Ces non-Juifs qui font Israël

Mira Awad, une voix arabe contre la haine

Mardi 6 décembre 2016 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°852

Première chanteuse arabe à avoir concouru pour Israël lors de l’Eurovision en 2009, cette artiste multiplie les projets visant à faire dialoguer Israéliens et Palestiniens.

 

C'est la réponse du berger à la bergère… En mettant en ligne cet automne sur YouTube sa dernière création, « Think of Others », une chanson adaptée d’un texte du poète palestinien Mahmoud Darwich, la chanteuse arabe-chrétienne Mira Awad a frappé un grand coup. « J’ai décidé d’enregistrer ce clip suite à la récente campagne lancée contre ce poète majeur, par la ministre de la Culture israélienne Miri Reguev », explique-t-elle. Une allusion directe à la dernière cérémonie des « Ophir » (les « Oscar » israéliens) organisée fin septembre et durant laquelle le rappeur arabe Tamer Nafar avait ulcéré la ministre en choisissant d’interpréter le poème « Identity Card » de Darwich… « Mon objectif était de protester contre cette tentative de diabolisation de la culture palestinienne et de donner au public israélien la possibilité de connaître davantage Darwich, autour d’un message d’amour et non pas sur fond de haine ».

C’est un fait. Mira Awad ne baisse pas la garde. A 41 ans, cette chanteuse et actrice native de Rama, un village de Galilée, persiste et signe pour établir un dialogue entre les communautés. Fille d’un père médecin d’origine arabe palestinienne et de confession chrétienne, et d’une mère bulgare, spécialiste en langues slaves, cette artiste cultive sa différence. En 2009, elle a défrayé la chronique en devenant la première chanteuse arabe à concourir pour Israël lors de l’Eurovision, aux côtés de la chanteuse juive israélienne d’origine yéménite Achinoam Nini (Noa).

Ce « duo pour la paix » n’avait pas manqué de provoquer une polémique… Plusieurs figures de la gauche radicale, à l’image du réalisateur Udi Aloni (le fils de l’ex-ministre de l’Education, Shulamit Aloni), étaient montées au créneau contre ce projet, accusé de donner l’illusion d’une coexistence pacifique entre Juifs et Arabes… tandis qu’au sein de la minorité arabe d’Israël (20% de la population), certaines voix s’étaient élevées pour reprocher à Mira Awad de servir la propagande israélienne, même si sa partenaire de scène reste connue pour ses positions pacifistes. Mais d’évidence, ces arguments n’ont guère entamé les efforts des deux artistes qui ne ratent jamais une occasion de se produire ensemble…

Une actrice engagée

De fait, Mira Awad n’a jamais renoncé à son engagement en faveur de la tolérance et de la compréhension mutuelle. « Pour produire le clip “Think of Others”, j’ai fait appel aux internautes dans le cadre d’une campagne de financement participatif », raconte la chanteuse. « Je ne savais pas si les gens allaient être sensibles au message, compte tenu des allégations dont Darwich a récemment fait l’objet et des accusations selon lesquelles ses écrits seraient “anti-israéliens”… Mais au bout de cinq heures, nous avons pu récolter les fonds nécessaires. Et ce, auprès de Juifs israéliens pour la plupart… A mes yeux, cela symbolise bien que nombre de personnes dans ce pays continuent de croire en la liberté d’expression et veulent se tourner vers l’Autre ».

Mira Awad, qui s’est d’abord fait connaître dans le pays comme membre de la troupe théâtrale du Cameri, à Tel-Aviv, n’a jamais choisi la voie de la facilité. Diplômée de l’école de musique Rimon (à Ramat Ha Sharon), cette artiste a mené de front une carrière dans la chanson et un parcours d’actrice. On la remarque notamment dans la pièce Un certain lieu dans une ville étrangère, de Maya Arad, Plonter, de Yael Ronen, ou Le retour à Haïfa de Boaz Gaon : autant d’œuvres politiques qui font de Mira Awad, une figure incontournable du théâtre engagé.

La comédienne qui a également joué dans la série télévisée satirique « Travail d’arabe » de l’écrivain Sayed Kashua, diffusée en Prime Time sur la seconde chaîne de télévision israélienne, ne dissimule pas ses convictions. « L’hymne national, Hatikva, ne me fait pas spécialement vibrer », confie-t-elle. « Et par ailleurs, je crois qu’il est encore nécessaire de se battre pour la paix et la coexistence entre Israéliens et Palestiniens ». Notamment au travers de la  création. Comme le montre son dernier projet, « Mona », une série écrite par Mira Awad pour la télévision publique israélienne. La trame ? Originaire du nord du pays, une Arabe palestinienne d’Israël, résidant à Tel-Aviv, file le parfait amour avec un Juif israélien de Sdérot, jusqu’à ce que l’opération militaire « Bordure protectrice » à Gaza vienne interrompre leur idylle… 


 
 

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