Opinion

Mais à quoi servent donc les territoires occupés ?

Lundi 18 octobre 2010 par Ouri Wesoly

 

43 ans que la Cisjordanie est sous occupation. Deux générations qu’Israéliens et Palestiniens se battent pour sa possession. Chez ces derniers, on voit bien pourquoi : c’est là qu’ils entendent bâtir leur Etat. Mais côté israélien ? Quels avantages la Cisjordanie apporte-t-elle à l’Etat juif ?

 -D’un point de vue militaire : aucun. Ni dans les airs, face à des avions supersoniques, des missiles ou des fusées ni au sol : le temps a passé depuis 1948, lorsque la résistance de quelques kibboutzim avait bloqué les armées égyptiennes et syriennes. C’est au contraire, Tsahal qui doit en permanence détacher des troupes pour protéger les colonies. Ou, le cas échéant, les évacuer comme ce fut le cas pour celles du Golan en 1973.
 
-D’un point de vue économique : aucun. Certes, Israël se livre à une exploitation intensive des ressources naturelles de la Cisjordanie (notamment l’eau). Et on estime le chiffre d’affaires des colonies (produits agricoles et industriels) à 200 millions de dollars l’an. Loin des 500 millions de dollars annuels que l’Etat juif dépense pour y bâtir des infrastructures et inciter sa population à s’y installer.
 
A quoi il faut ajouter les dépenses militaires quotidiennes destinées à assurer la sécurité de la région. Plus les coûts exceptionnels comme la construction de la « barrière de sécurité » (environ 2 milliards d’euros). Globalement, selon différentes études, Israël a dépensé, entre 1973 et 2007, au minimum 16 milliards d’euros dans une région ne faisant officiellement pas partie de son territoire.
 
-D’un point diplomatique : aucun. Pas un seul pays de la planète ne reconnaît la légitimité des colonies à s’implanter dans ce que le gouvernement israélien est seul à appeler « la Judée-Samarie ». Pas même les Etats-Unis ou la Micronésie, indéfectibles alliés pourtant d’Israël à l’ONU. De même, aucun Etat n’accepte-t-il l’annexion de Jérusalem-Est Au contraire, la persistance de l’occupation contribue à l’isolement d’Israël et à la dégradation de son image.
 
-D’un point de vue démographique : aucun. Israël se veut un Etat à majorité juive. Fin 2009, c’était le cas : sur 7,5 millions d’habitants, 75% étaient juifs et 20% arabes (plus 4,3 % de « divers », Juifs non reconnus, membres d’autres religions, etc.) Si la Cisjordanie devient partie intégrante d’Israël, sa population s’accroîtra de 2,4 millions d’Arabes et la majorité juive tombera à environ 61%. La démographie des Palestiniens étant supérieure à la leur, les Juifs risquent d’être minoritaires dans ce  « Grand Israël » entre 2030 et 2040.
 
-D’un point de vue moral : aucun. L’occupation est, par définition, incompatible avec les valeurs de la démocratie. Dans l’histoire récente, des Etats comme la Grande-Bretagne, la France ou les Etats-Unis ont tenté de dominer un territoire contre la volonté du peuple qui y vivait. Ils n’y ont apporté que destruction souffrance et mort. Et eux-mêmes y ont attrapé ce qu’on pourrait appeler « la maladie de l’occupation » : la lente gangrène des idéaux sur lesquels ils se sont fondés. Et tous ont échoué.
 
D’un point de vue historique (et/ou religieux) : beaucoup… pour une infime fraction des Israéliens : les colons aux yeux de qui l’occupation de la Cisjordanie serait la « destinée manifeste » du sionisme. Pour leur aile religieuse, elle constituerait aussi un prélude au retour imminent du Messie.
 
Mais ces gens ne représentent que 10% de la population. Encore la moitié d’entre eux n’habite-t-elle les implantations que pour des raisons économiques. Pour les autres Israéliens, la Cisjordanie reste une terre étrangère, hostile et dangereuse. Hormis les colons et les militaires qui y font leur service, combien d’Israéliens se rendent encore en Cisjordanie ? Au demeurant, où iraient-ils ? Et pour qu’y faire ?
 
D’un point de vue sioniste: aucun. Les fondamentaux du sionisme n’ont jamais été de rétablir un Etat d’Israël dans ses très variables frontières bibliques. Son but consistait à  donner un refuge indépendant, si réduit fut-il, aux Juifs en souffrance de par le monde. Dans cette optique, Israël peut parfaitement vivre sans Gaza, sans la Cisjordanie et même sans la partie arabe de Jérusalem. Il l’a fait de 1948 à 1967 et sa situation était, à nombre d’égards, bien meilleure qu’aujourd’hui.…
 
En définitive, il se pourrait bien que les territoires occupés n’aient pour Israël qu’une seule valeur, immense mais négative: être échangés contre la paix et la sécurité.
 

 
 

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