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L'alya repart grâce aux immigrants russes

Mardi 3 septembre 2019 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°1049

La recrudescence de l’alya russe vient compenser la désaffection des candidats au départ français, anglais ou américains. Plus généralement, l’immigration de ces vingt dernières années a participé à la droitisation du pays.

 

2019 sera-t-elle un bon cru pour l’immigration vers Israël ? Durant les six premiers mois de l’année, l’alya est en tout cas repartie à la hausse, enregistrant un bond de 25%, selon les chiffres de l’Agence juive. L’année 2018 s’était soldée par une progression limitée à 5%.

Ce regain observé au premier semestre repose essentiellement sur l’afflux continu de l’immigration russe qui a bondi de 73%. Ces nouveaux arrivants représentent 51% des nouveaux immigrants contre 50% lors de l’année écoulée. L’immigration russe vient ainsi compenser la désaffection des immigrants issus de nombreux autres pays, à commencer par la France et les Etats-Unis.

Au total, 16.019 individus ont émigré vers Israël, soit une hausse de 28% comparée à la même période de 2018. Ce chiffre englobe les 616 membres de la Falashmura, cette communauté qui descend des Juifs éthiopiens, forcée de se convertir au christianisme, et dont l’alya a été suspendue pendant plusieurs années.

Pour leur part, la grande majorité des nouveaux immigrants russes qui ont émigré ces dernières années ne sont pas considérés comme juifs sur le plan de la halakha (loi juive), tout en bénéficiant de la Loi du Retour. Leur nombre est estimé entre 350.000 et 400.000 individus.

Autre source clé d’immigration vers Israël : les ressortissants d’Ukraine, conséquence du conflit armé qui a débuté en 2014 dans la région et des tensions avec le régime de Vladimir Poutine. Plus de 3.000 individus se sont établis en Israël entre janvier et juin 2019, marquant une progression de 6%.

Les obstacles à une intégration réussie

Toutefois, le regain de l’alya russophone ne doit pas masquer une réalité moins flatteuse. Alors que l’Etat hébreu a attiré une grande vague d’immigration en provenance de France, nourrie par des incidents antisémites et une économie morose, cette tendance s’est infléchie.

Depuis 2015, année marquée par l’arrivée de 8.000 Juifs français, de nombreux immigrants ont choisi de rentrer dans l’Hexagone. Parmi les principaux obstacles à leur intégration réussie dans la société israélienne figurent l’apprentissage laborieux de la langue hébraïque et la difficulté de trouver un emploi correspondant à leurs compétences.

L’an passé, les pouvoirs publics ont bien lancé une campagne spéciale pour attirer les olim français. Mais ces efforts n’ont pas encore porté leurs fruits. Puisque selon les statistiques de l’Agence juive, l’alya de France a chuté de 23% sur les six premiers mois de 2019, avec près de 800 arrivants. Une tendance déjà observée en 2018.

Autre pays émetteur en berne : le Royaume-Uni (avec 237 immigrants, soit seulement cinq arrivants de plus) et les Etats-Unis (-11%). L’Afrique du Sud, en revanche, fait figure d’exception avec une hausse de 12% sur les six premiers mois de l’année, ses ressortissants s’inquiétant de l’évolution d’une économie qui tend à offrir moins d’opportunités à la minorité blanche.

Reste qu’en année électorale, ce tableau n’est pas totalement neutre. Comme le souligne un récent article du journal Haaretz, il est fort probable que la recrudescence de l’alya russe, française et américaine, au cours de ces vingt dernières années, ait alimenté la droitisation du pays pour différentes raisons. Selon un sondage du journal Makor Rishon réalisé il y a un an, 72% des olim français s’identifient aux partis de droite, considérant la gauche comme éloignée des traditions. Tandis que 45% des immigrants anglo-saxons tendent à s’installer autour de la région de Jérusalem et des implantations du Goush Etzion, considérée comme le centre de la vie juive.

Plus généralement, « les groupes d’immigrants, s’ils sont intégrés avec succès, tendent à voter pour le parti dirigeant à leur arrivée », remarque le professeur Tamar Hermann, qui dirige le Centre Guttmann pour l’opinion et la recherche autour des politiques publiques à l’Institut israélien pour la démocratie. 

Selon les chercheurs, 70% des immigrants de l’ex-URSS sont, pour leur part, prêts à voter pour un parti russophone, en l’espèce « Israël notre maison » d’Avigdor Liberman, ou pour un parti national disposant d’une aile russe forte, à l’image du Likoud de Benjamin Netanyahou. Un électorat qui risque de faire la différence lors du scrutin du 17 septembre, issu du désaccord entre les leaders des deux partis…


 
 

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