Ces non-Juifs qui font Israël

George Deek, un émissaire de 1er choix pour l'Etat hébreu

Mardi 4 octobre 2016 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°848

Cet Arabe chrétien, originaire de Jaffa, fut l’un des tout premiers diplomates appartenant à une minorité non juive, à avoir été nommé à la tête d’une Ambassade de l’Etat hébreu, celle de Norvège.

 

Ce n’est pas un hasard si le discours d’investiture que George Deek a prononcé en septembre 2014 à Oslo est devenu viral sur YouTube (où il a été vu plus de 168.000 fois). Non seulement ce discours a été salué comme « le meilleur jamais prononcé par un diplomate israélien », mais cette vidéo a permis au monde entier de découvrir l’itinéraire peu ordinaire d’un avocat de formation, appartenant à la communauté arabe-chrétienne de Jaffa et issu d’une famille palestinienne*.

Rien qu’en Israël, la nomination en 2012 de George Deek, alors âgé de 28 ans, au poste d’adjoint de l’ambassadeur d’Israël de Norvège, ne pouvait guère passer inaperçue. D’abord parce que l’Etat hébreu compte peu de représentants de la minorité arabe au sein de son corps diplomatique. Ensuite parce que cette promotion est intervenue… à l’initiative du chef de file du parti ultranationaliste Avigdor Lieberman, alors ministre des Affaires étrangères, qui venait de surcroît de nommer Naim Araidi, un poète d’origine druze, au poste d’ambassadeur à Oslo.

De la part d’un leader n’ayant pas peur d’afficher un racisme décomplexé (NDLR : il a promis de « décapiter à la hache » les Arabes israéliens non fidèles au pays), ce casting a eu le don de surprendre. Il n’empêche que pour la première fois dans l’histoire du pays, deux diplomates issus de minorités non juives étaient envoyés à la tête d’une ambassade pour représenter l’Etat hébreu à l’étranger.

Nakba, leadership palestinien et rhétorique victimaire

Fils d’un membre du parti arabe-nationaliste, George Deek, qui a postulé à l’école de la diplomatie des Affaires étrangères, déjouant tous les pronostics, est habitué à faire bouger les lignes. Adolescent, il fréquente le collège des Frères de Jaffa, une école française où se côtoient des camarades juifs et musulmans, avant de basculer dans un établissement secondaire du secteur juif, où il relaye la cause palestinienne. Sa rencontre avec Avraham Nov, un professeur de musique qui lui enseigne la clarinette et la flûte, mais l’initie aussi au parcours des survivants du génocide nazi qui « ont choisi l’espoir », le marque profondément. Il l’évoquera longuement lors de son adresse officielle prononcée à Oslo. Un discours très personnel dans lequel le jeune diplomate fait preuve d’audace en abordant tous les sujets qui fâchent.

La Nakba (« catastrophe ») ? Cette tragédie, la famille de George Deek l’a vécue de très près. Puisque ses grands-parents ont fui Jaffa pour se réfugier au Liban, avant de décider d’effectuer le chemin du retour. Mais l’envoyé de Jérusalem n’hésite pas à déclarer que le leadership palestinien commémore cet évènement chaque année le 15 mai (le lendemain de la proclamation de l’Indépendance de l’Etat Juif), « non pas pour déplorer l’exil, les villages abandonnés et le déracinement », mais pour désigner « la création de l’Etat d’Israël » comme une catastrophe. « Les leaders palestiniens ne pleurent pas le fait que mes cousins soient jordaniens, mais le fait que je sois devenu israélien ».

Le sort des réfugiés palestiniens ? A l’en croire, le monde arabe est largement responsable de leur situation peu enviable en Syrie, au Liban ou dans les pays du Golfe. Et ce, avec la complicité de la communauté internationale, et des Nations-Unies, « qui nourrissent leur rhétorique victimaire ». L’intégration des Arabes d’Israël ? Pour George Deek, ces derniers disposent des meilleures conditions de vie et opportunités de carrière de la région. « Ce sont les Arabes les mieux éduqués au monde ». Une chose est sûre. En choisissant la voie de l’intégration sans renier son héritage, ce diplomate revenu depuis près un an dans l’enceinte du Ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, est porteur d’un vrai message d’espoir.

* A lire, le remarquable portrait que lui consacre la philosophe Joëlle Hansel dans un article publié en juin 2016 dans la Revue Les Temps Modernes


 
 

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