Israël

La bataille contre l'exclusion des femmes prend un nouveau tournant

Jeudi 28 juin 2018 par Nathalie Hamou

La compagnie aérienne El Al a dû réagir face à la menace d’une grande société israélienne de boycotter ses vols en raison des requêtes de certains passagers ultra-orthodoxes. La mairie de Tel-Aviv combat aussi le diktat.

 

C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Voilà près de trois ans que certains voyageurs de la compagnie El Al ont décidé de taper du poing sur la table, face aux requêtes de passagers ultra-orthodoxes, demandant à permuter leurs sièges pour ne pas avoir à s’assoir à côté de femmes. Des requêtes qui, au-delà du symbole, provoquent aussi dans certains cas des retards importants... Mais alors que ces plaintes isolées d’individus portées devant les tribunaux ont peu fait réagir la compagnie aérienne israélienne, la menace d’un patron d’une grande société high-tech israélienne de boycotter les vols El Al a eu son petit effet.

Lundi 25 juin, le patron du groupe NICE, coté au NASDAQ, a ainsi fait savoir que son entreprise allait boycotter la compagnie aérienne El Al, accusée de « discrimination envers les femmes » suite à un incident survenu dans la semaine. En partance de New York, un vol de la compagnie israélienne a en effet été retardé de plus d’une heure suite au refus d’hommes juifs ultra-orthodoxes de s’asseoir à côté de femmes.

« Chez NICE on ne fait pas affaire avec les entreprises qui discriminent les gens à cause de leur race, leur genre ou leur religion », a déclaré Barak Eilam, le PDG de la société qui génère un revenu annuel de plus d’1 milliard de dollars, dans un message posté sur Facebook. « NICE ne choisira plus la compagnie El Al si elle ne change pas ses pratiques et ses agissements pour lutter contre la discrimination des femmes », a-t-il précisé.

Un message incendiaire, et lourd de conséquences, qui a provoqué une réaction immédiate en haut lieu. La  compagnie aérienne israélienne s’est d’abord défendue en rappelant que l’entreprise était « égalitaire », qu’elle ne distinguait pas ses clients en fonction de leur genre ou de leur religion. Mais le PDG d’El Al, Gonen Usishkin, s’est hâté de préciser que « dans le futur, un passager qui refusera de s'asseoir à côté d’un autre sera immédiatement renvoyé du vol ».

Ce n’est pas la première fois qu’El Al est montrée du doigt  pour avoir demandé -et parfois exigé- que certains passagers changent de siège suite à des requêtes d’hommes juifs ultra-orthodoxes ne souhaitant pas voyager à côté de femmes. Une cour de Jérusalem lui a ordonné l’an passé ne plus céder à ces demandes,  indiquant que ce genre de requêtes « représentent une transgression directe de la loi réprimant les discriminations ».

La compagnie israélienne a régulièrement expliqué que « toute discrimination à l'encontre des passagers est absolument interdite. Les agents de bord d'El Al font tout ce qu'ils peuvent pour fournir un service de qualité à une grande variété de passagers avec des demandes différentes et diverses, en essayant d'aider dans la mesure de leurs capacités ». Seulement voilà, face à la menace d’un potentiel boycott du secteur high-tech israélien, la compagnie a préféré mettre les points sur les « i », au risque de froisser sa clientèle captive juive ultra-orthodoxe.

Une chose est sûre, les cas de discriminations (ou d’exclusion) des femmes de l’espace public, au nom du dogme ultra-orthodoxe, continuent de mobiliser la société laïque israélienne. Y compris lorsque ces cas se produisent au sein d’évènements destinés à la communauté ultra religieuse... Dernier exemple en date : le rassemblement qui s’est déroulé à l’initiative du Chabad, Lundi 25 juin, soit le même jour que la dernière « affaire El Al »,  sur la place Rabin de Tel-Aviv.

La branche messianique de cette organisation de la mouvance ultra-orthodoxe a en effet obtenu la permission d’organiser un grand évènement intitulé « en attendant le Messie », dans lequel les hommes et les femmes seraient assis séparément de part et d’autre d’une barrière de 50 mètres de longueur. Et ce, au grand dam de la mairie de Tel-Aviv qui avait tenté d’obtenir, mais un peu tard, l’interdiction de ce rassemblement auprès d’une cour de justice locale.

Pas déstabilisé, le maire de Tel-Aviv, Ron Huldai, a fait savoir qu’à l’avenir les évènements ségrégant hommes et femmes dans l’espace public, seraient interdits...  Mais cet avertissement lancé à quelques mois des prochaines élections municipales, et censé tracer les « lignes rouges » de la cité la plus libérale du pays, ne fait pas l’unanimité.

Dans un éditorial publié aujourd’hui dans le quotidien de gauche Haaretz, un article signé Israel Cohen va même jusqu’à dénoncer le « terrorisme séculier ». « Si l’affaire avait concerné une autre minorité (...) les défenseurs des droits de l’homme auraient accepté d’écouter leur culture unique. Mais dès qu’il s’agit des ultra-orthodoxes, tout est inacceptable. Et les libéraux, au lieu de faire des concessions vis-à-vis de ceux qui conservent les traditions, préfèrent les combattre et éliminer ». Et l’auteur de conclure : « Ne vous mêlez pas ne nos vies. Respectez les hommes et les femmes ultra-orthodoxes ».


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par BOAZ - 28/06/2018 - 15:22

    Ca ne mobilise pas que la société laïque israélienne......

    Je peux vous assurer que si je prends un avion El Al au départ de Paris ou de Bruxelles et qu'on nous demande à ma chère et tendre et moi de changer de place pour satisfaire les caprices d'un barbu, je ne manquerai pas de rappeler au personnel de bord qu'un avion ne jouit pas du privilège de l'extra-territorialité et que leur demande est contraire à l'ordre public du pays dans lequel ils se trouvent .

    Bon , il y a bien quelque chose qui me ferait fléchir : qu'en contrepartie de notre éventuelle complaisance, nous soyions tous les deux surclassés en Business...... : - )