Ces non-Juifs qui font Israël...

Jamal Hakroush, premier commissaire de police arabe musulman

Mercredi 1 Février 2017 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°855

Dans un contexte de violence accrue dans le secteur arabe, la nomination de Jamal Hakroush au poste de commissaire adjoint de la police fait date. Il s’agit en effet du premier Arabe musulman jamais promu à ce grade.

 

C'est un fait : la nomination, en avril dernier, de Jamal Hakroush au poste de commissaire adjoint de la police israélienne a fait grand bruit. Non sans raison. Ce résident de Kfar Kana (un village de Galilée, situé au Nord d’Israël) âgé de 59 ans est en effet le premier policier arabe musulman à obtenir cette promotion. Entré dans la police en 1978, Jamal Hakroush a occupé de nombreuses fonctions tout au long de sa carrière, avant de décrocher le second plus haut grade attribué au sein des forces de l’ordre israéliennes.

Ce parcours sans faute n’en demeure pas moins atypique. Car pour l’heure, les Arabes musulmans représentent moins de 1,5% des effectifs de la police nationale qui totalise 30.000 recrues. Mais la nomination de Jamal Hakroush à la tête d’un département chargé de développer les services de la police pour la population arabe est justement censée faire évoluer les choses. Elle s’inscrit en tout cas dans le cadre d’un plan national qui vise à renforcer la présence policière dans le secteur arabe. L’objectif à trois ans est ainsi de doter les forces de l’ordre israéliennes de 1.350 nouvelles recrues arabes musulmanes et d’ouvrir 12 nouveaux postes de police au sein des villes arabes israéliennes, contre sept sur un totalh de 70 réparties sur l’ensemble du pays.

Lors de la cérémonie officialisant la nomination de Jamal Hakroush, le ministre de l’Intérieur, Gilad Erdan, un pilier du Likoud, a notamment rappelé que le renforcement de la présence policière dans le secteur arabe visait à « améliorer considérablement la qualité de vie des Arabes israéliens (Ndlr : 20% de la population du pays) et la réduction de la criminalité et de la violence dans tout le pays ».

De fait, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Pour l’heure, 60% des meurtres et 40% des accidents de la circulation se déroulent dans les communautés arabes. Selon l’ONG Abraham Fund Initiatives, qui promeut la coexistence entre Juifs et Arabes, 58% des personnes incriminées pour incendies volontaires, 46% pour vol et 27% pour trafic de drogue sont des citoyens arabes d’Israël. Sans parler des violences domestiques, comme le montre l’exemple de la ville de Lod, où les deux tiers des femmes menacées de violence physique et ayant déposé plainte sont issues de la communauté arabe, selon les chiffres du comité de la Knesset dédié à la condition féminine.

Réactions mitigées

Reste que les résidents arabes sont aussi les premiers à se plaindre d’un usage excessif de la force à leur encontre par la police israélienne. A ce titre, la nomination de Jamal Hakroush a suscité des réactions mitigées. « Cela n’a évidemment rien de personnel », a ainsi confié Youssef Jabarin, un député de la Liste Unie (qui regroupe les partis arabes dans l’hémicycle de la Knesset). « Mais il existe des tensions historiques entre la police israélienne et la communauté arabe. Tout comme une certaine tendance des forces de l’ordre du pays à traiter les citoyens arabes d’Israël en ennemis. Si Jamal Hakroush devait par exemple procéder à des démolitions de maisons dans les villages arabes, je crains que cela n’exacerbe les tensions et les confrontations ».

Même son de cloche du côté de Yariv Oppenheimer, du mouvement La Paix Maintenant. « Ce policier est un citoyen d’Israël. Il s’agit donc d’un pas très positif », a-t-il fait valoir. « Mais je ne pense pas que cette promotion suffise à apaiser les tensions intercommunautaires ».

Sur le terrain, certains responsables arabes estiment toutefois que l’implication accrue de policiers issus de la minorité arabe est indispensable. Ils l’ont fait savoir dans le cadre d’une campagne publique lancée à l’automne dernier, et mettant en avant un message vidéo du Sergent Ahed Shibli, un officier de police de Jérusalem : « Vous pouvez arriver sur les lieux d’un incident en parlant hébreu et appréhender une situation d’une certaine façon (…) Mais si vous parlez arabe et comprenez ce qui se dit, vous saurez résoudre le problème ». Une campagne amplifiée par la publication d’offres d’emplois dans la police qu’un site web arabe israélien très populaire a refusé de relayer…

Une chose est sûre, pour réussir sa nouvelle mission, Jamal Hakroush devra vaincre les « a priori », prouver qu’il peut servir de modèle et faire en sorte que les nouvelles recrues arabes aient le sentiment d’agir pour le bien de leur communauté, et non contre elle. Un immense défi.


 
 

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