Israël

JCall confronté au sort des Bédouins

Mardi 6 juin 2017 par Stéphane Wajskop

Après Sderot et la zone sud, c’est dans le Néguev avec des Bédouins que la délégation de JCall a passé une deuxième journée passionnante.

Léah Shakdiel, militante d’Oz veShalom

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    C’est une femme au caractère bien trempé et aux convictions claires qui nous accompagnera dans le temps et dans l’espace pour nous présenter la communauté bédouine, mal connue et malheureusement méprisée tant par les Arabes que par les Juifs. 

    Léah Shakdiel, orthodoxe, mère de sept enfants, est militante d’Oz veShalom (mouvement de Juifs religieux pour la paix). Elle attire notre attention sur quelques faits importants.

    Le mot bédouin vient de l’arabe « badawiyin », qui signifie « nomades qui vivent dans le désert ». Anciennement les aristocrates du monde arabe, ils ont perdu tout statut social aujourd’hui. Il y a près de 260.000 Bédouins en Israël, presque tous installés dans le Néguev. Arabes et musulmans, ils occupaient quasi seuls le Néguev avant 1948 et y menaient une vie de semi-nomades dans le respect de lois complexes, mais non écrites même en matière de titres de propriété.

    A la création de l’Etat d’Israël, n’ayant pas de titres de propriété écrits et étant considérés comme des ennemis, la plupart seront expulsés vers les pays arabes à l’exception de 11.000 qui « ne seront que déplacés ». Sur les 260.000 Bédouins d’aujourd’hui, 62% ont moins de 18 ans, sont très pauvres, peu éduqués (seuls 5% des élèves terminant le lycée accèdent à l’enseignement supérieur) et 40% sont chômeurs.

    Tradition VS modernité

    Cette population, c’est Her El Baz, dirigeant de l’AJEEC, un centre judéo-arabe pour la coopération et l’égalité entre Juifs et Arabes situé à Beer-Sheva, qui nous en parle merveilleusement bien. Il nous explique que les Bédouins sont dans une situation très difficile, car ils sont passés en à peine une trentaine d’années d’un mode de vie traditionnel quasi autarcique à un mode de vie moderne consumériste. Coincés entre les tentations de la consommation et un niveau de vie très faible, une partie des Bédouins se sont lancés dans des trafics en tous genres, rendant la coexistence avec les autres communautés difficiles. La faible présence des services municipaux dans les zones habitées par les Bédouins, et en particulier la quasi-absence de police, n’a fait que faciliter la criminalité et la consommation de drogues. Vivant sous le même toit, des grands-parents fidèles à un mode de vie traditionnel se voient confrontés à leurs petits-enfants voulant vivre comme des jeunes du 21e siècle. Pour ne rien arranger, la radicalisation religieuse a également fait son apparition.

    Heureusement, des initiatives sont prises pour améliorer la situation, et notamment des jumelages entre écoles juives et bédouines, l’encouragement aux études supérieures (le nombre de médecins bédouins sera passé de 2 à 1.000 en cinq ans) et à l’implication de plus en plus marquée des femmes dans l’économie, les rendant plus autonomes dans la famille…

    Un projet concret nous est ainsi présenté par Bilal, jeune Bédouin de 19 ans. Le projet -Wadi Attir- consiste en la création d’une zone naturelle en plein désert, avec réhabilitation de plantes, d’oiseaux, le développement d’un élevage de moutons et de chèvres, le tout alimenté en énergie par des turbines mi-solaires, mi-éoliennes, uniques au monde. Une start-up de type social !

    L’imbrication des villages palestiniens et des colonies

    Pour clôturer ce tour d’horizon, nous passerons devant les villages bédouins, sujets de tant de controverses et reportages télé. Il existe deux types de villages bédouins : les villages ‘historiques’ traditionnels créés dans les années 50 pour les 11.000 Bédouins qui auront pu rester en Israël, et les nouvelles villes créées par les Israéliens, au motif que les villages historiques seraient insalubres. Ce sujet a déjà été couvert par Regards, mais le fait est que les nouvelles villes sont des échecs (50% de chômeurs) et que les habitants des villages historiques ne veulent pas y déménager. A noter que les villages historiques ne bénéficient pas des services municipaux les plus élémentaires.

    Nous quittons le Néguev pour nous rendre à Jérusalem via la Cisjordanie, en empruntant une route réservée aux colons. Sillonner cette route d’une cinquantaine de kilomètres nous fait très vite comprendre que l’imbrication des villages palestiniens et des colonies rendra toute séparation complexe et que le temps ne joue pas en faveur d’une solution à deux Etats.

    Le soleil se couche et nous allons diner à Beit Jala, village arabe de Cisjordanie, où nous découvrons le merveilleux film Disturbing Peace, qui présente le mouvement « Les Combattants pour la Paix ». Les Combattants de la Paix regroupent des Israéliens et des Palestiniens décidés à comprendre la situation politique et les souffrances vécues par tous à travers le regard de l’autre. Un défi difficile et courageux, les uns et les autres étant souvent considérés par des traitres par leurs communautés respectives. Demain nous allons à Ramallah !


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/