Nouvelle génération

Eden Blitz "Tout le monde parle de la paix, nous on la fait"

Mardi 5 septembre 2017 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°867 (1007)

Un an de service national volontaire avant l’armée, l’occasion est donnée aux jeunes Israéliens et ils sont nombreux à en profiter. Eden Blitz voulait « faire le bien », quitte à devoir affronter une réalité difficile. Elle achève son année au Jordan River Village, centre de vacances pour enfants malades en Galilée, profondément changée.

Eden Blitz

Chaque semaine, 64 enfants israéliens viennent profiter ici de la nature, des sports, et de toutes les activités mises à leur disposition, encadrées par une trentaine de volontaires. Des enfants âgés de 5 à 18 ans, qui ont tous la particularité d’être malades, certains handicapés, plus ou moins dépendants, parfois accompagnés de leur famille. Le temps des vacances, d’un week-end ou d’un voyage scolaire, ils viennent des quatre coins du pays.

Comme 14 autres villages à travers le monde, le Jordan River Village fait partie du réseau « SerioüsFun camp » créé par Paul Newman, « parce qu’un enfant malade doit pouvoir connaitre les mêmes expériences et les mêmes bonheurs qu’un enfant en bonne santé », estimait l’acteur américain décédé en 2008. Avec la particularité pour le village israélien d’avoir été fondé en 2011 par le compositeur Haïm Topol, qui y passe régulièrement et se charge de trouver les donateurs pour faire vivre les lieux et permettre la gratuité des séjours.

Cadette d’une fratrie de trois enfants, Eden Blitz, 19 ans, vient du kibboutz haSolelim où vit toujours sa famille. « Après mes secondaires,  je voulais prendre une année sabbatique. Ce projet m’a plu parce qu’il est tout à fait en dehors de la politique et des affaires, son seul objectif est de “faire du bien” », souligne celle qui a dû faire preuve d’une motivation sans faille pour être retenue parmi les nombreux candidats.

Travaillant avec les enfants une semaine sur deux, l’autre dans l’organisation logistique du camp, Eden s'est vue rapidement confrontée au quotidien des jeunes malades et à leurs difficultés. « Nous devons nous adapter à toutes sortes de personnalités, de vécus, de souffrances parfois », confie-t-elle. « Ces jeunes sont atteints de problèmes psychologiques, d’autisme ou d’épilepsie, ils peuvent être malvoyants, souffrir d’un cancer ou d’une maladie orpheline, avoir été greffés parfois. Nous recevons donc une formation spécifique avant chaque séjour, pour en savoir plus sur leurs besoins médicaux, sociaux, et sur l’encadrement qu’ils nécessitent, en essayant de faire toujours notre maximum pour leur bien-être ».

Le centre est entièrement équipé pour pouvoir prendre en charge quelque 22 maladies. En plus d’un département de soins, il dispose de vastes structures consacrées aux loisirs : auditorium, salle de sports, studio d’enregistrement, atelier artistique, mini-zoo, mur d’escalade avec tyrolienne, piscine, le tout accessible en chaise roulante (voir photo). De quoi redonner aux enfants malades la confiance et l’estime de soi qu’ils ont souvent perdue.

Une autre vision d’Israël

Logeant sur place avec d’autres volontaires, selon le principe de la Communa, supervisés par une vingtaine de professionnels, assistants sociaux et médecins, Eden Blitz a aussi côtoyé des jeunes qu’elle n’aurait probablement jamais eu la chance de rencontrer. Comme Karina, jeune Druze de Beit Jann, qui souhaitait mieux connaitre la société israélienne et a décidé, elle aussi, de s’investir dans le projet.

Si la situation politique n’a pas encore permis de concrétiser l’idée initiale de Haïm Topol qui était de pouvoir faire venir des enfants de tout le Proche-Orient, le Jordan River Village accueille toutefois et depuis plusieurs années déjà des jeunes Palestiniens, en partenariat avec l’asbl palestinienne « Vers la guérison » et le Centre Peres pour la Paix. « Leurs conditions de vie sont souvent difficiles, alors c’est comme un rêve pour eux, et ils repartent avec un autre regard sur Israël », espère Eden, qui affirme que ces séjours sont certainement les plus émouvants. « Sans forcément parler la même langue, je me suis rendu compte qu’il était possible de communiquer, de se comprendre, et de vivre ensemble, en donnant de soi, mais aussi en recevant énormément », affirme-t-elle. « Cela n’a pas toujours été facile, lorsqu’il y avait des tensions sur le terrain. J’aidais des enfants palestiniens, pendant que certains de mes amis étaient en poste sur la frontière avec Gaza, mais cela fait partie de la réalité israélienne », relève celle qui a résolument choisi de s’investir pour la paix. « Une mère palestinienne nous a dit un jour : “Tout le monde parle de la paix, mais vous, vous la faites”. Je suis heureuse de contribuer à cela, pour le futur ».

Eden entrera à l’armée en décembre, dans une unité d’éducation visant à préparer les futurs soldats. « C’est sûr, tous les enfants que j’ai rencontrés me suivront dans mes pensées ».


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Daniel Donner - 28/09/2017 - 9:52

    Ca fait vraiment plaisir de lire de tels articles.