Israël

Gaza : demain la guerre ?

Mardi 7 mars 2017 par Frédérique Schillo, twitter@FredSchillo
Publié dans Regards n°857

L’élection d’un dur à la tête du bureau politique du Hamas fait craindre une montée des tensions avec Gaza. Un scénario alarmiste qui ne serait pas pour déplaire au ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman, impatient de se positionner en homme d’Etat face à Benjamin Netanyahou.

Combattants des brigades Ezzedine Al Kassem à l’occasion du 29e anniversaire de la création du Hamas

Longtemps on l’a appelé « l’homme des douze », du nom des douze traîtres du Hamas, accusés de collaborer avec Israël, qu’il aurait tués de ses propres mains. S’y est ajouté le sang d’innombrables victimes, sans compter celles qu’il a fait assassiner depuis la prison israélienne où il a été condamné quatre fois à la perpétuité pour terrorisme.

Depuis le 13 février dernier, Yahya Sinwar est le nouvel homme fort du Hamas. Fanatique illuminé, mû par la vision apocalyptique d’un conflit permanent avec l’Etat sioniste, il est considéré comme un extrémiste, y compris dans son propre mouvement. Quand le Hamas négociait la libération de prisonniers palestiniens en échange du soldat Gilad Shalit, dont l’enlèvement avait été organisé par son frère Mohammed, Yahya Sinwar a obstinément refusé le deal, exigeant depuis son cachot d’obtenir davantage qu’un millier de prisonniers. Après 22 ans passés dans les geôles israéliennes, il a fini par céder et rejoindre Gaza.

Elu à la tête du bureau politique du Hamas en remplacement d’Ismaël Haniyeh, l’idéologue Sinwar est avant tout un commandant militaire, fondateur des brigades Ezzedine Al Kassem, la branche armée du Hamas, et du Majd, son service de renseignement. Redoutable stratège, maniant aussi bien l’arabe que l’hébreu, il ne cache pas sa volonté de rayer Israël de la carte. Ce qui fait regretter au député Avi Dichter, l’ancien directeur du Shin Beth, que les services ne l’aient pas éliminé quand il était temps.

Une guerre au printemps ?

Pour beaucoup d’Israéliens, la question n’est pas tant de savoir s’il y aura une guerre avec Gaza, mais quand ? D’après le ministre du Logement Yoav Galant, ancien général en charge du Commandement Sud, elle pourrait éclater au printemps ou à l’été. Cependant, il avait fait les mêmes prévisions en 2016.

En quoi 2017 serait différente ? Le choix de Sinwar tonne comme une déclaration de guerre pour certains. Ses « réactions hystériques et ses fantasmes djihadistes » aggravent la probabilité d’une confrontation, juge Yuval Steinitz, le ministre israélien des Infrastructures. Son arrivée à la place d’Haniyeh, qui devrait succéder à la tête du Hamas à Khaled Mechaal, actuellement au Qatar, trahit un durcissement du groupe terroriste. Dans ces conditions, une réconciliation avec les frères ennemis du Fatah paraît compromise, au grand dam des Russes, qui viennent d’organiser une rencontre interpalestinienne à Moscou, et des Egyptiens qui espèrent un apaisement à la frontière.

Sur le terrain, des tirs de roquettes de différents groupes terroristes ont repris contre Israël, qui riposte systématiquement contre le Hamas. La construction de tunnels d’attaques se poursuit également, comme en témoignent des éboulements, souvent meurtriers. Dans la nuit du 8 au 9 février 2017, l’explosion d’un tunnel à l’extérieur de Rafah a tué deux Palestiniens et blessé cinq autres. Provenait-elle d’un stock d’armes entreposé à l’intérieur ? Le Hamas a en tout cas accusé Israël d’avoir bombardé le tunnel, insinuant que la force aérienne israélienne s’était aventurée côté égyptien. Puis, face au démenti de Tsahal, il a pointé l’Egypte, qui mène aussi une campagne de destruction des souterrains, notamment ceux destinés aux djihadistes. Si le Hamas s’est jusqu’alors contenté de profiter de la contrebande, ses combattants se radicalisent au point que plusieurs ont déserté avec leurs familles pour rejoindre Daesh au Sinaï (voir encadré). Un autre motif d’inquiétude pour Israël.

Le moment Lieberman ?

Curieusement, alors que le Premier ministre israélien s’est empressé de voir la main de Daesh dans les dernières attaques à Jérusalem et Umm el-Hiran (qui n’est probablement même pas un attentat), son ministre de la Défense prend peu au sérieux la menace de l’Etat islamique au Sinaï. Avigdor Lieberman se dit, en revanche, inquiet pour les localités israéliennes près de la bande de Gaza, où il s’est déjà rendu quatre fois depuis son arrivée à la Défense il y a un an. Une façon habile de se démarquer de son prédécesseur Yaalon, à qui il est reproché de n’avoir pas su anticiper la guerre de 2014, sans pour autant effrayer l’opinion en agitant le chiffon rouge d’un danger immédiat.

« La seule chose qui les empêche (d’entrer en guerre) est l’équilibre des forces », assure d’ailleurs Lieberman, en écho aux prévisions de Tsahal selon lesquelles le Hamas a beau se réarmer et s’organiser, il n’est pas prêt pour un nouveau conflit. En attendant, il serait même favorable à un accord politico-économique avec l’Egypte.

Et si ce n’était pas le groupe terroriste qui déclenchait la guerre ? Et si Tsahal menait une opération préventive en profitant d’un Hamas faible, plus facilement neutralisable ? Sans appeler forcément à lancer les hostilités, des ministres du gouvernement Netanyahou jettent de l’huile sur le feu. C’est d’abord Galant qui, sur les ondes de la radio militaire, a demandé aux Israéliens de se tenir prêts à la guerre. Puis le faucon Naftali Bennett, leader du Foyer juif, a marqué que le prochain round militaire ne devait pas être « un tirage au sort, mais une victoire nette ». Lieberman, enfin, répète qu’une entrée en guerre doit chasser le Hamas de Gaza. Dès sa nomination, il avait défrayé la chronique en déclarant au journal palestinien Al Quds que « le prochain affrontement sera le dernier ».

Ces rodomontades arrivent opportunément au moment où est annoncé le rapport du contrôleur de l’Etat sur l’Opération « Bordure protectrice » ; un véritable « tremblement de terre sécuritaire », prédit déjà Bennett, qui écornera l’image de Netanyahou en « M. Sécurité ». Des trois prétendants pour lui succéder, Lieberman est le mieux placé. Il a déjà été chef de la Diplomatie et depuis qu’il est à la Défense, il s’est forgé l’image d’un homme loyal et pragmatique. Il n’y a qu’avec Gaza qu’il est toujours lié à « l’ancien Lieberman », explique le journaliste du Yediot Aharonot Nahum Barnea, lequel rappelle qu’il n’y a pas si longtemps il avait lancé devant les caméras : « Si j’étais ministre de la Défense, je dirai à Haniyeh : soit vous rendez les corps des soldats et les civils dans les 48 heures, soit vous êtes mort ».

Le 17 février dernier, peu après l’élection de Yahya Sinwar, le Hamas a rejeté l’offre présentée la veille par Lieberman d’une aide massive à la bande de Gaza en échange des corps des soldats Oron Shaul et Hadar Goldin, tués lors de l’Opération « Bordure protectrice », et de trois civils israéliens qui sont passés à Gaza où ils seraient désormais captifs. Le porte-parole du Hamas s’est fendu d’un communiqué moqueur prédisant à Israël la paix s’il libère « tous les combattants héroïques palestiniens de toutes les factions ». Depuis son bureau de la Kyria, il en est un qui doit ruminer son ancienne promesse.

La menace de Daesh dans le Sinaï

Suite à la « Révolution du 25 janvier » 2011 en Egypte, des groupes islamistes radicaux ont profité du vide sécuritaire dans la péninsule du Sinaï pour en faire une base arrière du terrorisme. Un temps déstabilisés par la chute du Président islamiste Morsi en 2013, ils continuent d’y lancer des attaques contre les forces égyptiennes et dans une moindre mesure contre Israël, qui s’est doté d’une barrière de sécurité le long des 240 km de frontière pour contrer la menace.

Parmi ces groupes figure la Province du Sinaï, qui a fait allégeance à Daesh (Etat islamique) en 2014. Fondé à l’origine sous le nom d’Ansar Bayt al Maqdes en 2011, le groupe qui était alors lié à al-Qaïda a notamment revendiqué l’attentat-suicide qui avait tué un soldat de Tsahal à la frontière en septembre 2012, plusieurs tentatives d’infiltration en territoire israélien, ainsi que des attaques contre la station balnéaire d’Eilat, sur la Mer rouge.

Le 7 février dernier, la Province du Sinaï a tiré quatre roquettes sur Eilat. Trois ont été interceptées par le Dôme de fer, tandis que la dernière s’écrasait à l’extérieur de la ville. Du jamais vu depuis 2015. Deux semaines plus tard, le 20 février 2017, deux nouvelles roquettes étaient lancées contre Eilat, qui ont atterri dans des zones ouvertes sans faire de blessés. Cette fois, l’attaque n’a pas été revendiquée, mais elle intervenait peu après que la Province du Sinaï eut accusé Israël d’avoir tué ses membres lors d’une frappe aérienne.

Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a aussitôt minimisé la menace, arguant que les centaines de combattants de Daesh au Sinaï n’avaient pas les capacités d’une armée et qu’en comparaison avec le Hamas, ils ne constituent « même pas un groupe terroriste ». Ajoutons que leur cible prioritaire n’est pas Israël, mais l’Egypte du Président Sissi qui, bien décidé à éradiquer les djihadistes, attaque leurs bases comme les tunnels de contrebande de Gaza contrôlés par leurs complices du Hamas. Ainsi, la première attaque de roquettes contre Eilat pourrait être une vengeance contre Israël, qui a fourni des renseignements aux Egyptiens sur les activités de Daesh dans le Sinaï.

Le rapprochement entre le Hamas et la branche égyptienne de Daesh, qui se bornait jusqu’alors à l’organisation du trafic d’armes, pourrait changer la situation sur le terrain. Des dizaines de soldats ont rejoint le Sinaï, certains avec leurs familles. Surtout, des cadres du Hamas ont fait défection : experts en missiles, cadres du commandement militaire ou même membre du commando naval, ils pourraient apporter à Daesh ce qui lui manquait pour constituer une vraie menace contre Israël.

 
 

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