Au CCLJ

Daniel Friedmann présente "(Des)espoirs de paix"

Mardi 5 mars 2019 par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1039

Comment comprendre l’impasse dans laquelle se trouvent Israéliens et Palestiniens alors qu’une majorité semble aujourd’hui approuver la solution à deux Etats ? C’est la question que le sociologue et cinéaste Daniel Friedmann a choisi de poser à ses interlocuteurs, personnalités des deux camps, militants et observateurs du conflit. Un documentaire qu’il viendra commenter au CCLJ le jeudi 21 mars 2019 à 20h. Pour aider à comprendre le point de vue de l’autre.

 
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    Qu’est-ce qui a motivé la réalisation de votre film ?

    Ma première idée était de demander aux gens si la guerre à Gaza de 2014 avait changé quelque chose, mais je me suis vite rendu compte qu’elle n’était finalement qu’une guerre de plus. J’ai donc modifié mon questionnement, en partant de ma déception de voir que la fameuse poignée de main historique entre Arafat, Rabin et Peres n’avait pas débouché sur la paix. Le chant traditionnel que je reprends dans le film, « Had Gadia », exprime bien l’absurdité de ces violences qui se déplacent et se répètent. Est-on enfermé dans le tragique de cette situation ? Peut-on en sortir ? Je suis retourné en Israël en 2015, 
et le tournage s’est fait en 2017, lors de ma participation au voyage de J Call, pour marquer les 50 ans de la guerre des Six Jours.

    Certains estiment que le sionisme est incompatible avec l'occupation, d'autres le considèrent impossible sans l'occupation. Le projet sioniste est-il selon vous aujourd’hui dépassé ?

    Il y a toujours eu plusieurs courants sionistes, comme dans tous les mouvements sociaux et historiques, des plus modérés, des plus pragmatiques aux plus extrémistes, et la question se repose aujourd’hui. Le film laisse apparaître que la poursuite des implantations, la création de colonies, l’absence de solution risque à terme de rendre caduque le projet sioniste, dans la mesure où si Israël, par un lent grignotage des territoires palestiniens, rend impossible la solution à deux Etats, il y aura un Etat d’apartheid, où les Palestiniens seront aussi voire plus nombreux que les Juifs. Un Etat paria plus ou moins chaotique qui débouchera sur un Etat incompatible avec ce qu’était le projet sioniste, un Etat ni démocratique, ni à majorité juive. Le projet de la droite et de l’extrême droite israélienne, qui refuse la création d’un Etat palestinien, débouche en réalité sur la fin du projet sioniste et, à terme, la fin d’un Etat fondé à partir de l’identité juive.

    Le discours de Sari Nusseibeh qui estime qu’il vaut mieux attendre encore pour parvenir à une paix « durable » est pour le moins inhabituel…

    Il dit cela sans doute parce que quand il était jeune, il voulait la paix tout de suite, et il s’est rendu compte que ce n’était pas possible, que la situation n’était pas mûre. Cela ne veut pas dire qu’il soit pour reculer la solution ad vitam æternam. Quand il voit des jeunes aujourd’hui, il leur dit : « Ne me demandez pas la réponse, c’est à vous maintenant de prendre vos responsabilités ». Puisque sa génération n’a pas réussi, sans pour autant y renoncer, le problème se pose à la génération suivante. C’est pour cela que je termine le film avec la jeune génération qui chante la dernière strophe actualisée de « Had Gadia », directement politique, qui dit : « Oppresseurs et opprimés, jusque quand cela va-t-il durer ? » Comment sortir de ce système qui fait qu’un peuple en opprime un autre dans une lutte sans fin ? On arrive à une sorte de guerre de Cent Ans, puisque les premières émeutes ont commencé à Jérusalem en 1919-20. Le volcan peut toujours faire irruption.

    Le discours de la gauche peut-il encore être entendu ?

    Les raisons qui font que la gauche n’a pas été entendue sont complexes. Elle l’a été à certains moments, quand Rabin a été élu, quand il y a eu les accords d’Oslo, mais ceux qui ont voulu arrêter le processus de paix ont finalement réussi et l’on n’a pas extirpé le ver qui était dans le fruit. La gauche au début ne voulait pas d’annexion et Ben Gourion disait déjà qu’il fallait rendre les territoires en échange de la paix. Mais la gauche au pouvoir ne s’est pas tenue à cette position et a cédé peu à peu face à l’enthousiasme de ceux qui considéraient qu’il fallait s’étendre sur toute la terre de Canaan. Cette minorité agissante a fini par empêcher qu’on aille vers la paix. Un processus similaire se produit côté palestinien. Il n’y a pas eu la décision de vraiment franchir le Rubicon et de s’atteler à faire la paix, avec ce que cela suppose comme troubles internes. Une des erreurs de la gauche est de ne pas avoir opposé une alternative claire et nette à la droite, elle n’a pas osé être elle-même, quitte à être impopulaire pendant un temps.

    Qu’est-ce qui empêche aujourd’hui d’avancer ?

    Ce qui manque, c’est la volonté politique. Qu’est-ce qui a permis de sortir de l’état de guerre qui paraissait ne jamais devoir s’arrêter après ces guerres successives meurtrières entre l’Egypte et Israël ? Cela a été l’énorme surprise de l’arrivée de Sadate à Jérusalem, à la Knesset ! Personne ne s’y attendait un mois avant. Il peut y avoir un engagement, une volonté politique de tel ou tel acteur qui renverse les obstacles. Cela a eu lieu entre Israël et l’Egypte. C’est plus difficile entre Israéliens et Palestiniens, car c’est le cœur du conflit, mais ce n’est pas impossible qu’un geste qui va au-delà du politique, qui serait une reconnaissance profonde, sincère et émotionnelle de l’autre, désarme une partie des opposants et redonne de l’espoir aux deux populations. Cela s’est produit en 1977, trois ans à peine après la guerre d’octobre…

    Infos et réservation   02/543.01.01 ou [email protected]


     
     

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