Israël/Débat

Elie Barnavi : "L'Etat binational, une aberration doublée d'un piège"

Lundi 17 avril 2017 par Elie Barnavi

Dans un entretien publié dans Télérama, l’écrivain israélien A.B. Yehoshua en arrive à considérer que face à l'impossibilité croissante d'une solution à deux Etats au Proche-Orient, « il n'y a plus d'autre choix qu'un Etat binational ». Elie Barnavi, historien et ancien ambassadeur d’Israël nous livre son sentiment et juge cette solution aberrante et dangereuse.

 

« Je ne dis pas que l'Etat binational est idéal, mais il n'y a plus d'autre choix ! », estime A.B. Yehoshua. « La solution idéale était bien sûr de créer deux Etats, mais dois-je m'accrocher à quelque chose qui ne va pas se réaliser ? Pourquoi ne pas agir étape par étape, avec des cantons, des régions, un peu comme en Suisse, peut-être arriver à deux Etats mais en passant par un Etat binational ? »

Je connais la position de « Bouli », comme on l’appelle ici, cela fait un moment qu’il s’exprime en ce sens. Elle est, comme cet homme de conviction et de probité le reconnaît sans ambages dans son interview, le résultat du désespoir : comme il est trop tard pour une solution à deux Etats, il faut se résoudre à l’abandonner au profit d’un Etat binational, ce qui assurerait au moins l’égalité des droits à tous les habitants du pays.

Evidemment, il n’est pas le seul à préconiser cette fuite en avant. Une partie de la droite annexionniste et démocrate, représentée par Rivlin, est sur cette ligne, mais cette mouvance a pratiquement disparu du paysage politique et totalement du Likoud au pouvoir. Plus nombreux à la défendre sont les représentants de l’extrême gauche, non sioniste ou franchement antisioniste, qui y tiennent pour des raisons idéologiques. Lui est assez exceptionnel en cela qu’il n’est pas un idéologue de l’Etat binational, mais il y voit une espèce de pis-aller. Il rejoint par là un certain nombre d’intellectuels palestiniens, dont le plus emblématique est Sari Nusseibeh.

Pour ma part, je considère cette « solution » comme une aberration intellectuelle, doublée d’un piège mortel. Sans même mentionner la Belgique, où l’expérience binationale n’est pas vraiment un franc succès, mais qu’un certain nombre de facteurs empêchent de sombrer dans la violence, le bon sens le plus élémentaire devrait nous inciter à regarder du côté des Etats bi- ou multinationaux dans la région pour avoir une idée de ce qu’elle signifierait pour « Isratine ».

Mais il ne faut pas se faire trop de souci, un Etat binational par consentement ne verra jamais le jour ici pour la bonne raison que presque personne n’en veut. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne risque pas de se matérialiser, mais bien autrement que ne l’imagine Yehoshua : par l’enchaînement causal induit par l’occupation. Mais alors, il ne sera que l’exacerbation de la situation que nous connaissons aujourd’hui: une nation de maîtres régnant sur une peuplade d’ilotes, dans un état effectif d’apartheid dont nos ennemis nous accusent d’ores et déjà et qui dès lors leur donnera raison. 

Que faire donc ? Eh bien, continuer à se battre pour la seule solution raisonnable, en espérant une action déterminée de la « communauté internationale » et un renversement du rapport de force politique en Israël qui en résulterait. Je ne sais pas si c’est faisable, mais je sais que rien d’autre ne l’est.


 
 

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  • Par sylvain assouline - 18/04/2017 - 18:01

    AB Yehushuah devrait etre considere comme l'ennemi publique no. 1 du people Juif et surtout d'Israel. Il n'a aucune affure a rester en Israel et en plus de lui intimer de fermer sa bouche d'egouts.

  • Par Giacomo Douenias - 18/04/2017 - 18:35

    Je n'en reviens pas ! pour la premiere fois je suis d'accord avec Elie, l'ex-Ambassadeur d'Israel Barnavi !

  • Par Claire Luchetta... - 18/04/2017 - 19:09

    Tout à fait d'accord avec Elie Barnavi, l'état bi-national est un suicide ou deviendra un assassinat. Revenons à la raison !

  • Par Kalisz - 19/04/2017 - 8:38

    No comment.
    D'une naïveté délirante, en effet.

  • Par BOAZ - 19/04/2017 - 14:06

    assouline,

    (Pour votre message je me passe de votre prénom ainsi que de majuscules)

    Lorsque vous aurez à votre actif une oeuvre littéraire et morale du niveau de celle d' A. B. Yehoshoua, on reparlera de vos appréciations que je n'ose même pas qualifier.

    En passant, vous nous les soumettrez après avoir pris quelques leçons d'orthographe et de grammaire.

    Il reste que je suis en parfaite harmonie avec les positions d'Elie Barnavi-qui lui, sait au moins de quoi il parle en sa qualité d'universitaire de premier plan et de diplomate ayant occupé un des postes les plus exposés de la "Carrière".

  • Par Yoram - 20/04/2017 - 13:21

    Mettre en exergue le niveau moral de A B Yehoshoua, il fallait oser le faire. BOAZ (tout en majuscules) l'a osé et l'a fait.

  • Par michael - 20/04/2017 - 14:54

    Boaz

    Posez vous aussi la question de savoir pourquoi l'ambassadeur en question a du quitter si rapidement son poste à Paris.

    Je ne pense pas qu'il souhaiterait que cela se sache publiquement.

    Maintenant si vous m'y forcer.

    Mais qu'on n'aille pas se plaindre alors du discrédit que cela aura occasionné.

    Michaël

  • Par BOAZ - 20/04/2017 - 16:53

    On ne va pas parler du niveau moral de Yoram, qui n'aime pas être démasqué.....

    Michael, votre journal politique de référence, c'est Closer ou Détective ?

  • Par Yoram - 21/04/2017 - 12:40

    Puisque BOAZ (en majuscules toujours) préfère ses pitreries de cour de récré pour ne pas revenir sur le niveau moral de son cher et éminent A B Yehoshua, revenons-y :

    “La tragédie qui a caractérisé l’histoire juive dans sa longue durée et qui s’est fatalement accrue avec la création des Etats-Nations séculiers a donné au peuple juif (ainsi qu’aux peuples sans terre) le droit moral de s’emparer de n’importe quelle partie de n’importe quel pays du globe terrestre, au besoin par la force, en vue d’y créer un Etat souverain. Il est naturel d’avoir préféré revenir sur les lieux où il avait joui auparavant d’une indépendance, pour lesquels il a éprouvé un attachement historique continu et qu’il a toujours identifiés comme sa patrie. Mais - et j’insiste sur ce point - ce droit aurait pu s’appliquer en tout lieu quel qu’il soit. Si l’accès de la Palestine avait été barré au peuple juif (situation tout à fait plausible, car nous sommes arrivés au tout dernier moment : si le mouvement sioniste était apparu vingt ou trente ans plus tard, nous n’aurions pu y pénétrer et nous aurions été refoulés), le peuple juif aurait été tout à fait en droit de conquérir une autre terre par la force. C’est une situation hypothètique, bien sûr, car si déjà le peuple juif semble à peine vouloir revenir en Israël, à plus forte raison combien s’en seraient-ils allés autre part pour y fonder un Etat?
    Essayons d’exprimer cela sous forme de principe universel : UN PEUPLE SANS TERRE A LE DROIT DE PRENDRE, MEME PAR LA FORCE, UN MORCEAU DE LA PATRIE D’UN AUTRE PEUPLE ET D’Y ETABLIR SA SOUVERAINETE.”

    Avraham Yehoshua - Israël : un examen moral. Calman-lévy, Paris 2005. Page 102.