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Guilad Shalit, enfin libre !

Mardi 1 novembre 2011 par Perla Brener

Les faits. Après avoir passé plus de cinq ans aux mains du Hamas, le soldat franco-israélien guilad shalit a été libéré et échange contre 1.027 prisonniers palestiniens, malgré plusieurs recours intentes par des familles de victimes du terrorisme auprès de la Cour suprême israélienne. Un accord signe entre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou et le Hamas, avec l’intermédiaire du gouvernement égyptien.

Sur la façade du Cercle Ben Gourion, Bruxelles

Si chacun s’est réjoui de voir libre celui qu’on a surnommé « l’enfant d’israël », personne ne sait de quoi sera fait l’avenir. Les détenus libérés renonceront-ils au terrorisme ? La « victoire » du Hamas fera-t-elle perdre à Mahmoud Abbas sa crédibilité ? La libération de Guilad Shalit est-elle bénéfique pour la suite des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens ? Une chose est sûre : Guilad Shalit est libre, une page est tournée.

Déléguée générale de la Palestine auprès de l’Union européenne et de la Belgique, Leïla Shahid considère cette libération comme « un énorme soulagement également pour les habitants de Gaza, parce que les Israéliens ont utilisé Guilad Shalit comme un alibi pour la guerre de Gaza et son siège. Du premier jour de son enlèvement jusqu’à sa libération, en tant que femme, je n’ai éprouvé qu’un sentiment maternel à son égard : je me demandais ce que ce garçon chétif, qui ne ferait pas de mal à une mouche, faisait dans ce tank le long de la frontière de Gaza. J’espère surtout qu’il va trouver les ressources pour se reconstruire. J’ai été très touchée par ses parents. Ils ont surmonté cette épreuve avec beaucoup de dignité. Je suis encore plus heureuse pour les 1.027 prisonniers palestiniens et leurs familles. Certains sont en prison depuis 33 ans. Je culpabilise même lorsque je prends conscience que leur détention a commencé bien avant les accords d’Oslo et que moi, je suis ici tranquillement à Bruxelles. J’ai milité pour la même cause et eux, ils sont encore punis pour cela. Malgré tout, je ne suis pas naïve et je pense que les intentions du Premier ministre israélien n’étaient pas innocentes : il n’a pas apprécié le succès de Mahmoud Abbas à l’ONU et sa popularité retrouvée auprès des Palestiniens. Cette libération intervient à point nommé pour redorer le blason du Hamas. Benjamin Netanyahou a aussi accepté cet échange qu’il avait toujours refusé, car il le considère aujourd’hui comme une alternative au retour à la table des négociations. Il va présenter cette décision comme une concession ultime pour qu’on ne lui demande plus de geler la colonisation ni d’accepterles paramètres de négociation ».

Président du comité « Soutien belge à Guilad Shalit », asbl humanitaire apolitique et areligieuse fondée en 2008, Maurice Blibaum organisait le soir-même de sa libération un rassemblement au Cercle Ben Gourion, à Bruxelles, « le seul endroit de Belgique qui aura arboré pendant plusieurs mois le portrait de Guilad Shalit ». L’inscription « Libre ! » vient d’y être ajoutée. Il revient sur les différentes actions de son association, « toujours en concertation avec la famille et Noam, le père de Guilad, particulièrement intéressé par notre situation et notre lobbying auprès des instances européennes. Le 25 juin 2009, nous avons ainsi réalisé une chaîne humaine de 1.300 personnes au rond-point Schuman et remis un courrier de Noam Shalit au président Barroso. Le 10 mars 2010, c’est à Strasbourg que nous nous sommes rendus pour soutenir le vote d’une résolution qui demandait la libération de Guilad. En décembre encore, ce sont 50 avocats du Barreau qui déposaient une motion auprès du CICR pour obtenir au moins la visite du soldat par la Croix-Rouge. Nous avons aussi été actifs pour faire connaître Guilad Shalit auprès de l’opinion publique et des écoles, en publiant la version française d’un poème écrit par Guilad à l’âge de 11 ans, “Le poisson et le requin” ». Heureux de ce dénouement, « tout en pensant à ceux qui ont perdu des êtres chers dans les attentats et à ces terroristes aujourd’hui en liberté », Maurice Blibaum songe à l’avenir de l’homme qui aurait dû se trouver sur les bancs de l’université depuis deux ans. « Guilad est l’enfant des Israéliens, et il fait partie de nous, comme de chacun qui s’est battu pour sa cause ». L’asbl devrait clôturer ses statuts à la mi-novembre et remettre à Guilad Shalit un chèque symbolique du montant récolté pour lui tout au long de sa captivité. Maurice Blibaum qui débutait toutes ses émissions sur Radio Judaïca (la radio juive belge) par le nombre de jours de détention, « pour ne pas qu’on oublie », se réjouit déjà de sa prochaine annonce : « Cela fait autant de jours que Guilad Shalit est libre ! ».

Le secrétaire européen de J Call, David Chemla, s’est dit très heureux de voir Guilad Shalit libéré, après plus de cinq années de traitement inhumain et l’absence de tout contact avec l’extérieur. « C’est une décision courageuse que Benjamin Netanyahou a pu prendre grâce au soutien de la population, un soutien qu’il a obtenu malgré la libération parmi les 1.027 prisonniers palestiniens de 280 qui ont du sang sur les mains et des statistiques qui indiquent que 60 % retournent généralement vers des activités terroristes. C’est donc un risque calculé », explique-t-il. « Au-delà de la libération et de l’échange, cela montre que des négociations sont possibles lorsque chacun y trouve son compte. Des deux côtés, des concessions ont été faites, chacun acceptant finalement de franchir certaines lignes rouges, c’est un signe important. Le soutien de la population, l’acceptation d’une prise de risque, la volonté politique et la présence d’un partenaire avec qui négocier seront des paramètres également nécessaires pour trouver une solution au conflit. Le Hamas va-t-il maintenant entrer dans le jeu politique, ou faire cinq otages en plus pour faire libérer les 5.000 détenus qui restent ? Israël a une grande marge de man?uvre et doit donner des gages à Mahmoud Abbas en lui montrant qu’il peut récupérer des prisonniers dans le cadre d’un accord. La libération de Guilad Shalit marque en tout cas un tournant, qui permettra peut-être d’alléger progressivement le blocus de Gaza et d’améliorer l’image d’Israël en Occident. Israël doit profiter de cet échange pour avancer politiquement. Sans oublier que le couple Allemagne/Egypte constitue sans doute un axe à creuser, plus que celui des Etats-Unis, pour voir l’Europe plus fortement impliquée au sein du Quartet ».

Sur les ondes de Radio Judaïca (90.2 FM), la libération de Guilad Shalit a fait l’objet d’une émission spéciale de 12 heures, à l’initiative de son directeur, Henri Benkoski. « C’était la moindre des choses », estime ce dernier. « Tous nos correspondants à Paris et en Israël ont été mobilisés, nous avons relayé toutes les informations et communiqués qui nous parvenaient, et invité les représentants communautaires en studio pour des analyses souvent très différentes. L’ambassadeur d’Israël S.E.M. Jacques Revah nous a même fait la primeur de sa première intervention. Tous, avec un optimisme relatif, se demandant pourquoi l’accord, dans les mêmes conditions, n’a pas pu être conclu plus tôt », note Henri Benkoski qui apprécie toutefois la retenue volontaire dans l’ensemble du pays, par opposition avec des réjouissances indécentes du côté palestinien. « Pour ce qui est de l’avenir, je crois que le Hamas est une organisation terroriste qui va le rester, ses déclarations après la libération ont d’ailleurs été assez claires. On a entendu certains dire qu’après Guilad, le vainqueur de la journée était le Hamas, estimant que le terrorisme avait payé. Mais on peut aussi espérer que cet accord augure d’un changement. L’ETA vient de renoncer à toute action militaire, comme l’IRA avant lui. Même si ces organisations étaient en fin de course, on ne croyait pas cela possible il y a dix ans ».

A ceux qui s’étonnent de ces négociations avec le Hamas, alors qu’Israël se défend de toute discussion avec le groupe terroriste, l’ancien ambassadeur d’Israël à Bruxelles, Avi Primor, tient à rappeler les faits : « On a négocié maintes fois avec le Hamas. Sharon, en 2005, voulait évacuer la bande de Gaza unilatéralement, mais sans subir de pertes, car une armée en retraite est toujours en situation délicate. Il fallait donc trouver un moyen de garantir la sécurité des soldats pendant leur retraite. Il a compris qu’il fallait parler, en coulisses et en secret, par l’intervention des Egyptiens, avec le Hamas en leur disant qu’ils avaient un intérêt commun à cette évacuation. L’accord entre les deux a été parfaitement respecté, il n’y a pas eu un coup de feu pendant le retrait de l’armée israélienne, ni d’ailleurs pendant l’évacuation des colons. En 2008, on a également négocié avec le Hamas un cessez-le-feu limité. Beaucoup ont prétendu qu’il avait été rompu, ce n’est pas exact. Il était limité dans le temps et a été respecté à la lettre. Après, ils n’ont plus voulu, pour d’autres raisons. Maintenant, on n’a pas négocié la paix ni la reconnaissance avec eux, on a négocié pour des questions pratiques, ponctuelles, même si on n’a jamais voulu l’admettre. Dans l’affaire Shalit, c’était un vrai marchandage de souk arabe. Les Palestiniens ont pensé qu’ils pouvaient en avoir plus, nous avons pensé que nous pouvions en avoir plus. Beaucoup de gens chez nous disaient que nous n’avions aucun levier pour les obliger à baisser le prix, et donc que ça ne servait à rien d’attendre. Mais pour l’extrême droite et une frange de la droite présentes au sein du gouvernement, il ne fallait pas vendre la mèche aussi facilement. C’est pour ça qu’on a perdu beaucoup de temps, et finalement, on a payé le prix initial. Il ne faut jamais oublier que parmi ceux qui ont toujours soutenu un accord avec le Hamas, comme d’autres accords aussi, on compte précisément les forces armées et les services secrets. Les hommes politiques sont les plus durs, ainsi que l’opinion publique ». 


 
 

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