Le carnet de route d'Elie Barnavi

Fausses crises et vrais scandales

Mardi 3 avril 2018 par Elie Barnavi, Ancien ambassadeur d'Israël
Publié dans Regards n°880 (1020)

A la mi-mars, une étonnante tempête politique, une de plus, s’est brusquement apaisée à la Knesset. A l’évidence, on allait droit à des élections anticipées. Le prétexte ? Une loi sur l’exemption des étudiants des yeshivot du service militaire exigée par les trois partis ultra-orthodoxes dont dépend la survie de la coalition au pouvoir.

La cause ? La volonté du Premier ministre de rebattre les cartes en sa faveur dans la partie compliquée qu’il joue contre la justice dans les multiples affaires de corruption dans lesquelles il est englué. Certes, une campagne électorale est impuissante à arrêter la machine judiciaire ; mais si elle tourne à son avantage, comme le prédisent les sondages, elle peut lui mettre des bâtons dans les roues en dressant le verdict anticipé des juges contre celui de la volonté populaire. Une condition à cela : que les élections aient lieu en juin, soit dans la foulée des célébrations du 70e anniversaire de l’indépendance et du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, peut-être rehaussée de la présence pour l’occasion du président Trump. Or, de cela, ses partenaires dans la coalition, qui ont de bonnes raisons de craindre des élections anticipées, n’ont pas voulu entendre, pas plus que le gros de l’opposition. Aussi bien, sans majorité pour la dissolution du Parlement, Netanyahou a dû battre en retraite, non sans tenter de s’attribuer le mérite d’avoir résolu la crise. Nul n’est dupe.

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Il est vrai que, par rapport au scandale quotidien qui définit la vie politique américaine sous la férule de Donald Trump, Israël paraît presque un modèle de rationalité démocratique. Pendant que le nœud coulant des investigations se serre autour du cou présidentiel, le taux de renouvellement du personnel de la Maison-Blanche donne le tournis. La dernière victime en date est Rex Tillerson. L’un des plus pathétiques secrétaires d’Etat de l’histoire américaine a été débarqué par un tweet du président alors qu’il se trouvait en tournée en Afrique. H.R. McMaster, le conseiller à la Sécurité nationale, a également été limogé. Le secrétaire à la Défense James Mattis et Jeff Sessions, le ministre de la Justice sont quant à eux sur un siège éjectable. Tout cela à la veille d’une rencontre décisive avec le Nord-coréen Kim Jong-Un, lancée sur un coup de tête qui a laissé ses conseillers pantois.

Se peut-il que Netanyahou ne se rende pas compte à quel point ce pas de deux avec un tel homme est gros de dangers pour lui ? Que faire confiance à un tel individu, pis, mettre tous ses œufs dans ce panier percé pourrait se retourner contre lui ? Au-delà même des affaires judiciaires qui risquent d’engloutir son administration, comment ne pas voir qu’un Trump capable de jeter ses collaborateurs comme des chaussettes trouées et de faire si peu de cas des alliés traditionnels des Etats-Unis n’aurait aucun état d’âme à le passer par pertes et profits si tel était son bon plaisir du moment ? Voici une hypothèse plausible. Des fuites concordantes concernant le plan de paix que la Maison-Blanche est en train de mettre au point et dont la publication serait imminente laissent entendre que des concessions territoriales non négligeables seraient exigées de Jérusalem. Que Netanyahou s’avise de dire non -et comment dirait-il oui sans faire exploser sa coalition ?-, quelle serait alors la réaction du démiurge de Washington ?

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Le 18 mars, l’opération cyniquement nommée « Branche d’olivier » contre le district d’Afrin, au nord-ouest de la Syrie s’est achevée par la prise de la ville par les troupes turques et leurs alliés islamistes syriens. Afrin était la capitale de ce que les Kurdes nomment la Rojava, soit le Kurdistan occidental. Il se trouve que les Unités de protection du peuple (YPG) ont été les meilleurs alliés des Etats-Unis dans leur lutte contre les barbares de l’Etat islamique. Mais voilà, la Turquie d’Erdogan considère les Kurdes, tous les Kurdes, comme des terroristes. Et c’est ainsi qu’un membre important de l’OTAN s’est lancé à l’assaut de l’allié le plus efficace de l’Occident contre la lèpre terroriste, un allié, de surcroît, qui a su mettre en place un gouvernement autonome démocratique.

Pendant ce temps, les troupes d’Assad, avec le soutien de la Russie, poursuivent leur offensive meurtrière sur la Ghouta orientale, dans la banlieue de Damas. Alors que la guerre civile entre dans sa huitième année, elle aura fait près d’un demi-million de victimes et des dizaines de millions de réfugiés. « Dans l’indifférence générale de la communauté internationale », est-il d’usage de se lamenter dans la presse. C’est un tic de langage. En fait, ladite « communauté internationale » n’est pas indifférente, elle est impuissante. Outre le régime génocidaire de Damas et ses supplétifs iraniens et chiites, le principal coupable est la Russie, qui leur assure la maîtrise du ciel et bloque systématiquement toute solution à l’ONU. Il faudrait un autre locataire à la Maison-Blanche et une nouvelle vigueur de l’Occident pour signifier de manière convaincante à Poutine que trop, c’est trop, et qu’il y a un prix à payer pour son inconduite. Peut-être l’empoisonnement à Londres d’un ex-agent russe et de sa fille fera-t-il ce que le massacre du peuple syrien n’a pas réussi à faire. Peut-être.

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Le maire de la jolie localité galiléenne de Kfar Vradim (le « village des roses ») a décidé de suspendre le processus d’allocation de terrains pour un nouveau quartier lorsqu’il s’est aperçu que la moitié des enchérisseurs gagnants étaient des Arabes des environs. Selon lui, il s’agit de préserver le caractère « séculier et judéo-sioniste » de sa localité. Pour l’instant, la loi et la jurisprudence de la Cour suprême interdisent ce genre de discrimination. Toutefois, si la loi sur la nationalité débattue en commission à la Knesset était votée en l’état, elle deviendrait légale, une clause de ce texte prévoyant d’autoriser la constitution de communautés homogènes du point de vue ethnique et religieux. Elle ne le sera probablement pas. En attendant, imaginons un instant les réactions en Israël si une telle disposition était adoptée en Europe. Contre les Juifs.

Ce 30 mars, des Marches pour le droit au retour des Palestiniens ont débuté en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Initiées par un comité international de coordination avec une coalition d’organisations locales, elles sont censées marquer une phase de résistance non violente à l’occupation. Là où la lutte armée et la diplomatie se sont avérées impuissantes, les organisateurs espèrent que la stratégie de la non-violence fera enfin la différence. Mahatma Gandhi et Martin Luther King plutôt que Yasser Arafat. Fort bien. Mais le mot d’ordre adopté montre que les Palestiniens persistent à ne rien comprendre. Plutôt que mobiliser les masses au nom de la liberté, de la dignité nationale et de la paix, ils les abreuvent de l’illusion du « retour ». Or, rien n’est plus certain de rassembler les Israéliens que cette histoire de « retour », en laquelle ils voient, à juste titre, la promesse de l’annihilation programmée de leur moi national. Mais quand donc cesseront-ils d’apporter de l’eau au moulin de leurs pires ennemis ?

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Une notice nécrologique d’Henri Tincq, l’ancien spécialiste des questions religieuses du quotidien Le Monde, nous apprend la disparition le 3 mars du Père Jean Dujardin. Historien, supérieur général de la congrégation de l’Oratoire, président du Comité épiscopal français pour les relations avec le judaïsme, Jean Dujardin fut de tous les combats du rapprochement judéo-chrétien du siècle passé. Le peuple juif a perdu un immense ami. Ihié zikro barukh.


 
 

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  • Par Laetitia - 4/04/2018 - 23:19

    C est reparti pour un tour
    L'ayatollah Barnavi se déchaîne une fois encore contre le premier ministre légitime de l État d'Israël.
    A croire qu'il est incapable de faire autre chose.