Israël

JCall en Israël : Une autre approche du conflit

Dimanche 4 juin 2017 par Stéphane Wajskop

Dans le cadre de cette année de commémorations liées au 50e anniversaire de la guerre des Six Jours, mais aussi aux 50 ans de l’occupation, une délégation de JCall (European Jewish Call for Reason) composée de 55 personnes, originaires de Belgique, de France, d’Italie et de Suisse, s'est rendue du 2 au 12 juin 2017 en Israël et dans les Territoires palestiniens. Compte-rendu sur place de ces deux premières journées.

Ce samedi soir, nous avons assisté à une conférence donnée par Michel Maayan Eine, général retraité du Mossad, membre des « Commandants pour la sécurité d’Israël ». Pour la plupart d’entre nous, la découverte de cette association née il y a deux ans fut une très heureuse surprise, tant son approche du conflit avec les Palestiniens nous a paru intelligente et source d’espoir. Source d’espoir par la crédibilité de ses initiateurs -280 généraux de l’armée et du Mossad- et donc la possibilité d’être entendu par la population israélienne, intelligente par l’amélioration unilatérale des conditions de vie des Palestiniens, tout en dessinant progressivement les frontières séparant l’Etat d’Israël d’un futur Etat palestinien.

Leur vision : "The agreement with the Palestinians will be based on the principle of “two states for two peoples” and the 1967 line with arrangements and adjustments as dictated by Israel’s security and demographic needs. Only this path will prevent the creation of a bi-national state".

Aujourd’hui dimanche, la journée fut consacrée à Sderot et plus généralement à la région sud, sujette au lancement des roquettes au départ de Gaza. Nos guides étaient Julia Tseitin et Eric Yalin de Kol Akher (‘Une autre voix’), association israélienne qui, envers et contre tout, s’évertue en temps de paix comme en tant de guerre, à maintenir le contact entre Israéliens et Gazaouis. Cette visite nous a permis de bien comprendre le traumatisme vécu par de nombreux habitants de la région (lequel de vos enfants emmenez-vous dans les abris lorsque vous avez 15 secondes pour vous protéger?) et le désespoir des Palestiniens, victimes du Hamas et du blocus organisé par Israël, l’Egypte et l’Autorité palestinienne (6 heures d’électricité par jour, sévère rationnement d’eau, 65% de chômage des jeunes, plus grande densité de population au monde).

Nous avons également rencontré des représentants de la municipalité qui nous ont parlé de la situation de la ville, en insistant sur des faits étonnants : la population croît malgré l’insécurité, car en réalité, il y fait bon vivre et la vie y est moins chère que dans le centre du pays ! Par ailleurs, Sderot est l’une des villes les plus multiculturelles d’Israël et de nombreuses barrières et préjugés y ont été combattus au cours des ans, pacifiant ainsi les relations intra-communautaires. Plus inquiétant, les mouvements militants religieux y envoient, comme dans de nombreuses villes en développement, de jeunes militants dont le rôle est d’y imposer leur idéologie en s’installant au milieu de la population, une sorte de colonisation de l’intérieur !

« Faites la paix maintenant »

Après Sderot, nous avons été à Ofakim, ville déshéritée (niveau 3/10 sur l’échelle de la pauvreté en Israël) qui se trouve à 45 secondes des kassams (un luxe !) et y avons rencontré Yahaloma Zchut, initiatrice d’un centre d’aide aux traumatisés de guerre. Ancienne technicienne de l’armée de l’air proche du Likoud, Yahaloma est devenue l’une des leaders du mouvement « Les Femmes font la paix », dont les message aux politiques est : « Faites la paix maintenant » – quels qu’en soient les termes.

La journée s’est terminée par une conférence sur les kibboutzim et la bonne nouvelle est que, contrairement à ce que nous pensions, ils se portent très bien. Ils sont -comme dans les années 70- près de 300 et réalisent environ 50% de la production agricole et 12% de la production industrielle, alors que la population kibboutznik ne représente que 2% de la population du pays. Que s’est-il passé ? C’est Iftah Frejlich, membre du kibboutz Mashabe Sade, qui nous l’a expliqué : alors qu’une majorité de kibboutzim étaient au bord de la faillite dans les années 80, une redéfinition de leurs règles de fonctionnement -et notamment l’introduction d’un système économique plus capitaliste- leur a permis à quasi tous de redresser la tête et de devenir florissants. Un mode vie plus communautaire et proche de la nature génère d’ailleurs un retour vers le kibboutz de nombreux jeunes et les listes d’attente sont nombreuses.

Demain, nous abordons la situation des Bédouins sous l’angle original suivant : ‘Les Bédouins et la question juive’. En route pour de nouvelles aventures…


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par ezekiel - 5/06/2017 - 8:48

    Facile de se donner bonne conscience en allant visiter la ville meurtrie de Sdérot.
    Mais que pensent véritablement les habitants de cette ville de l'action de J Call ? Vous êtes vous posés la question ? J'en doute.

    E.M.

  • Par Hélène - 5/06/2017 - 12:57

    @ ezekiel
    La majorité des habitants de Sdérot pensent que la solution de leurs problèmes n'est pas que sécuritaire, qu'il faut arriver à une solution de paix définitive avec les palestiniens, qu'Israël doit mettre fin au blocus de Gaza.
    Allez poser vos questions directement au lieu de mettre JCall en cause.

  • Par Pierre Lasky - 5/06/2017 - 13:58

    Vous avez raison Hélène, ce frustré d'Ezekiel est aveuglé par sa haine. Les membres de J Cal ont précisément été à la rencontre des citoyens de Sderot avec lesquels ils ont eu l'occasion de discuter.

    Et ce n'est pas la première fois qu'ils le font. Lors du voyage précédent, ils avaient déjà consacré une journée entière à la problématique de Sderot.

    Pierre

  • Par Nahum - 6/06/2017 - 8:24

    Pour Mr Lasky

    Je connais très bien Ezekiel qui fréquente assidûment les institutions juives d Anvers.
    Ce monsieur est le symbole même de la tolérance et de générosité. Sans son aide plusieurs associations juives seraient face à de grandes difficultés.
    Alors je n accepte pas que vous vous permettez de le qualifier de frustré sans le connaître.
    Qui êtes vous pour vous autoriser un tel comportement ?
    Un peu de tenue ne fait du tort à personne.

    Bonne semaine quand même

    Nahum

  • Par R Pirotte - 6/06/2017 - 21:52

    Quel beau récit...j'ai 80 ans, Israël est le pays de mon coeur depuis...la fin de la guerre (2ème guerre mondiale!!) et aujourd'hui 6 juin jour si important pour nous en Europe...je ressens une telle émotion. Je ne peux pas "être" Juive...bien que mes arrière-grands parents l'étaient, mais je porte toujours sur moi une étoile de David par amour ET par provocation, dans mn coeur, dans mon esprit je SUIS Juive....