JCall en Israël

Le Goush Etzion et la viabilité d'un Etat juif et démocratique

Vendredi 9 juin 2017 par Stéphane Wajskop

La cinquième journée de notre voyage est consacrée à la Cisjordanie. Au cœur de notre réflexion, une question existentielle : la colonisation pousse-t-elle inexorablement Israël vers la création d’un Etat binational ?

Soldats en instruction dans le Goush Etzion

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    Lior, le directeur de la cellule « Settlement Watch » de Shalom Archav, va nous donner des éléments de réponse dans un contexte particulier : le gouvernement vient d’approuver la construction de 3.000 habitations supplémentaires dans la région.

    « Settlement Watch » observe l’évolution de la colonisation au jour le jour, en combinant plusieurs méthodes d’analyse. Il existe 160 colonies de peuplement officielles et une centaine d’implantations illégales. A l’exception de la partie Est de la ville de Jérusalem, qui a été annexée, ce n’est pas le droit israélien qui s’applique à la Cisjordanie, c’est le droit militaire.

    Il existe trois grandes catégories de colons : les religieux qui s’y installent pour des raisons idéologiques et qui souvent viennent de l’étranger, les colons économiques qui y trouvent un logement bon marché, et les colons qui y cherchent une plus grande qualité de vie. Les logements construits dans les territoires occupés sont largement subsidiés et de nombreuses colonies sont très belles et donc très attirantes si l’on oublie le contexte dans lequel elles sont construites.

    Lior nous emmène sur une colline qui surplombe le bloc des colonies du Goush Etzion. Le Goush Etzion a une symbolique particulière dans la mémoire collective israélienne, car plusieurs kibboutz y étaient établis avant la guerre d’Indépendance. Ces kibboutz ont été détruits par les légions arabes dans des circonstances dramatiques, mais la résistance juive a permis à Jérusalem de tenir et à la Haganah de gagner la guerre. Il était donc presque logique que la colonisation après 1967 y commence. De là où nous sommes, nous voyons plusieurs colonies : jeunes et anciennes, grandes et petites, mais également des implantations illégales. Ces colonies sont imbriquées aux villages arabes de la région, rendant la séparation éventuelle des communautés juive et arabe très complexe.

    Le paradoxe Oslo

    Deux phénomènes particulièrement intéressants méritent une explication. Le premier concerne les implantations illégales. Pourquoi ne sont-elles pas détruites, alors que le système judiciaire israélien fonctionne bien ? Pour la raison suivante : lorsque les Palestiniens contestent la légalité d’une implantation, le gouvernement ne nie pas son illégalité. Il explique aux cours et tribunaux que l’implantation est effectivement illégale, mais que la démolition créerait plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait, car les colons pourraient mal réagir. Si le tribunal donne malgré tout l’ordre de démolition, des lobbies ou autorités favorables à la colonisation appellent les militaires pour leur dire qu’ils n’ont pas intérêt à exécuter l’ordre ; leur carrière en pâtirait et, pire, ils seraient responsables des violences éventuelles qui en résulteraient. Si l’armée décide malgré tout de détruire l‘implantation, ce qui est très rare, le gouvernement s’empressera de décider la construction de nouvelles habitations dans une colonie légale, pour calmer la colère des partis politiques d’extrême droite.

    Autre phénomène très étonnant : comment se fait-il que tant d’unités d’habitations aient été construites depuis Oslo, alors qu’Oslo a interdit la construction de nouvelles colonies ? Là aussi la raison simple, mais tout à fait inattendue. Oslo divise la Cisjordanie en trois zones : la zone A sous contrôle palestinien total, la zone B sous contrôle administratif palestinien, la sécurité restant sous contrôle israélien, et la zone C sous contrôle israélien total. Cette zone C représente 60% du territoire et comprend de vastes zones inhabitées. Sur ces zones inhabitées, l’armée peut construire de nouvelles routes beaucoup plus facilement qu’avant Oslo. Dans quel but ? Pour séparer les deux communautés afin d’éviter les incidents, éviter les incidents étant la priorité absolue de l’armée. Le problème -ou la bonne nouvelle pour certains-, c’est que ces routes permettent aux colons de traverser très rapidement la Cisjordanie et de rejoindre Jérusalem en une demi-heure ou moins. Vivre dans une colonie revient donc à vivre dans la banlieue de Jérusalem, et est donc beaucoup plus attractif qu’avant Oslo, car à l’époque, pour rejoindre la capitale,  il fallait prendre des routes dangereuses traversant les zones habitées par les Arabes.

    Nous sommes donc face à un énorme paradoxe : Olso qui devait mener à la création d’un Etat Palestinien a considérablement accéléré la colonisation. Quasi toutes les grandes villes palestiniennes sont aujourd’hui entourées de colonies rendant impossible leur croissance naturelle.

    Hébron, la cohabitation impossible

    Cette politique de séparation a rendu les contacts entre Juifs et Arabes quasi inexistants, et Hébron où nous nous rendons ensuite est l’incarnation même de cette séparation.

    Il y a toujours eu des Juifs à Hébron, en tout cas depuis 1492. Le tombeau des patriarches s’y trouve. C’est donc un lieu de pèlerinage important pour les Juifs et les Arabes. Les Juifs en ayant été chassés lors de la guerre d’Indépendance, y revenir était une priorité pour les colons. Sans entrer dans le détail des événements, les colons ont réussi à s’y installer petit à petit et à créer la seule colonie juive au sein même d’une ville arabe. Les Juifs et les Arabes prient ensemble dans le caveau des patriarches jusqu’au jour où, en 1995, Baruch Goldstein -honoré comme un « héros aux mains propres » dans un parc de la colonie Kiryat Arba à proximité- tue 29 Palestiniens à l’heure de la prière. Aujourd’hui, environ 700 Juifs ultra-orthodoxes vivent à Hébron, complètement séparés des 200.000 habitants arabes grâce à des mesures de sécurité drastiques nécessitant la présence continue de centaines de soldats, la fermeture de rues, de magasins et d’habitations arabes ! Cette situation absolument scandaleuse révolterait l’immense majorité de la population israélienne si elle en avait conscience, mais qui va voir la ville arabe de Hébron ?

    Dans le cadre d’un accord de paix, il sera impossible à Israël de garder Hébron et c’est la raison pour laquelle cette ville a une telle valeur symbolique. Elle montre que toute cohabitation entre Juifs et Arabes sera quasi impossible. Elle montre également que l’enchevêtrement des zones d’habitations des deux communautés, sur le terrain, rend la création d’un Etat palestinien improbable, menant Israël vers un Etat binational à majorité arabe.

    Les Israéliens veulent-ils de cet Etat binational qui mettra un terme au rêve sioniste ? Hier, nous avons rencontré tous les partis politiques. Aucun ne veut cet Etat. Veulent-ils une solution à deux Etats ? La majorité n’y croit pas. Proposent-ils des solutions alternatives réalistes ? Non. Nous sommes donc dans une situation absolument absurde : personne ne veut d’un Etat binational, mais tout est fait pour rendre sa création inéluctable. Pourquoi ? Parce que le système politique israélien est pris en otage par les partis extrémistes, qui font de la colonisation la condition de leur participation au gouvernement.

    Que veut la Diaspora ? Un Etat binational à minorité juive ? Non. Une solution à deux Etats ? Oui. Doit-elle le dire haut et fort ? Doit-elle agir en ce sens ? Nous sommes placés face à notre conscience et à nos responsabilités, et le temps ne joue pas en notre faveur.


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par sammy - 11/06/2017 - 16:50

      les nons des kibboutz detruits toda raba