Décès

Israël perd son poète national et écrivain engagé, Haïm Gouri

Mercredi 31 janvier 2018 par Nathalie Hamou

L’écrivain-journaliste qui s’était notamment fait connaître en couvrant le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem s’est éteint à l’âge de 94 ans.

Haïm Gouri

Israël pleure son poète national. L’écrivain, par ailleurs journaliste, traducteur et cinéaste, Haim Gouri, s’est éteint ce matin à l’âge de 94 ans. Considéré comme l’un des plus importants intellectuels israéliens, célèbre pour ses poèmes sur la guerre d’Indépendance et la création de l’Etat hébreu, il sera inhumé dans le carré spécial réservé aux personnalités du cimetière de Jérusalem.

L’histoire de Haïm Gouri, il est vrai, se confond largement avec celle du pays. Né en 1923 à Tel-Aviv (Palestine mandataire), ce fils d’immigrants venus d’Odessa en 1919 a grandi dans une maison laïque et engagée en faveur de la cause travailliste. Son père, Yisrael Gurfinkel, a servi comme membre de la Knesset sous l’étiquette Mapai de 1949 et jusqu’à sa mort en 1965. Haim Gouri, qui a pour sa part fréquenté le lycée agricole Kadoorie, fut l’un des premiers à rejoindre les rangs du Palmach. Après avoir participé à d’importantes batailles militaires clandestines menées contre les Britanniques, il prend aussi une part active à l’acheminement des bateaux transportant des immigrants juifs illégaux, dont le « Hannah Szenes ».

Envoyé en Europe en 1947 à l’âge de 23 ans, pour aider les survivants de l’Holocauste et les préparer à immigrer en Israël, cet ancien commandant de la première unité de parachutistes de Tsahal s’est surtout fait connaître en décembre 1961, lorsqu’il rend compte en tant que journaliste du procès d’Adolf Eichmann, à Jérusalem. Son récit « Face à la cage de verre », publié la même année, provoque un immense émoi en Israël. Une cage de verre qui, hasard de calendrier, se donne à voir depuis quelques jours dans le cadre d’une nouvelle exposition permanente du kibboutz « Lohamei ha Gettaot » (près de Naharia).

L’ex-membre de la Hagannah, qui a participé à la guerre des Six Jours et à celle de Kippour, était aussi connu pour son engagement pour la paix. Ami de jeunesse de l’ex-Premier ministre Yitzhak Rabin, Haïm Gouri a notamment participé aux rassemblements protestataires de Sheikh Jarrah, un quartier arabe de Jérusalem-Est, où plusieurs familles de Palestiniens ont été expulsées de leurs maisons au profit de colons juifs.

En 2016, ce lauréat des prix Bialik et Prix Israël avait refusé de recevoir le prix « de l’œuvre sioniste » que comptait lui remettre la ministre de la Culture, de l’actuel gouvernement, Miri Reguev, pour un recueil de poésies publié l’année précédente. Au motif que personne ne devait lui dicter ce que signifient les notions de loyauté et de patriotisme. « Ce gouvernement promeut une idéologie ultranationaliste et une ferveur messianique erronée et antidémocratique », avait-il fait valoir. « Nos dirigeants ont assimilé « pro-Israël » et « pro-sionistes », je ne les laisserai pas me faire cela ».


 
 

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