Elections israéliennes

Le Likoud est favorable à l'annexion de la zone C de Cisjordanie

Lundi 16 septembre 2019 par Nicolas Zomersztajn

Ancien colonel de Tsahal, Shaul Arieli a dirigé l'administration de l'accord intérimaire sous le gouvernement d’Yitzhak Rabin et fut ensuite rattaché au bureau du Premier ministre (gouvernement d’Ehoud Barak) pour gérer ces questions. Ce spécialiste du tracé des frontières milite activement en faveur de la solution des deux Etats. Il réagit à l’annonce faite par Benjamin Netanyahou d’annexer la vallée du Jourdain s’il est réélu.

 

L’annonce faite par Benjamin Netanyahou d’annexer la vallée du Jourdain s’il devient Premier ministre vous surprend-elle ?

Cela ne me surprend guère car déjà en décembre 2017, le comité central du Likoud s’était déjà prononcé pour l’annexion de la zone C, zone dans laquelle se situent toutes les colonies israéliennes. Et la vallée du Jourdain fait partie de la Zone C. Il faut ajouter que durant ces quatre dernières années, des propositions visant à annexer la Zone C ont été déposées à plusieurs reprises à la Knesset. Mais à chaque fois, Benjamin Netanyahou les a retirées de l’agenda en expliquant que ce type de décision relève du gouvernement et non pas d’un député agissant seul. Il n’y a donc rien de neuf dans cette annonce qui s’inscrit surtout dans l’effervescence d’une campagne électorale.

Cette annonce a au moins le mérite de la clarté ?

Oui car elle ne fait que refléter la position officielle du Likoud sur cette question. Dans aucun document ni dans aucune prise de position, il ne mentionne la solution des deux Etats ni la reprise de négociations avec les Palestiniens. Cela vaut aussi pour tous les partis de la coalition gouvernementale menée par Netanyahou. Pour tous les partis de cette coalition, il s’agit d’un processus d’annexion graduelle de la Cisjordanie à Israël.

Quels sont les partis qui défendent encore clairement la solution des deux Etats en Israël ?

Le Parti travailliste, même s’il est plutôt montré timide sur cette question durant la campagne. C’est surtout le Camp démocratique emmené par Ehoud Barak, Stav Shaffir et Nitzan Horowitz qui  annonce clairement les choses en reprenant les paramètres de la solution des deux Etats. Le Meretz, qui fait partie du Camp démocratique, a même adopté officiellement le Pacte de Genève (plan de paix conçu par Yossi Beilin et Yasser Abed Rabo, et signé à Genève en 2003). Quant à Kahol Lavan (Bleu-Blanc) de Benny Gantz, c’est un parti de centre-droit. La moitié des députés qui ont été élus en avril dernier sont d’ailleurs issus de la droite. Quand on se penche sur leurs déclarations concernant la résolution du conflit, on comprend vite qu’ils ne vont pas relancer des négociations.

La solution des deux Etats que vous défendez a-t-elle encore des chances d’être mise en œuvre en dépit des politiques visant à la rendre inapplicable ?

Il est encore possible de la mettre en œuvre. Pour ce faire, il faut tenir compte de trois dimensions. Premièrement, il est physiquement possible de séparer les deux populations en Cisjordanie dans le cadre d’un accord fondé sur un échange de territoires de 4%. En procédant de la sorte, Israël peut conserver sans les déplacer 86% des Israéliens vivant dans les colonies de Cisjordanie le long de la Ligne verte. Jérusalem-Est doit être la capitale de l’Etat palestinien qui doit être démilitarisé et la question des réfugiés doit être résolue sans le droit de retour des réfugiés palestiniens en Israël. Mais il y ensuite la dimension politique. Et c’est vrai, elle pose problème. Il n’y a pas le moindre signe de bonne volonté du gouvernement israélien actuel envers la solution des deux Etats. Les partis de cette coalition de droite et d’extrême droite s’y opposent et font tout pour qu’elle ne puisse jamais voir le jour. Quant aux Palestiniens, ils sont empêtrés dans leurs problèmes internes, et tout particulièrement le conflit qui oppose le Fatah au Hamas. Dans ce contexte, il faut aussi tenir compte de la troisième dimension, celle de l’opinion publique. Il n’est pas simple de convaincre l’opinion publique israélienne : elle soutient encore majoritairement la solution des deux Etats mais cette même majorité ne croit pas qu’il y ait un partenaire côté palestinien. Si les conditions sur le terrain permettent encore de faire aboutir la solution des deux Etats, l’absence de volonté politique des deux côtés bloque le processus.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Rina - 16/09/2019 - 22:03

    Voilà le Cclj qui devient le porte parole d in mouvement politique israélien
    Cela a le mérite de la clarté
    Et je vous en suis reconnaissante
    Rina

  • Par Daniel Donner - 24/09/2019 - 9:53

    Il est un peu curieux de parler de l'annexion de la vallée du Jourdain sans rappeler que son origine est le plan Alon (travailliste), plan que de nombreux travaillistes acceptaient, dont Rabin.