Au CCLJ

Aline Baldinger et les tisseurs de paix

Lundi 3 octobre 2011 par Anne Mannheimer

Dans Israéliens-Palestiniens, libres paroles au-dessus du mur (L’Harmattan), la psychologue française Aline Baldinger témoigne de l’engagement d’Israéliens et de Palestiniens ordinaires dans toute une série d’associations pour la paix, le dialogue et la coopération. En donnant la parole à ces hommes et ces femmes, elle apporte la preuve que le repli et la haine ne sont pas une fatalité.

 
Sur le même sujet

    Pourquoi avez-vous choisi d’écrire un livre sur ces militants de la paix ? Je pourrais vous donner une réponse politique, en disant que j’ai écrit ce livre uniquement par intérêt pour la société civile, ce qui est faux. En fait, ce livre s’inscrit dans mon histoire personnelle. Après une première expérience au kibboutz en 1965, j’avais nourri le vague projet de faire un jour mon alya. Lorsque la guerre a éclaté en juin 1967, je suis immédiatement partie en Israël pour m’y installer. Malheureusement, j’y ai découvert une société anti-arabe, voire raciste. Comme je m’étais éveillée à la politique par la guerre d’Algérie, j’ai retrouvé en Israël certains accents des défenseurs de l’Algérie française. En 1967, le rêve s’est brisé. Je suis donc rentrée en France, en me disant que plus jamais je n’y reviendrais. J’ai ensuite vécu une vie de militante de gauche, féministe, sans m’intéresser à Israël.

    Pourquoi alors écrire un livre sur un pays que vous avez voulu oublier ? En 2009, alors que j’étais tout juste retraitée, les bombardements de Gaza m’ont fait éprouver le besoin d’aller rechercher ceux qui, en 1965, faisaient vivre l’utopie israélienne. Je ne pouvais admettre que les gens que j’avais rencontrés au kibboutz soient devenus des va-t-en-guerre. Je me suis donc rendue en Israël en prenant contact avec les femmes de MahsomWatch(Association de femmes surveillant les checkpoints). Je m’imaginais naïvement qu’il s’agirait d’une expérience périlleuse dans un véhicule grillagé. Pas du tout : trois femmes de mon âge m’ont emmenée dans une voiture miteuse vers les checkpoints. En chemin, elles m’ont raconté pourquoi elles faisaient cela et comment cela se passait. Ensuite, elles ont veillé à ce que je rencontre des Israéliens actifs dans d’autres associations pour la paix. Lors de ce séjour, j’ai rencontré des gens extraordinaires qu’il fallait que je fasse connaître en France.

    Quel regard portent-ils sur l’indifférence dont ils font l’objet en Israël ? Ils en sont conscients, mais ils n’en nourrissent aucune amertume. Ils sont surtout dans le concret, c’est-à-dire qu’ils ne se contentent pas de scander leur opposition à l’occupation : ils agissent à titre individuel, en posant des actes au sein de leurs associations respectives. Ce militantisme ne fait pas de ces gens des marginaux. Ils sont attachés à Israël et sont bien insérés dans la société. Ce sont surtout des gens ordinaires, comme vous et moi.

    Leur engagement associatif pour la paix n’est malheureusement pas relayé par le monde politique… C’est bien leur problème. Ils savent qu’il ne peut y avoir la paix si les populations ne la veulent pas. Leur travail, au-delà du caractère humanitaire, vise précisément à susciter un désir de paix majoritaire. Si c’est le cas, les politiques seront contraints d’apporter une solution au conflit. Aujourd’hui, l’establishment israélien passe son temps à dire que ce n’est pas possible de faire la paix. Progressivement, les gens le croient et le désir de paix disparaît aussi, tant chez les Israéliens que chez les Palestiniens.


     
     

    Ajouter un commentaire

    http://www.respectzone.org/fr/