Israël/Société

La détresse économique des survivants de la Shoah

Vendredi 21 avril 2017 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°761

Publié à quelques jours de Yom HaShoah, un rapport du contrôleur de l’Etat fustige le gouvernent israélien qui continue de négliger les rescapés de l’Holocauste. Un tiers d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté.

 

Le sujet n’est pas nouveau. Mais, en dépit des récents efforts déployés par les pouvoirs publics, il ressurgit à l’approche de « Yom HaShoah », la journée du souvenir du génocide nazi, qui sera commémoré en Israël à partir du dimanche 23 avril à la tombée de la nuit. Dans l’Etat hébreu, les rescapés de l’Holocauste continuent de vivre pour la plupart dans une grande précarité. 

Un rapport dédié du contrôleur de l'Etat, Yosef Shapira, publié ce mercredi 19 avril, est formel : il fustige le gouvernement israélien dans sa politique d'aide aux survivants de la Shoah. « Plus de soixante-dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, les survivants vivent aujourd'hui en Israël dans des conditions qui ne sont pas dignes », a indiqué Yosef Shapira.

Ce document dénonce la mauvaise coordination du gouvernement, l'incapacité de certains de ses organismes à exploiter des fonds déjà budgétisés, des lois compliquées et difficilement compréhensibles pour les survivants âgés, dont beaucoup n'utilisent pas internet ou ne maîtrisent pas suffisamment l'hébreu, ainsi qu'une quasi-absence de soutien du gouvernement pour les survivants qui sont arrivés en Israël dans les années 1990 depuis l'ex-Union soviétique.

Environ 158.000 rescapés vivent en Israël, auxquels s'ajoutent 56.000 personnes qui ont été reconnues comme victimes du racisme et de l'antisémitisme. Parmi eux, 60.000 vivent sous le seuil de pauvreté. Leur âge moyen est de 85 ans et leur taux de mortalité est aujourd'hui de 1.000 par mois.

Le rapport indique que, malgré la décision du gouvernement de développer des services sociaux destinés aux survivants et d'allouer 60 millions de shekels (15,2 millions d'euros) à cette fin, le ministère de la Protection sociale a échoué à finaliser un programme d'utilisation de ces fonds.

« En raison des retards dans l'approbation du programme et de l'affectation des fonds, les survivants de l'Holocauste ne sont pas en mesure d'obtenir des services qui pourraient améliorer leur bien-être, notamment des repas chauds, des traitements médicaux, des systèmes d'urgence et surtout des activités sociales qui pourraient réduire leur sentiment de solitude », pointe le rapport.

La transmission de la mémoire fragilisée

Le texte souligne par ailleurs que les survivants qui sont venus en Israël depuis l'ex-Union soviétique, qui représentent aujourd'hui environ un quart de tous les survivants en Israël, n'ont pas été éligibles à certaines bourses mensuelles et vivent souvent dans une pauvreté extrême. « Ils ne bénéficient pas de retraite ou d’aucune autre source de revenus que les prestations de l'assurance nationale », ajoute le rapport.

Pour « briser le cercle de la pauvreté » qui prévaut chez les rescapés, des parlementaires des partis Yesh Atid et de La Liste arabe unie ont décidé de déposer cette semaine une proposition de loi visant à augmenter l’allocation annuelle des survivants s’étant établis en Israël après 1953. Une aide qui passerait de 3.000 à 12.000 shekels si le projet de loi était adopté.

Ce n’est pas la première fois que le législateur essaye de prendre le problème des survivants à bars le corps. En 2014, une loi passée à l’initiative de Yair Lapid, le leader du parti centriste laïque Yesh Atid, alors aux Finances, et lui-même fils de rescapé, était censée améliorer leur qualité de vie.

Ce plan étalé sur cinq ans a accordé une rallonge d’1 milliard de shekels aux victimes de l’Holocauste, prévu une meilleure couverture médicale et prise en charge psychologique, y compris aux immigrants arrivés après 1953, à la condition qu’ils aient étés déportés en camps de concentration ou placés en ghettos. Mais ce bol d’oxygène n’a semble-t-il pas suffi. D’autant que 20.000 personnes ayant immigré après 1953 ne sont pas reconnues comme « rescapés » et ne restent que très partiellement subventionnées.

Une chose est sûre. La situation choquante des survivants de la Shoah fragilise la transmission de la mémoire du génocide. « La façon dont l'Etat traite les survivants de la Shoah est susceptible d'influencer la mémoire de l'Holocauste auprès des générations futures », a fait valoir Yosef Shapira, « et sert aussi de test pour le traitement de la population âgée en Israël ».


 
 

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