Israël

Israël en pleine psychose

Mardi 3 novembre 2015 par Frédérique Schillo, Historienne et spécialiste d'Israël
Publié dans Regards n°829

La vague d’attaques palestiniennes au couteau qui frappe Israël a plongé le pays dans un climat de psychose. Une peur insaisissable sur laquelle se greffent la haine de l’Autre et la tentation de se rendre justice soi-même.

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    "Contrairement à nos ennemis barbares, nous sommes avant tout des êtres humains », explique un Israélien à son jeune fils, tandis que non loin d’eux, un groupe d’hommes est en train de s’acharner sur un autre, à terre, avec une violence inouïe. Tous sont des Israéliens. 

    La scène ainsi croquée par le dessinateur de presse Guy Morad fait écho au lynchage dont a été victime, le 18 octobre 2015, Habtom Zerhom, un demandeur d’asile d’origine érythréenne. Alors qu’il se trouvait dans la gare routière de Beersheva, où un attentat venait d’être commis contre un soldat de Tsahal, il a été abattu de six balles par un agent de sécurité, puis attaqué à coups de pied, de chaise, de banc, et tout ce que la foule déchaînée a trouvé à lui jeter dessus. Son seul « crime », sa couleur de peau, qui l’a fait prendre pour un autre, pour l’Autre : le terroriste barbare.

    Le lynchage d’Habtom Zerhom a profondément choqué en Israël. Comment a-t-on pu en arriver là ? Par quelle effroyable méprise la victime a-t-elle été confondue avec l’assassin ? Ce qui mine surtout la société israélienne est de savoir comment elle a pu laisser grandir en son sein pareille haine de l’Autre et si, demain, la haine viendra encore frapper au hasard, pourquoi pas l’un de ses membres. Le dessinateur Michel Kichka l’a parfaitement saisi en décrivant la scène sous le titre « Le lynch sale en famille ».

    Racisme ordinaire 

    Fruit du racisme ordinaire dans un pays où des attentats au couteau frappent depuis des semaines, chaque jour, quasiment à chaque heure, ce lynchage est le signal qu’une psychose morbide s’est emparée des esprits. La peur transpire à chaque coin de rue de Jérusalem ou d’ailleurs, dans le regard des passants, aux arrêts de bus, ces cibles privilégiées des attaques à la voiture-bélier, dans les transports en commun où votre voisin peut être votre meurtrier. Peur irrationnelle, évidemment, mais comment pourrait-il en être autrement quand le terrorisme a le visage d’un enfant palestinien de 13 ans, quand il frappe des religieux et des soldats en Cisjordanie, mais aussi des civils à l’intérieur de la Ligne verte, ou encore quand il se manifeste dans une macabre absurdité : il s’avère que l’agent de sécurité qui a tiré par erreur sur Habtom Zehrom, croyant « neutraliser » le terroriste, est un Bédouin, et que le véritable auteur de l’attentat était lui aussi bédouin. 

    Au lieu de calmer les esprits, les politiques jouent la surenchère. Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, encourage ainsi les Juifs à porter des armes à feu et à se faire justice soi-même. Le gouvernement a bien renforcé la sécurité et installé des check-points à l’entrée des quartiers arabes, mais Benjamin Netanyahou a stoppé la mesure, non pour éviter d’infliger une punition collective aux Palestiniens, mais parce qu’elle risquait d’acter la division de la Ville. En revanche, il n’a pas hésité à abuser du reductio ad hitlerum, en osant affirmer que l’idée de la Shoah avait été soufflée à Hitler par le Grand Mufti. Comme si l’image de barbare n’était pas suffisante, il fallait en faire le Diable incarné. 

    L’hystérie ne retombe pas côté palestinien, où les terroristes sont érigés en martyrs auprès d’adolescents trop jeunes pour avoir connu Oslo et fanatisés sur les réseaux sociaux. Sans être forcément liés à un mouvement, ils sont persuadés que le destin de l’Autre, le Juif, est de « retourner un jour en Europe ». Quant à Mahmoud Abbas, usé et affaibli dans son propre camp, il ajoute de l’huile sur le feu en prétendant qu’Israël veut modifier le statu quo sur al-Aqsa. 

    Comme souvent dans ce conflit, c’est de l’extérieur qu’une solution sera imposée. Elle passe par une séparation, la création d’un Etat palestinien, et la division de Jérusalem comme 66% de Juifs israéliens semblent d’ailleurs prêts à l’accepter, selon un récent sondage duMaariv. Il faut aider les Israéliens à se séparer, moins par haine de l’Autre, que par souci de leur propre humanité. Sinon, une chose est sûre, comme l’affirmait Paul Valéry, « l’inhumanité a beaucoup d’avenir devant elle ».


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Golda - 7/11/2015 - 8:25

      Très bon article mais quelle prise de conscience terriblement tardive.

      La xénophobie et la déshumanisation envers les Arabes est présente dans la société israélienne depuis bien plus longtemps. J'en ai pris personnellement conscience il y a une dizaine d'années quand un "terroriste" palestinien armé d'un bulldozer s'est fait abattre par un civil israélien à Jérusalem (après être grimpé sur la machine). Il eut suffit qu'il le menace ou qu'il lui tire dans les jambes. Il l'a abattu d'une balle -comme un chien- et personne nulle part n'a rien dit.

      Les attentats suicides des années 2000 ont entraîné la société israélienne dans une spirale de peur (compréhensible) mais qui va la conduire à commettre l'irréparable.

    • Par ezekiel - 7/11/2015 - 12:09

      Golda

      Je suppose que si un des vôtres avait été touché par le "terroriste" palestinien dans la rue de Jérusalem votre réaction aurait été différente.

      Ce "terroriste" comme vous dites a été abattu et c'est très bien ainsi.

      Vous n'avez même pas l'honnêteté d'écrire pourquoi le courageux civil israélien était monté sur le bulldozer pour abattre le "terroriste".

      Je suis outré que vous puissiez écrire ainsi. Je suppose que vous avez envoyé un message de condoléances à la famille de ce "terroriste".

      Vous ne m'inspirez qu'une seule chose : le mépris.

      Le civil israélien monté sur le bulldozer ml'inspire une chose : le respect

      Je ne vous salue pas.

      E.M.

    • Par Yoram - 7/11/2015 - 15:34

      A Ezekiel, je recommande le texte de Rogel Alpher publié dans Haaretz, le 17 octobre dernier, et intitulé, dans sa version anglaise : "An apology to my killer in the event of my death in the current wave of violence". Qui sait ? Peut-être Ezekiel abandonnera-t-il un petit quelque chose de sa rengaine ?
      .
      http://www.haaretz.com/misc/iphone-article/.premium-1.680876

    • Par Yoram - 7/11/2015 - 17:45

      Frédérique Schillo, "Historienne et spécialiste d'Israël", me semble bien superficielle. A côté de la "reductio ad hitlerum" usée par Netanyahou et sur laquelle elle revient après tant d'autres, sa propre réduction au "racisme ordinaire" est un moyen simple de court-circuiter toute réflexion et de passer à côté du problème. Je vais présumer qu'elle ne peut faire autrement mais cela reste affligeant.

    • Par Laurent Glasman - 7/11/2015 - 21:43

      Yoram, plus connu sous le nom de Michel Ghys, le plus beau barbu d'Uccle s'est trouvé une nouvelle victime : "Frédérique Schillo, "Historienne et spécialiste d'Israël", me semble bien superficielle. A côté de la "reductio ad hitlerum" usée par Netanyahou et sur laquelle elle revient après tant d'autres, sa propre réduction au "racisme ordinaire" est un moyen simple de court-circuiter toute réflexion et de passer à côté du problème. Je vais présumer qu'elle ne peut faire autrement mais cela reste affligeant".
      N'Est-ce pas plus affligeant de se cacher derrière un pseudo ni de n'aller jamais jusqu'au bout de sa pensée tordue comme le fait si bien Yoram, ou Michel Ghys devrais-je dire.

    • Par Pierre Lasky - 7/11/2015 - 22:08

      Tout d'abord, je dois dire que l'article de Frédérique Schillo est très intéressant.
      Quant aux commentaires envahissants de Yoram, je pense que vous vous trompez Laurent Glasman. S'il est vrai que cet individu se cache derrière un pseudo, comme de nombreux internautes courageux, sa pensée est très claire : Israël, c'est le mal absolu, le sionisme n'est qu'une idéologie raciste et tous ceux qui se revendiquent du sionisme sont par voie de conséquence des racistes en puissance ou des racistes qui s'ignorent.
      Yoram a la haine d'Israël, c'est tout.

      Pierre L.

    • Par Golda - 8/11/2015 - 8:50

      Ezekiel...

      On dirait qu'un de ceux à qui profite le terrorisme anti-israélien ce soit ton discours de haine. La souffrance de ces victimes, tu en ignores tout : goy de Schaarbeck que tu es. Quand aux Palestiniens, ce ne sont que des animaux sans doute ? Fort proche de tes voisins... C'est bien là le fond du problème ?

    • Par Yoram - 8/11/2015 - 16:00

      - La pensée de Yoram est tordue ! (Laurent)
      - Je dirais même plus : la pensée de Yoram est très claire ! (Pierre)
      .
      Je laisse nos Dupont et Dupond trancher et faire ainsi avancer grandement la réflexion autour de l'article de Frédérique Schillo, ma "victime" au dire de Laurent que le ridicule ne tue pas.

    • Par Laurent Glasman - 8/11/2015 - 20:08

      "Je laisse nos Dupont et Dupond trancher et faire ainsi avancer grandement la réflexion autour de l'article de Frédérique Schillo, ma "victime" au dire de Laurent que le ridicule ne tue pas".

      Il est vrai que les commentaires de Yoram contribuent généralement à élever le débat et susciter la réflexion. A part nous dire que l'auteur de l'article qu'il commente est raciste, je ne vois ce que nous dit Yoram. C'est bizarre mais j'ai le sentiment que Yoram ne doit pas avoir une tête de Yoram.

      Laurent

    • Par Yoram - 8/11/2015 - 20:43

      Pour Laurent, alias Dupond, je suis censé avoir dit que Frédérique Schillo était raciste. Je connaissais déjà – comme tout le monde – certaines manies des Dupond Dupont mais j'ignorais – comme tout le monde – qu'ils ne savaient pas lire ou que décidément rien ne les arrêtaient en matière de malhonnêteté. Quant à la dernière phrase du commentaire de Laurent, alias Dupond, elle m'est parfaitement énigmatique. Quelqu'un en a-t-il le péroush ?