Le carnet de route d'Elie Barnavi

Netanyahou, le début de la fin (bis)

Lundi 7 octobre 2019 par Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d'Israël
Publié dans Regards n°1051

Netanyahou a perdu son pari. Il a pourtant donné le meilleur, ou plutôt le pire de lui-même. Sa campagne a été d’une violence et d’une bassesse dont même lui semblait incapable. Il a menti tout le temps, ouvertement, sans vergogne. Il a occupé le terrain sans cesse, aux mépris des règles, des usages, de la loi. Il a dénigré, insulté, diffamé adversaires réels et imaginés.

Le Premier ministre sortant Benjamin Netanyahou, le président Reuven Rivlin, et le leader de Blanc-Bleu, Benny Gantz

Il a fait du scrutin un plébiscite sur sa personne, de ses rivaux des ennemis, des opposants à sa politique des traîtres à la patrie, de son parti une secte de fanatiques. Lui qui s’était bâti une réputation de prudence miliaire, est allé jusqu’à planifier une opération d’envergure à Gaza afin de justifier le report d’un scrutin qu’il avait été le seul à souhaiter et a dépêché un de ses acolytes sonder le président de la Commission électorale centrale à cet effet. Il a fallu pour lui faire lâcher prise la réticence des généraux et l’opposition du conseiller juridique du gouvernement, qui lui a fait comprendre qu’il ne pouvait pas se lancer dans une guerre sans l’aval du cabinet de sécurité.

Rien n’y fit, il n’a pu franchir avec ses partenaires « naturels » -haredim et extrême droite- le seuil fatidique de 61 mandats. Benny Gantz, le falot chef de Bleu Blanc, le dépasse d’une courte  tête (33 sièges contre 32), de même que le « bloc » centriste de celui-ci fait légèrement mieux que le sien (57 contre 55). Six faits saillants méritent d’être mentionnés.

1. Les Arabes. A chaque élection son stratagème privilégié, destiné à rallier sa base contre les traîtres –la presse, la gauche, les ONG– et, surtout, la cinquième colonne des citoyens arabes d’Israël. En 2015, ce fut : « Les Arabes se rendent aux urnes en masse, transportés par les bus affrétés par les ONG de gauche ». Cette fois, changement de musique : « On (entendez les Arabes, ndlr) nous vole les élections ». A l’époque, le mensonge avait fonctionné : écœurés par la scission au sein de leur parti, la Liste unie, les Arabes ont majoritairement boudé le scrutin, cependant que la base du Likoud a afflué aux urnes. Six mois plus tard, la situation s’est renversée : les quatre formations arabes ont retrouvé leur unité, et les électeurs arabes, rendus furieux par la propagande haineuse du Premier ministre, ont pris le chemin des urnes. En 1996, dans la foulée de l’assassinat de Rabin, les Loubavitch avaient inventé le slogan gagnant « Netanyahou est bon pour les Juifs ». Aujourd’hui, constatant l’effet boomerang de sa campagne d’incitations, un journaliste persifleur a suggéré le slogan « Netanyahou est bon pour les Arabes ».

Ce n’est pas tout. Rompant avec les vieux réflexes, la Liste unie affirme vouloir intégrer le jeu démocratique. Fort de ses 13 mandats qui en font la troisième force au parlement, le chef de ce parti, Ayman Oudeh, revendique le rôle de chef de l’opposition au cas où les deux grands s’unissent dans une grande coalition. Or, le chef de l’opposition bénéficie d’un statut officiel. Il faut donc imaginer cette incongruité : un politicien arabe doté d’une voiture blindée, gardé par des agents du Shin Beth, prenant la parole à la Knesset immédiatement après le Premier ministre, rencontrant régulièrement ce dernier, recueillant de droit les secrets les mieux gardés de l’Etat, recevant les dignitaires étrangers… Incongruité ? Non, une belle victoire de la démocratie israélienne.

2. La gauche. En refusant de s’allier avec le Meretz dans une formation large des forces de gauche et faisant alliance avec Gesher, un petit parti de droite, mais au profil « social », Amir Peretz, le chef des Travaillistes, s’imaginait être en mesure de mordre sur la droite supposément modérée de la périphérie. Mauvais calcul : six sièges, soit autant qu’en avril. Le Meretz, lui, s’est élargi au petit parti fondé pour l’occasion par Ehoud Barak et à des transfuges du Parti travailliste, mais, avec cinq misérables sièges, il a franchi péniblement le seuil électoral. Ainsi, l’ensemble de la gauche sioniste pèse désormais 11% du corps électoral.

3. La droite extrême. Ses résultats ne sont pas bien reluisants non plus. Les fascistes d’Otzma Yehoudit sont restés en deçà du seuil électoral et donc en dehors de la Knesset. Et, malgré l’aura de Ayelet Shaked, la flamboyante ex-ministre de la Justice, Yamina, son regroupement de sionistes religieux extrémistes, a récolté seulement sept sièges. C’est beaucoup pour la démocratie israélienne, mais bien peu pour fomenter une révolution.

4. Liberman. Avec huit sièges, en doublant presque sa représentation par rapport au premier round d’avril, le chef de Isral Beitenou est plus que jamais le faiseur de roi. Sans lui, Netanyahou n’a pas de gouvernement, du moins pas le gouvernement avec ses partenaires « naturels » qu’il voulait. Or, Liberman entend toujours imposer son union nationale séculière, sans les orthodoxes de toute obédience donc. S’il tient bon, c’est la formule vers laquelle, volens nolens, on se dirige.

5. Netanyahou. C’est le grand perdant de cette double séquence électorale dont l’unique objet aura été de le mettre à l’abri des poursuites judiciaires. Comme on sait, le plan consistait à obtenir une majorité à sa botte, d’en obtenir l’immunité, puis de faire une loi dite de « contournement » qui aurait privé la Cour suprême de la capacité à invalider la décision de la Knesset de le soustraire à la justice. A moins qu’il réussisse à retourner au moins six députés du camp d’en face, ce qui semble tout de même peu probable, ce plan est désormais compromis. Début octobre débutera la procédure d’audition de ses avocats, pour une inculpation prévue avant la fin de l’année. Le temps joue contre Netanyahou.

6. L’union nationale. Dans la situation qui est la nôtre, c’est la pire des solutions à l’exclusion de toutes les autres. Les grandes coalitions sont presque toujours des formules d’immobilisme politique. En l’occurrence, la paralysie est garantie. Le Premier ministre putatif, Benny Gantz, un novice dépourvu de charisme, est le chef d’un parti fait de bric et de broc qui va du centre mou à la droite dure, et dont les ténors vont nécessairement tirer à hue et à dia. Ses deux partenaires (Likoud et Israel Beitenou) sont de droite, voire d’extrême droite. Le sort de Netanyahou est loin d’être réglé, et l’on peut compter sur lui et ses partisans les plus fanatiques pour agiter l’opinion.

Cela dit, on ne demande pas la lune, ni même de régler le problème palestinien. Il s'agit plus modestement  de calmer les nerfs d’une nation hystérisée par un politicien frénétique et immoral, d’assainir l’atmosphère empoisonnée qu’il aura, lui et sa famille, léguée au pays, et d’y affermir quelque peu les ressorts de la démocratie libérale. De cela, Benny Gantz, homme intègre, est parfaitement capable. Mais l’union nationale, à laquelle le président Rivlin a poussé de toutes ses forces, a du plomb dans l’aile. Face au blocage, il a chargé Netanyahou de former le gouvernement. Mission arithmétiquement impossible. Alors, il est probable que le pays se dirige vers une troisième séquence électorale en un an. D’ici là, Netanyahou restera à son poste…

Pendant que les Israéliens contemplent, hypnotisés, les contorsions d’un personnage de roman, ou de cirque, comme l’on voudra, il se passe dans le Golfe des choses qui devraient les préoccuper au moins autant. 


 
 

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  • Par Giacomo Douenias - 9/10/2019 - 12:58

    Une fois de plus, "l'ancien Ambassadeur d’Israël" exhale sa haine contre Bibi qu'il trahissait déjà quand il était Ambassadeur a Paris.

    Gauchiste extrémiste, égal à lui-même, il enquête, accuse et juge l'homme qui a mené Israël, en dix ans, aux sommets où il se trouve!

  • Par Amos Zot - 9/10/2019 - 13:33

    Je n'ai pas encore constaté un seul mensonge de Netanyahu par contre vous Barnavi , je constate plusieurs mensonges dans quasi chacun de vos articles.
    Netanyahu est en fait traîné dans la boue par de nombreux politiciens et presque tous les médias . Si les règles médiatiques belges étaient d'application en Israël,au moins les 2 dernières élections ne seraient pas jugées démocratiques vu que presque tous les médias l'attaquent constamment sans lui donner la possibilité de réagir. C'est lui qu'on dénigre, insulte et diffame depuis plus de 10 ans . Sans parler des attaques contre sa femme et son fils. .
    Contrairement à vos mensonges, le « bloc » centriste ne fait pas légèrement mieux mais n'atteint que 45 sièges ..
    1. Le chef de la liste arabe ne reconnaît pas Israël comme Etat juif et soutient l'Autorité palestinienne qui incite au terrorisme en payant des primes aux assassins de Juifs et en éduquant à la haine.
    Le fait que, en tant que Chef de l'opposition, il serait mis au courant des secrets d'Etat soit considéré par vous comme une victoire de la démocratie et non comme un de ses dysfonctionnements, prouve que vous vivez dans un monde virtuel très éloigné de la réalité.
    En Belgique,les députés doivent jurer de respecter la Constitution ; à ma connaissance, aucun des députés de la liste arabe ne respecte la "Constitution" israélienne puisque aucun d'entre eux ne reconnaît Israël comme Etat juif.
    5. Pour votre information, Netanyahu proposait simplement qu'on applique en Israël plus ou moins ce qui se passe en France pour le Président de la République : à savoir postposer les éventuelles poursuites après la fin de son mandat de Premier ministre. Surtout que durant +- 10 ans , il a déjà dû faire face à de nombreuses campagnes de calomnies et d'affaires judiciaires qui toutes se sont clôturées sans suite.

  • Par Samuel - 9/10/2019 - 14:22

    J'ai lu sur ce même forum un post indiquant que Mr Barnavi avait vu son mandat à Paris écourté pour d'obscures raisons. Je ne parviens pas à le retrouver.
    Quelqu'un pourrait il m'éclairer à ce sujet ? Je doute que la rédaction le fasse tant son accointance avec Barnavi est évidente.
    Cela permettrait peut être de comprendre la haine maladive de ce monsieur (la minuscule est voulue) envers le gouvernement israélien.

    Merci
    Samuel

  • Par Rédaction Regards - 14/10/2019 - 9:41

    Elie Barnavi a été ambassadeur d'Israël en France de 2000 à 2002, un mandat de deux ans visiblement pratiqué pour ce poste entre 1998 et 2002. Bien à vous