L'édito

Des Juifs heureux et angoissés

Mardi 1 mai 2018 par Nicolas Zomersztajn, Rédacteur en chef
Publié dans Regards n°882 (1022)

Israël vient de fêter son 70e anniversaire. C’est avec admiration et fierté que nous contemplons le chemin parcouru par ce pays. Les plus anciens parmi nous ont encore le souvenir d’un pays où la vie était rude et austère.

Aujourd’hui, Israël affiche ses réalisations les plus audacieuses dans tant de domaines, que ce soient l'industrie, l'agriculture, la culture, les arts, la haute technologie, la médecine, l'économie et même… la gastronomie. Comment ne pas voir dans cet Etat l’accomplissement du rêve de générations de Juifs.

Si le 70e anniversaire d’Israël nous procure une immense joie, nous pouvons difficilement dissimuler la crainte et l’angoisse que nous nourrissons pour l’avenir d’Israël. Oui, cette vieille angoisse juive qui nous accompagne depuis si longtemps. Nous pensions qu’Israël la ferait disparaitre et ironie du sort, il en devient la source. Il y a de bonnes raisons d’être angoissé quand on voit la démagogie et le chauvinisme le plus étroit érigés en vertus politiques par une grande partie de la classe politique israélienne. Comme si elle ne semble pas mesurer la menace que fait peser la poursuite de l’occupation et de la colonisation de la Cisjordanie sur l’existence même d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique. Avec 
l’irréalisme et l’absence de vision du gouvernement actuel, les Israéliens auraient-ils définitivement tiré un trait sur cette formidable combinaison d’audace, d’intelligence et de sens des responsabilités qui caractérisait l’action des Pères fondateurs ? Cette question fait mal, mais elle nous traverse l’esprit.

Nous ne sommes pas les seuls à éprouver cette angoisse. Ron Lauder, le président du Congrès juif mondial, ce Juif américain proche des Républicains et soutenant activement le Likoud depuis les années 1980, exprime ses craintes pour l’avenir d’Israël dans les colonnes 
du New York Times. Lui qui a toujours prôné le soutien inconditionnel au gouvernement israélien, quel qu’il soit, affirme que « les plans d’annexion que mettent en avant des éléments de la droite, ainsi que l’extension des colonies juives de l’autre côté de la ligne de séparation sont aussi destructeurs que l’intransigeance et l’incitation à la violence des 
Palestiniens ! ». Nous disons cela depuis tant d’années ; Ron Lauder a attendu qu’Israël fête son 70e anniversaire pour dire publiquement, et non pas « en famille », que la politique aveugle de colonisation en Cisjordanie crée la réalité irréversible d’un seul Etat. « Nous devons changer de cap et trouver entre nous un terrain d’entente, afin d’assurer le succès de notre nation bien-aimée », conclut le président du Congrès juif mondial. L’angoisse que nous partageons avec Ron Lauder doit être prise au sérieux, d’autant plus qu’elle se fonde sur l’amour que nous portons pour Israël.

En tant que Juifs européens, notre angoisse revient aussi au galop lorsque nous voyons se développer sous nos yeux une hostilité virulente, non pas à une politique menée par le gouvernement israélien, mais envers l’existence même de l’Etat d’Israël. Cet antisionisme que Vladimir Jankélévitch consi-dérait à juste titre comme de « l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous et permettant d’être démocratiquement antisémite », est diffusé par une minorité agissante et bruyante. Il n’en demeure pas moins qu’il s’exprime en toute impunité et qu’il libère une parole et des actes antisémites. « Il faut haïr l’indifférence », écrivait Gramsci. Jamais la remise en cause de l’existence d’Israël ne pourrait s’exprimer de cette manière s’il n’existait la tolérance de ceux qui n’approuvent peut-être pas l’antisionisme, mais qui se taisent parce qu’il vaut mieux ne pas dénoncer une vulgate « progressiste », même la plus détestable.

Tout cela ne nous empêche pas de fêter le 70e anniversaire de cet Etat auquel nous sommes attachés. Car comme le soulignait l’écrivain israélien David Grossman dans un discours prononcé à cette occasion, « Israël vaut la peine qu’on se batte pour lui »


 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par AMIR - 8/05/2018 - 13:41

    Monsieur

    Qu attendez vous pour monter en Israël et vous lancez en politique à moins que vous pensez qu il est mieux de critiquer les dirigeants israéliens élus depuis son salon Bruxellois ?

  • Par chalom - 16/05/2018 - 21:54

    J'invite Nicolas Zomersztayn a étudier la politique de "colonisation (?) des sages Chinois dans le Xinjiang où les Hans sont devenus la majorité afin d'assurer la sécurité de cette province occidentale chinoise disputée par d'autres musulmans fanatiques et terroristes.
    Ce qui réussit aux Chinois réussira aussi aux Juifs.