Ces non-Juifs qui font Israël

Nadim Sheiban dépoussière l'art islamique et bouscule les préjugés

Mardi 1 novembre 2016 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°850

Le directeur du Musée de l’art islamique de Jérusalem, nommé voilà près de deux ans à ce poste, est l’un des rares Arabes d’Israël à diriger une grande institution culturelle du pays.

Avec une fréquentation qui devrait avoisiner les 50.000 visiteurs en 2016, le Musée L.A. Mayer de l’art islamique de Jérusalem est en passe de déjouer tous les pronostics. Alors que de nombreux sites de la ville trois fois sainte ont connu une certaine désaffection au cours des douze mois écoulés, marqués par la recrudescence des attaques au couteau ou à l’arme à feu, l’institution nichée au cœur du quartier cossu de Rehavia, semble connaître une seconde jeunesse.

« Ce résultat est sans précédent », pointe d’emblée Nadim Sheiban, nommé voilà deux ans à la tête du Musée fondé en 1974 par la philanthrope Vera Salomons*. Il est vrai que le nouveau maître des lieux a largement œuvré pour lui offrir un lifting digne de ce nom. L’une de ses premières décisions a consisté à retirer une collection d’armes ornant le hall d’entrée du Musée ! « A l’heure où l’islamophobie gagne du terrain, peu de gens sont conscients de la contribution de l’islam à l’avancement de l’Humanité », souligne Nadim Sheiban. « Notre rôle consiste à mettre en avant cet autre visage et de briser les préjugés ».

L’engouement pour l’institution tient notamment à l’ouverture au printemps dernier de « Signal en provenance d’Iran ». Au menu de cette exposition qui se donne à voir jusqu’au 17 novembre 2016, la présentation -inédite en Israël- de 60 affiches créées par 27 des meilleurs artistes et designers iraniens travaillant à Téhéran, et dont plus de la moitié sont des femmes. Des posters qui retracent la vie culturelle et politique en Iran, au cours des quarante dernières années, sachant que les interdictions et les restrictions imposées par le régime de Téhéran ont servi d’élément central dans l’épanouissement du graphisme local.

« Il s’agit -à n’en point douter- d’une exposition phare du Musée. De nombreux obstacles politiques ont dû être surmontés pour la mettre en place », confiait son directeur lors de son l’inauguration. Agé de 65 ans, celui qui a pris les rênes de l’institution, après une longue carrière dans la fonction publique, possède d’autres motifs de satisfaction.

Briser le plafond de verre

Né à Rama (en Galilée) au sein d’une famille chrétienne palestinienne, dans un village où il ne côtoie aucun concitoyen juif jusqu’à l’âge de 21 ans, Nadim Sheiban est passé maître dans l’art de créer des ponts entre les communautés, tout en refusant qu’on lui colle une étiquette identitaire à la peau. Empruntant des chemins de traverse, il entame des études de sociologie sur un campus israélien au début des années 1970, où il rencontre sa future épouse (une étudiante de confession juive).

Après avoir officié dans un bureau des affaires sociales dans le quartier de Jérusalem-Est, il devient le premier Arabe à diriger une agence de la municipalité de la capitale israélienne, c’est-à-dire un département en charge de l’ensemble de la population et non du seul secteur arabe. Une façon de briser le plafond de verre qui peut entraver -ici comme ailleurs- la carrière des minorités.

Après 25 ans passés au sein des services municipaux, il rejoint la Fondation de Jérusalem et entre au conseil d’administration de nombreux musées. « Malheureusement, il existe des disparités importantes entre Juifs et Arabes dans le monde culturel, et plus particulièrement au niveau des postes de direction », souligne Nadim Sheiban. « Mais je suis sûr que la situation ira en s’améliorant ».

Parmi les signes jugés encourageants : le succès rencontré par le département éducatif du Musée de l’art islamique, où une équipe de professionnels juifs et arabes gère un programme visant à sensibiliser le public scolaire aux valeurs démocratiques et à la tolérance. Piloté en coopération avec l’Institut Van Leer et l’Institut Adam, il propose notamment des rencontres entre jeunes issus d’écoles des secteurs juif et arabe. Une activité qui a reçu « un accueil enthousiaste » auprès de 700 lycéens au cours de l’année écoulée.

* Vera Salomons a étudié l’art islamique sous la direction du professeur L.A. Mayer au sein de l’Université hébraïque de Jérusalem, d’où le nom donné à l’institution. http://www.islamicart.co.il/english


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/