Analyse

Netanyahou contre le terrorisme juif : trop peu, très tard

Mercredi 5 août 2015 par Ouri Wesoly

Même s’il a été choqué par les assassinats du bébé palestinien et de la jeune fille à la Gay Pride, même s’il veut châtier les terroristes juifs, le Premier ministre ne se donnera pas les moyens d’éradiquer les mouvements dont sont issus les assassins. Il risquerait d’y perdre son poste.

Le Président R. Rivlin : comme I. Rabin en son temps

Un violent électrochoc. Voilà ce qu’a suscité en Israël l’attentat contre le village palestinien de Douma (nord de la Cisjordanie) qui a brûlé vif un bébé de 18 mois et grièvement blessé le reste de sa famille.

Les médias israéliens ont été virulents, ils ont parlé, entre autres, d’un « fanatisme juif extrêmement dangereux (…) un nouveau type de cancer, violent et répugnant », et réclamé des mesures fortes contre les terroristes juifs : « Nous devons retourner chaque pierre, les arrêter, les persécuter et détruire leurs maisons. Ils doivent payer ». De son côté, l’ensemble de la classe politique a condamné l’acte.

Comme le président Reuven Rivlin, le Premier ministre a fait part de son émotion et de sa « condamnation intégrale » de l’attentat de Douma.  Même fermeté chez le ministre de la Défense, Moshé Yaalon : « Le terrorisme juif doit être traité avec les mêmes moyens que le terrorisme arabe ». Et pourquoi ne pas les croire ? D'ailleurs, ils ont commencé à sévir avec dureté : le Shin Bet, le service de sécurité intérieure, et la police ont arrêté trois dirigeants de groupuscules extrémistes. Parmi eux, Meir Ettinger, le propre petit-fils du dirigeant fasciste Meir Kahane*, et un des deux autres ont été placés en « détention administrative ». Une première : jusqu’à présent, seuls les Palestiniens étaient soumis à cette procédure.

Mais cette fermeté est à la fois ambiguë et dosée politiquement. D’une part, cette « détention administrative », héritée du Mandat britannique, est indigne d’une démocratie : elle permet de maintenir indéfiniment un suspect en détention, sans inculpation ni recours. Étendre la procédure à des Juifs ne la rend pas plus légitime. D’autant que, comme le souligne la presse, ces trois hommes ne sont pas, a priori, suspectés d’avoir participé à l’attentat. D’autre part, on notera que la justice ne s’en prend qu’à des individus.

Rien n’est fait -à ce stade- contre les organisations terroristes elles-mêmes. Ainsi, par exemple, de Lehava, qui, s’inspirant de Kahane, veut lutter contre les mariages de Juives avec des Arabes et qui est aussi suspectée d’avoir mis le feu à l’une des rares écoles judéo-arabes de Jérusalem.

En janvier, le ministère de la Défense voulait l’interdire. Mais, voici quelques jours, un rapport du Shin Bet concluait que « d'un point de vue juridique et des renseignements à ce stade, il n'y a pas de base suffisante pour déclarer l'organisation comme illégale ».

Pas touche aux colons… ni à leurs enfants

De même pour Tag Mehir (Le prix à payer), sans doute le plus actif de ces groupuscules terroristes. Il est composé d’enfants de colons de Cisjordanie (les « Jeunes des collines ») qui s’en prennent depuis des années aux Palestiniens.

De véritables ratonnades : lancer de pierres sur les voitures, destruction d’oliviers, expéditions punitives dans les villages, incendies de maisons, coups de feu contre les habitants…

Depuis quelque temps, ils s’en prennent aussi aux Arabes israéliens, aux lieux de culte musulmans et chrétiens, et même à la police et l’armée.  Pourtant, il serait aisé de sévir contre eux : selon le Shin Bet, la plupart viennent de la colonie d’Yizhar, au sud de Naplouse. Et c’est également là que vivent quelques-uns des rabbins les plus extrémistes du pays qui « enseignent », eux aussi, à ces jeunes les idées de Kahane.  Mais jamais le Premier ministre ne s’en est pris à ces intégristes, de crainte de perdre l’appui des « durs » des colonies.

Rien de sérieux n’a été entrepris non plus contre ces jeunes voyous. Comme l’a bien résumé en une litote le président Rivlin : « Il semble que nous ayons fait preuve de laxisme dans notre gestion du terrorisme juif ».

Des propos qui lui ont valu, ainsi qu’à Netanyahou, d’être montré comme un nazi dans une vidéo (et sur des photos, coiffé d’un keffieh. Comme Itzhak Rabin avant son assassinat). De fait, jusqu’à présent, la quasi-totalité des plaintes des Palestiniens contre Tag Mehiront été rejetées.

Quand, enfin, en 2013, après les attaques contre Tsahal, le cabinet de sécurité s’en est pris au groupuscule, il le classa comme « organisation illégale » et non « terroriste ». Divers ministres ont tenté de modifier cette appellation, mais se sont toujours heurtés à B. Netanyahou.

En 2014, encore, il ne parlait que de « hors-la-loi qui perpètrent des actes de hooliganisme ». Certes, il n’a pas été le seul à être indulgent : par approbation ou par prudence, depuis 1977, tous les premiers ministres ont évité de s’en prendre aux colons… et à leurs enfants.

Or, tant que ceux-ci ne sont pas membres d’une organisation terroriste, le Shin Bet ne peut enquêter sur eux de la même manière que sur les suspects palestiniens. Lesquels dépendent de la justice militaire, tandis que les inculpés juifs relèvent de la justice civile, bien respectueuse de leurs droits.

Et, même à présent, selon le président de Maison juive, Naftali Bennett, pas question de s’en prendre aux colons: « L’assassinat d’un bébé est abject (…),  mais je ne laisserai pas diffamer les merveilleux Israéliens qui vivent en Judée-Samarie ».

Certes, tous les colons ne sont pas des brutes violentes ni des assassins (notamment ceux qui ne sont là que pour les prix attractifs des logements). Mais seraient-ils disciples de Gandhi qu’ils n’en participeraient pas moins tous du système qui a fini par créer ces tueurs.

Tous se sont installés de force dans un territoire qui ne leur appartient pas (et dont les lois internationales interdisent de modifier le caractère), parmi des autochtones qui ne veulent pas d’eux et à qui ils font subir une occupation sans cesse davantage invivable.

Partout dans le monde, cela s’appelle du colonialisme et c’est pourquoi aucun État de la planète ne reconnait la légalité ni des colonies « sauvages » ni de celles que le gouvernement israélien considère comme légitimes.

Hier, 4 août, la Knesset s’est réunie pour voir quelles actions prendre contre le terrorisme juif. Mais les députés de quatre des cinq partis de la coalition au pouvoir n’étaient pas là : ni ceux de Maison juive ni d’Israël Beteinu, qui est dans l’opposition, mais soutient aussi les colons.

Pas plus que ceux des partis ultra-orthodoxes, Shass et Yahadout Hatorah. Mais eux, c’était davantage à cause de Yishaï Shlissel, « leur » terroriste qui a tué et blessé des participants à la Gay Pride de Jérusalem.

La conclusion est évidente : avec une majorité d’une seule voix au Parlement, B. Netanyahou ne pourra éradiquer aucun de ces deux terrorismes intégristes. Ce serait prendre le risque de perdre ce qui est l’essentiel à ses yeux : son poste de Premier ministre.

* Meir Kahane : Juif américain fondateur de la « Ligue de Défense Juive » interdite aux États Unis pour terrorisme. Devenu israélien, il a fondé un parti déclaré illégal pour cause de racisme : ses théories sur la supériorité des Juifs rappelaient en nombre de points les lois nazies de Nuremberg. Il a été assassiné à New York en 1990.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ezra - 5/08/2015 - 20:21

    Comme d'habitude Monsieur Wésoly, celui qui croit tout savoir, prédit l'avenir en critiquant le premier ministre israélien.Comme l'ont déjà écrit d'autres lecteurs arrêtez de critiquer sans cesse les autorités israéliennes.Auriez vous tenu les mêmes propos si la gauche était au pouvoir en Israël ?Occupez vous plutôt des gaffes (je suis poli) du président du CCLJ-CCOJB. Cela vous concerne. Pas la politique d'Israël. Cela c'est l'affaire des israéliens pas des juifs de la diaspora.

  • Par owesoly - 6/08/2015 - 17:15

    Toujours les mêmes hargneuses mises en demeure que je vais d’ailleurs cesser de mettre en ligne. Et donc, une dernière fois : ni vous ni quiconque n’avez d’ordres à nous donner ni d’interdictions à nous imposer. On n’est pas dans un territoire occupé, ici.
    Nous écrivons ce que nous voulons sur les sujets de notre choix. Et si vraiment cela vous insupporte, lisez autre chose.

  • Par charly - 8/08/2015 - 14:16

    Monsieur Ouri je ne peux que vous donner raisonne publiez plus les commentaires de fascistes comme ce ezra qui vient nous inonder de ses insanités de droitele cclj est un mouvement de gauche et il n y a pas de raisons que la droite de la communauté juive utilise votre forum pour vomir des propos abjectsensemble luttons contre la droitisation de la communauté juive belge qui soutient de manière éhontée le gouvernement israélien qui n a que 1 siège de majorité et qui doit tomber le plus rapidement possiblenous pouvons remporter cette lutte grâce au cclj

  • Par owesoly - 9/08/2015 - 8:02

    C’est très bien de tenter l’humour au second degré, Monsieur Charly, mais, bien sûr, on n’y parvient pas immédiatement. Du coup, on se fait repérer de loin avec ses gros sabots boueux. Ceci étant, continuez d’essayer, cela change des insultes primaires habituelles.