekiel - 13/09/2018 - 20:43

    Alors que depuis 25 ans les israéliens font tout ce qu'ils peuvent pour arriver à une paix durable avec les palestiniens, ceux-ci ne font absolument rien pour y parvenir. C'est lamentable.