Israël

A Jérusalem, la paix se joue au backgammon

Vendredi 2 juin 2017 par Nathalie Hamou

Née au printemps 2016, l’initiative « Jerusalem Double » réunit Juifs et Arabes palestiniens de la ville sainte autour de ce jeu de société. Prochaine étape : un championnat de backgammon à l’échelle régionale.

 

L'initiative est baptisée « Jerusalem Double », en référence au coup de dés qui donne le droit de jouer deux coups à la suite au backgammon. Depuis un peu plus d’un an, de jeunes activistes israéliens et palestiniens ont eu l’idée de réunir Juifs et Arabes de la Ville sainte autour de ce jeu cinq fois millénaire, qui en arabe comme hébreu, se dit « Shesh Besh » : un mélange de turc et de persan pour dire « 6 » et « 5 ». A l’heure où les autorités israéliennes célèbrent le cinquantenaire de la « réunification » de la capitale éternelle, dans la foulée de la guerre des Six Jours, les organisateurs du projet ne ménagent pas leurs efforts pour jeter des ponts entre les habitants d’une Jérusalem plus que jamais divisée…

A ce jour une petite dizaine de rencontres ont été organisées dans la partie arabe ou juive de la ville, chez des particuliers ou dans des lieux publics et sans policier alentour. A chaque fois, le scénario est le même. Autour des tables se pressent des Palestiniennes voilées, des Juives religieuses avec leurs poussettes, des hommes ultra-orthodoxes en kippa noire, des jeunes des quartiers arabes, des étudiants ou des retraités. Sous une large tente, au son d'un concert de musique arabe, Juifs et Arabes se défient à coups de dés, dans la bonne humeur. 

Tel est du moins le vœu des initiateurs de « Jérusalem Double » qui ont résolu de s'en remettre à l'un des plus vieux jeux de plateau du monde pour créer ou recréer le lien. « Le projet a reçu un peu d’argent de la municipalité, mais il est entièrement porté par des bénévoles », explique Zaki Djemal, l’un des organisateurs de la première heure. Agé de 29 ans, cet Israélien d’origine juive syrienne, passé par les rangs de l’Université Harvard, mesure le chemin parcouru.

La première soirée de « Jerusalem Double » a rassemblé 150 participants, à Beit Hanina, un quartier palestinien de Jérusalem-Est. Mais au fil du temps, cette rencontre est devenue une véritable attraction. « Nous sommes même en train de préparer un tournoi de backgammon à l’échelle régionale à la fin de l’été ou début septembre », confie Zaki Djemal. Avec des joueurs qui viendraient du Maroc, de Turquie, d’Egypte ou de Jordanie.

A en croire ce militant, qui mène en parallèle une carrière d’entrepreneur à la tête du fonds fresh.fund, le premier fonds d’investissement israélien géré par des étudiants, le backgammon est un formidable vecteur d’échange. « Ce jeu amène ici des gens très différents, pas seulement les habituels militants de la paix, mais des gens qui n'ont pas envie de parler politique ». Certes Jérusalem est au cœur du conflit israélo-arabe. Mais sans interaction personnelle minimale entre Israéliens et Palestiniens, fait-il encore valoir, les deux parties ont peu de chances de se réconcilier. 


 
 

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