Israël

L'affaire Tamar Ze'evi entérine de facto l'objection de conscience politique

Lundi 27 mars 2017 par Nathalie Hamou

Agée de 19 ans, Tamar Ze’evi a effectué 115 jours de prison pour avoir refusé de servir dans les Territoires palestiniens avant d’être libérée. Un cas sans précédent depuis treize ans, pour une objectrice de conscience s’opposant à la politique d’occupation.

Le cas Tamar Ze’evi marque-t-il un tournant pour les objecteurs de conscience qui refusent de servir dans les rangs de l’armée israélienne, du fait de leur opposition à la politique d’occupation? L’association Mesarvot (en hébreu, celles qui refusent) veut y croire. Agée de 19 ans et originaire de Jérusalem, Tamar Ze’evi a en effet été libérée, ce jeudi 23 mars,  après avoir passé 115 jours en prison, pour avoir refusé d’effectuer son service militaire en novembre dernier, en raison de son hostilité envers « la politique d’occupation militaire à l’égard des Palestiniens », selon ses termes.

Or selon Mesarvot, c’est la première fois en l’espace de treize ans que Tsahal libère une objectrice de conscience opposée au principe de servir « dans une armée qui occupe un autre peuple », mais qui ne se définit pas comme pacifiste (ou adepte de la non-violence). Après avoir été relativement tolérante vis-à-vis des femmes réclamant l’objection de conscience, l’armée israélienne a durci sa position en 2004 vis-à-vis de ces conscrites sommées de prouver que leur démarche résulte d’une attitude pacifiste et d’un point de vue universel sur la guerre, et non d’une opposition à l’égard de l’occupation militaire en Cisjordanie.

 « La commission militaire qui a décidé de libérer Tamar va donc à l’encontre de la pratique adoptée ces dernières années, visant à accorder l’objection de conscience aux seuls pacifistes », a confirmé Yasmin Yablonko, une coordinatrice de Mesarvot. Certes, Tamar Ze’evi reste officiellement considérée comme objectrice de conscience de manière « générale ». Pour autant, Tamar Ze’evi a déclaré publiquement que son problème avec l’armée était spécifiquement lié à l’armée et « à l’occupation militaire des Palestiniens », ce qui entérine de facto l’objection de conscience de nature politique. La jeune fille avait effectué un an de volontariat civil au sein de l’association Sayarut (Green Horizons) avant d’être mobilisée.

Reste que pour l’heure, son cas demeure largement isolé. Une autre jeune Israélienne refusant de s’enrôler dans l’armée, Tamar Alon, en prison depuis 118 jours, n’a -à ce jour- pas reçu d’exemption. Les deux adolescentes avaient été emprisonnées en même temps, après avoir déclaré leur refus de l’armée au centre d’accueil de Tel Hashomer à Ramat Gan. Tamar Alon est présentée comme une objectrice de conscience de la deuxième génération. Son père, Chen Alon, a pour sa part refusé de servir comme officier de réserve au cours de la seconde intifada. Il a ensuite fondé Combatants for Peace (Les combattants pour la paix), un mouvement binational pour la paix qui fait le lien entre les militants israéliens et palestiniens.

Mesarvot n’est du reste pas la seule association israélienne à soutenir la cause des objecteurs de conscience. L’ONG Yesh Gvul (Il y a une limite) poursuit le même combat. Le jour de la libération de Tamar Ze’evi, cette association a ainsi déposé un recours devant la haute cour de justice israélienne, soutenu par une centaine de signatures, appelant l’armée à élargir ses critères pour exempter les objecteurs de conscience. Yesh Gvul exige en l’espèce que ces critères soient équivalents à ceux appliqués aux femmes religieuses qui demandent à se faire exempter du service militaire sur la base de leurs convictions spirituelles. Sachant que ces dernières obtiennent le plus souvent l’exemption sur simple déclaration et ne doivent pas se présenter devant une commission militaire…


 
 

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