Carnet de route

Nouvelles du front

Jeudi 1 novembre 2018 par Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d'Israël
Publié dans Regards n°1032

Yahya Sinwar n’est pas un Juste parmi les nations. L’homme a passé 22 ans dans une prison israélienne pour terrorisme et n’a dû sa libération qu’à l’accord qui a permis la libération du soldat Shalit en échange d’un millier de prisonniers palestiniens, dont lui.

Cruel et retors, mais intelligent et, dit-on, charismatique, il s’est hissé peu après à la tête du Hamas dans la bande de Gaza. Sans conteste, un ennemi d’Israël et des Juifs. Mais voilà, le 4 octobre dernier, Sinwar a accordé à la journaliste italienne Francesca Borri de La Repubblica une interview étonnante, reprise par le quotidien Yedioth Aharonoth, où il appelle à un accord entre son organisation et l’Etat juif.

Davantage que cet appel, ce sont les raisons qu’il avance qui sont dignes d’intérêt. « Je ne veux plus de guerres », affirme-t-il. Pourquoi ? Parce qu’il sait qu’une guerre de plus sera aussi futile que celles qui l’ont précédée, car « les Palestiniens ne sauraient l’emporter sur une puissance nucléaire ». Mais, dit-il, Israël n’a rien à gagner à un nouveau round non plus. En fin de compte, il lui faudra reconquérir Gaza ; est-ce vraiment ce que les Israéliens souhaitent, annexer deux millions de Palestiniens en sus de ceux de la Cisjordanie occupée ? Ce qu’il demande en échange d’une trêve de longue durée ? La levée du blocus.

Pour l’instant, Netanyahou fait la sourde oreille. Les yeux rivés sur la prochaine échéance électorale et plus que jamais désireux de soigner sa « base », il n’a pas d’autre priorité que de ne pas se laisser déborder sur sa droite. Pour autant, les calculs politiciens du gouvernement de Jérusalem ne sont pas seuls en cause. En effet, au couple Israël-Hamas, il faut ajouter un troisième protagoniste, l’Autorité palestinienne, laquelle est vent debout contre un deal éventuel entre les deux premiers. La dernière chose que veut Mahmoud Abbas est un accord qui assurerait le pouvoir du Hamas sur la bande de Gaza. Voilà pourquoi il fait ce qu’il peut pour étouffer son frère ennemi en lui coupant les vivres. D’où la situation absurde que nous vivons : l’Autorité palestinienne asphyxie le Hamas, qui réagit en provoquant Israël, lequel riposte à son tour pour sauvegarder sa capacité de dissuasion et rassurer la population. C’est ainsi que naissent les guerres dont personne ne veut.

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En attendant, la Cisjordanie est calme, du moins en apparence. Cela est du en partie au découplage physique et psychologique entre les deux tronçons du peuple palestinien, en partie au souvenir cuisant de la deuxième intifada, et, sans doute surtout, au quadrillage impitoyable du territoire par l’armée et le Shin Beth, efficacement soutenus par les forces de sécurité palestiniennes. Combien de temps encore l’Autorité pourra-t-elle jouer les supplétifs de Tsahal ? C’est la grande question, à laquelle nul n’a de réponse.

Cela dit, la « résistance » se manifeste de temps à autre. Dernier soubresaut : le double meurtre perpétré le 7 octobre dans une usine de la zone industrielle de Barkan, près de la colonie d’Ariel, par un Palestinien de 23 ans, par ailleurs employé de l’usine. N’obéissant qu’à son devoir patriotique, ce jeune homme a tué à bout portant deux de ses collègues, dont une mère de 28 ans, et en a blessé une autre. Au moment où je rédige ces lignes, il court toujours.

Comme d’habitude, la manière dont il convient de réagir divise les autorités israéliennes. Les politiques poussent à une punition collective, entre autres en privant de permis de séjour les 8.000 employés palestiniens de la zone industrielle, voire les 100.000 travailleurs en Israël et dans les implantations. Les sécuritaires, quant à eux, mettent en garde le gouvernement contre les effets délétères d’une telle mesure. Quel cadeau, en effet, au Hamas et au Djihad islamique, qui n’ont pas manqué de féliciter l’assassin de son geste et à encourager d’éventuels candidats à l’imiter.

Mais pourquoi le tueur a-t-il tué ? A en croire son père, il était en bisbille avec son frère et avait exprimé un grand dégoût de vivre. On a les résistances qu’on peut. Nul doute que cet acte de résistance là aura grandement avancé la cause de l’Etat palestinien.

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Justement, on reparle de la « solution à deux Etats ». Et pas n’importe qui, puisque c’est Trump en personne, qui, fin septembre, l’a remise à l’honneur. Il est difficile de savoir ce qu’il entend par là, si tant est qu’il y entende quelque chose. Difficile aussi de savoir comment cela s’articule avec le fameux plan de paix dont il a annoncé la publication pour les deux ou trois mois à venir.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est que Benjamin Netanyahou n’y est pas hostile en principe, puisqu’il en a fait son programme lors de son célèbre discours de juin 2009 à l’Université Bar-Ilan. Lui, on sait à peu près ce qu’il entend par là : un « Etat moins », ce sont ses mots, une entité parsemée d’implantations juives, sans continuité territoriale, sans Jérusalem, sans force armée, sans contrôle de son espace aérien comme de son territoire.

Y a-t-il d’autre solution possible qu’un Etat palestinien souverain aux côtés de l’Etat d’Israël ? Non, il n’y en a pas. Alors ? Alors il n’y a pas de solution. A moins de considérer comme telle l’Etat binational, soit l’incorporation de 5 millions de Palestiniens. Avec ou sans les droits de citoyenneté ? Pour Israël, cela ne changerait pas grand-chose, dans les deux cas son sort serait scellé. Avis aux patriotes autoproclamés et aux Juifs de la Diaspora qui leur font crédit.

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Le front palestinien n’est pas le seul auquel fait face Israël. Dans le Nord, où Assad est en train d’émerger victorieux de l’atroce guerre civile dont il est le principal responsable, il a affaire aux Iraniens et à leurs supplétifs libanais du Hezbollah. J’ai dit dans ces colonnes que Netanyahou, en nouant avec Poutine une relation de confiance, s’est plutôt bien sorti du guêpier syrien.

Jusqu’au 16 septembre, lorsque la défense anti-aérienne syrienne, en tentant d’intercepter quatre F-16 de Tsahal qui venaient d’attaquer un convoi d’armements destiné au Hezbollah, a abattu par mégarde un avion de renseignements russe et tué ses 15 passagers. Contre toute évidence, les Russes ont accusé Israël d’être responsable de la catastrophe. Pis, ils ont commencé à livrer aux Syriens des systèmes de missiles sol-air SS-300, qui risquent de gêner le mouvement des appareils israéliens. La tension entre Jérusalem et Moscou est tombée quelque peu depuis, mais le mal est fait.

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Une péripétie du front intérieur enfin. Lara Alqasem est une étudiante américaine qui a été admise pour un master de droits de l’Homme à l’Université hébraïque de Jérusalem. Munie d’un visa en bonne et due forme du consulat d’Israël à Miami, elle a débarqué le 4 octobre à l’aéroport Ben Gourion. Accusée de soutenir le boycott, elle était depuis détenue à l’aéroport et menacée d’expulsion.

L’étudiante faisait valoir, non sans vraisemblance, que le fait même qu’elle ait souhaité étudier en Israël prouvait qu’elle n’avait aucune intention de boycotter le pays. Mais évidemment, le problème n’est pas là. Outre l’idiotie d’une campagne anti-BDS qui nourrit le monstre qu’elle prétend combattre, gaspille en pure perte l’argent public et ternit un peu plus l’image du pays, dresser des listes de gens dont les idées déplaisent au gouvernement et les refouler à la frontière s’apparente tout bonnement à une police de la pensée. La Cour suprême israélienne a heureusement entretemps annulé la décision de justice interdisant l'entrée de l'étudiante sur le sol israélien.

Avis aux amis du CCLJ : tels que je vous connais, vous risquez de vous retrouver sur la liste noire du ministre des Affaires stratégiques (sic) et de ne plus être en mesure d’assister aux bar-mitzvot et mariages de votre famille en Israël.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 12/11/2018 - 13:00

    "N’obéissant qu’à son devoir patriotique, ce jeune homme a tué à bout portant deux de ses collègues, dont une mère de 28 ans, et en a blessé une autre. Au moment où je rédige ces lignes, il court toujours."

    Ca vous couterait de preciser qu'il l'a d'abord attachee et que la femme l'a supplie? Qu'il a aussi tue un homme?

  • Par ezekiel - 13/11/2018 - 16:29

    Quel autre pays accepterait de voir ses civils bombardés ainsi ?
    Qu'attend le gouvernement israélien pour aller nettoyer Gaza ?
    Qu'attend le CCLJ, seule organisation juive de Belgique encore vivante et active, pour condamner les attaques du hamas ou préférez vous attendre la légitime réaction israélienne pour la condamner ?
    Mr Arié Renous, Monsieur Rubinfeld, revenez svpl, nous avons besoin de vous pour nous représenter dignement et combler le vide que vous avez laissé.

  • Par Salomon - 14/11/2018 - 11:05

    Cher Ezekiel,Vous m'obligerez beaucoup à nous épargner vos commentaires nauséabondantes ainsi que vos conseils débiles quant au retour de personnes ou disparue ou ayant causé plus de tort que de bien à la communauté juive de Belgique.