Israël/Culture

Le Ministre de l'Education prive Yaïr Garbuz du prix Israël

Vendredi 24 mars 2017 par Nathalie Hamou

En mars 2015, le célèbre artiste-peintre avait prononcé un discours controversé à une semaine des législatives reconduisant Benjamin Netanyahou au pouvoir. Ce n’est pas la première fois que l’attribution du prix Israel suscite la polémique.

 

Le prestigieux prix Israël -sorte de prix Nobel local, qui est remis chaque année le jour de l’Indépendance de l’Etat hébreu, aux plus éminents scientifiques, artistes ou écrivains du pays- vient (encore) de défrayer la chronique. Cette fois, c’est l’artiste Yair Garbuz qui se voit écarté de la course.  Le peintre et militant de gauche âgé de 71 ans était en lice pour le prix Israël des Beaux-Arts, mais l’incapacité de la commission de sélection à prendre, comme il se doit, une décision à l’unanimité a incité le ministre de l’Education, Naftali Bennett, à trancher.

Le chef de file du parti nationaliste religieux « Foyer juif » a purement et simplement supprimé l’attribution du prix dans la catégorie arts plastiques, disqualifiant du même coup la candidature de Yair Garbuz.

Quoique défendable sur le plan technique, cette décision ne doit rien au hasard. Le 7 mars 2015, à une semaine du dernier scrutin législatif israélien, le célèbre intellectuel avait en effet été invité à prononcer un discours lors du rassemblement anti-Netanyahou, sur la place Rabin de Tel-Aviv. Devant près de 45.000 personnes, Yair Garbuz avait tenu des propos très durs, dénonçant « les adorateurs d’amulettes, les idolâtres, et les gens qui se prosternent devant les  tombes de Saints (…) qui contrôlent l’Etat d’Israël ».

Yair Garbuz avait ajouté qu’une « poignée » d’extrémistes de droite avait « mis la main sur le pays », et a décrit les religieux comme des criminels. Ses déclarations avaient été perçues comme une attaque cinglante contre les hommes portant la kippa, les Juifs séfarades et le camp de la droite en général… Ce discours prononcé en pleine campagne électorale lui avait aussi valu de nombreux détracteurs dans les rangs de la gauche. La liste « Union sioniste » avait fermement condamné « les déclarations de Yair Garbuz qui insultent une communauté sur la base de ses croyances ».

Depuis, l’artiste avait adopté un profil bas. Réagissant à l’annulation du Prix Israël dans la catégorie des arts, Yair Garbuz a déclaré, ce mercredi 22 mars, à la radio militaire israélienne qu’il était « heureux d’être nominé pour le prix Israël, et heureux de ne pas le recevoir des mains de Naftali Bennett. Ce que j’ai perdu, c’est une poignée de main de Bennett et une somme d’argent, et je pourrais très bien vivre sans cela », a-t-il ajouté.

S’en prenant à nouveau à Yair Garbuz et à l’élite ashkénaze qu’il représente, Naftali Bennett a défendu sa décision déclarant avoir eu le sentiment qu’il était faux de soutenir que seule une « poignée » de personnes pouvait définir la culture israélienne. « Nous avons une culture merveilleuse et personne n’en a le monopole », a-t-il souligné.

La droite à l’honneur

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri a de son côté remercié le président du « Foyer juif » dans un tweet publié quelques heures après l’annonce de la décision. « Au nom de ceux qui embrassent des amulettes et se prosternent sur des tombes, bravo ! » La députée de la liste « Union sioniste », Shelly Yachimovich, a elle aussi réagi, décrivant sur Twitter que Bennett avait « raison… cette fois ».

Ce n’est pas la première fois que l’attribution du prix Israël suscite la polémique. Il y a deux ans, à un mois des législatives, Benjamin Netanyahou qui était déjà  Premier ministre -et qui détenait aussi le portefeuille de l’Education-, avait tenté de limoger deux membres du jury du prix Israël de littérature, en les présentant comme des « gauchistes radicaux ». Cette intervention avait été  jugée inappropriée par le conseiller juridique de l’Etat hébreu, qui avait obligé le chef du gouvernement à faire marche arrière. Mais elle avait entrainé le retrait de candidatures de quatre écrivains, dont celle de David Grossman…

Un précédent qui n’a toutefois pas découragé Naftali Bennett. Le ministre de l’Education a par ailleurs fait les gros titres la semaine dernière en annonçant que le controversé militant de droite, David Beeri, serait l’un des lauréats du prix Israel. David Beeri est à l’origine de la Fondation de la Cité de David, appelée Elad en hébreu, dont le principal projet est le parc archéologique rénové de la Cité de David, situé juste à l’extérieur des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem. Elad achète également des maisons dans le village arabe voisin de Silwan et les loue à des Juifs. Une initiative qui, selon l’ONG de gauche « Emek Shaveh », alimenterait régulièrement les tensions dans la capitale…


 
 

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