Coexistence

Jérusalem : "La tolérance doit commencer dans la salle des profs"

Jeudi 13 décembre 2018 par Nathalie Hamou

« Heder morim » est un projet de rencontres rassemblant des éducateurs juifs et arabes, laïques et religieux. Pour mieux inculquer la tolérance à l’égard de « l’autre » dans la salle de classe…  

 

Epicentre du conflit israélo-palestinien, Jérusalem qui vient d’élire un maire nationaliste religieux soutenu par les Juifs ultra-orthodoxes compte aussi un nombre non négligeable d’initiatives visant à diffuser la tolérance. Témoin, le projet « Heder morim » (the teacher’s lounge), « la salle des professeurs » en hébreu, lancé voilà près de cinq ans, dans l’agglomération à la démographie bien singulière. Elle détient en effet le nombre le plus élevé de haredim (ultra- orthodoxes) du pays, une population arabe palestinienne également sans équivalent dans le reste du territoire, ainsi qu’un troisième tiers composé d’une communauté laïque et religieuse modérée. Le principe ? Des enseignants juifs et arabes de crèches, du primaire et des écoles secondaires se rencontrent dans différents lieux de la ville pour dix séances de trois heures, une fois toutes les deux ou trois semaines pendant l’année scolaire, entre novembre et avril.

En utilisant le rôle particulier que jouent les enseignants en charge d’éduquer les enfants, les promoteurs de ce projet unique espèrent ainsi transformer la vision du monde de la nouvelle génération du pays, désamorcer le racisme et la discrimination et créer des liens entre les différentes communautés de la capitale israélienne, y compris dans les quartiers arabes de l’Est de la ville. Signe fort, « Heder morim » compte parmi ses principaux sponsors, les proches Shira Banki, une jeune fille de 16 ans qui a été poignardée à mort par un extrémiste ultra-orthodoxe lors de la Gay Pride de 2015 à Jérusalem. Sa famille a créé une association caritative pour faire la promotion de la tolérance dans la ville sainte grâce à différentes initiatives.

En Israël, le corps enseignant est supposé diffuser la tolérance, l’ouverture d’esprit et l’acceptation de la différence. « Mais si les éducateurs n’ont pas rencontré l’autre d’une manière sincère et profonde, ils ne pourront être tentés de le faire que d’une manière artificielle dans la salle de classe », comme l’a précisé Michal Muskat-Barkan, fondatrice et chef académique du programme. Voire pas du tout. « La capitale israélienne est divisée en trois secteurs (Arabes, ultra-orthodoxes et le reste - les Juifs laïques, religieux modérés et libéraux), mais ces populations se croisent sans jamais se côtoyer ».

Des émules, malgré les obstacles

L’initiative, présentée comme un séminaire professionnel, a dû surmonter de nombreux obstacles : comme la difficulté d’engager des éducateurs juifs ultra-orthodoxes, sachant que les rencontres organisées sont mixtes, ou encore celle d’organiser des rencontres à Jérusalem-Est, où le projet a pu être taxé de vecteur de normalisation avec Israël…

Il n’empêche. Lancé en 2013 avec une dizaine d’éducateurs, le programme a totalisé l’an passé 60 participants, répartis en trois groupes. Nombre de rencontres sont organisées sur le campus de l’Université hébraïque de Jérusalem, mais aussi dans le marché de Mahane Yehuda ou encore dans la partie arabe (orientale) à la Porte de Damas. Un projet qui cherche désormais à s’étendre à d’autres villes « mixtes », rassemblant des populations arabes et juives, comme Haïfa ou Jaffa, au sud de Tel-Aviv...

Reste que les proches de Shira Banki ne sont pas les seuls parents endeuillés à s’impliquer dans la coexistence, après avoir perdu un proche sur fond d’intolérance ou de haine. Dans un tout autre registre, l’organisation pacifiste « Cercle des parents - Forum des familles », établie en 1995, rassemble des Israéliens et Palestiniens ayant perdu des proches lors du conflit opposant les deux peuples. Une approche à la fois personnelle et militante qui compte son lot de détracteurs...

« J’invite les sceptiques à se rendre dans une salle de classe dans laquelle un Israélien et un Palestinien, membres de notre mouvement, viennent raconter leur histoire, et à prendre la mesure de la réaction des lycéens », a récemment souligné la porte-parole du Cercle des parents endeuillés, Robi Damelin, dont le fils David a été tué par un sniper palestinien en 2002. L’organisation est convaincue qu’en diffusant les témoignages autour de la perte, notamment en milieu scolaire, elle pourra aider les populations ennemies à voir « l’humanité » dans le visage de l’autre.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 16/12/2018 - 9:26

    La paix entre Juifs et Chretiens n'a pu debute qu'apres la fin de l'enseignement du mepris.
    La paix ne sera possible entre Palestiniens et Israeliens que par l'enseignement du respect mutuel.