Israël - Analyse

Israël : extension du domaine de la guerre

Mardi 4 juillet 2017 par Frédérique Schillo
Publié dans Regards n°865 (1005)

Israël rayonne dans le monde entier avec ses innovations technologiques, notamment en matière de renseignement et de sécurité intérieure. Des exportations qui portent son économie, tout en l’aidant à rompre son isolement diplomatique. Mais les joyaux de la Start-up Nation, expérimentés en Cisjordanie et destinés à l’origine à des systèmes militaires, sont de plus en plus dévoyés.

Le stand d’Israel Aerospace Industries (IAI) à IMDEX Asia, le salon d’armement et de technologies de la défense organisé à Singapour.

Depuis quelques mois, les eaux vermeilles du Río Bermejo se parent de curieux reflets. De grands ballons blancs survolent cette frontière naturelle séparant la Bolivie de l’Argentine. Ce sont des postes de vigilance aérostatique, joyaux de la haute-technologie israélienne acquis par le ministère de la Sécurité argentin. Flottant jusqu’à 300 mètres d’altitude, ils permettent, grâce à un système électronique sophistiqué, d’identifier un véhicule dans un rayon de 15 km et une personne à 7 km. Qui aurait pu penser que ces instruments de renseignement conçus contre les terroristes palestiniens serviraient un jour à traquer les narcotrafiquants ?

Quinzième puissance militaire selon l’Index 2017 du Global Firepower, Israël s’est imposé dans la cour des Grands en matière de sécurité intérieure et de cybersécurité, devenant notamment le premier exportateur mondial de drones et le deuxième pour les produits liés à la sécurité informatique, juste derrière les Etats-Unis. Armes télécommandées, radars ou autres logiciels de cyber-défense font la fortune des grandes compagnies militaires nationales comme l’Israel Aerospace Industries (IAI) ou Rafael, le créateur du célèbre « dôme de fer », mais aussi d’environ un millier de petites entreprises privées israéliennes, dont une vingtaine est cotée au NASDAQ.

Laboratoire à ciel ouvert

Il faut dire que l’indétrônable « nation la plus militarisée du monde » a le rare privilège, s’il en est, d’allier la compétence et la technologie à une expérience intime de la guerre. Le drone a été ainsi inventé par des ingénieurs israéliens suite à la surprise de la Guerre de Kippour (octobre 1973). Au moment où l’on célèbre l’approche expérimentale en économie, Israël fait figure de laboratoire à ciel ouvert pour observer le comportement terroriste, avant d’y tester les outils qui permettront de répondre aux menaces, mais surtout de les anticiper et de les prévenir.

Depuis l’« intifada des couteaux », les pratiques de l’antiterrorisme ont changé. Parce qu’elle ne répondait à aucun cas de figure, étant menée par de jeunes « loups solitaires » sans lien avec des cellules terroristes organisées, imprévisibles, désorientés, parfois davantage mus par la volonté de mourir que de tuer, elle a contraint les Israéliens à innover. La vidéosurveillance s’est multipliée jusqu’à quadriller la Cisjordanie avec près de 2.000 caméras. Parallèlement, le Renseignement pénètre les téléphones et réseaux sociaux, réalisant le fantasme de Minority Report, où l’on peut prédire les crimes et arrêter leurs auteurs avant qu’ils n’aient songé à agir. En moins d’un an, 2.200 Palestiniens ont été identifiés par le Shin Beth comme étant en train de fomenter un attentat, 400 ont été arrêtés, certains placés directement en détention administrative.

D’abord destinés aux zones de guerre, les produits israéliens du secteur des « C4IR » (en français : commandement, contrôle, communication, informatique, renseignement, surveillance) trouvent de multiples applications dans la sécurité intérieure. Dès les Jeux olympiques d’Athènes de 2004, la protection de l’aéroport, du site olympique et la conception de la « control room » étaient confiées à des sociétés israéliennes. Celles-ci sont désormais incontournables, qu’il s’agisse d’un événement international comme d’une petite manifestation locale. La vraie nouveauté est de voir des barrières électroniques utilisées contre l’immigration illégale ou des logiciels espions servir au fichage généralisé.

La diplomatie des armes

Voilà un marché gigantesque qui s’ouvre aux Israéliens. Et avec chaque client, public ou privé, l’objectif non dissimulé d’en faire un allié sur la scène internationale. D’où l’attention toute particulière portée au continent africain. Début juin, Benjamin Netanyahou fut le premier leader non africain à assister au sommet de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Il était venu y parler sécurité et contrats. L’enjeu est « d’affaiblir » les pays qui votent « contre Israël dans les instances internationales », a-t-il ajouté.

Comme au temps de la « stratégie de la périphérie », mise en place par David Ben Gourion dans les années 1950 pour contourner l’opposition arabe, il faut se rapprocher d’Etats susceptibles de bousculer le jeu régional. L’Azerbaïdjan est de ceux-là : ce pays musulman, chiite mais ennemi juré de l’Iran, est devenu à hauteur de 40% le fournisseur de pétrole d'Israël, lequel lui a vendu pour plus d’un milliard de dollars de drones et de systèmes anti-missiles en 2012. Sans compter tout ce qui passe sous le radar : « Les 9/10e de nos relations restent sous la surface », avait confié le Président azeri selon une note révélée par Wikileaks.

Plus loin, c’est l’Argentine du président libéral Mauricio Macri –les deux Etats ont signé un accord militaire le 15 décembre dernier– ou encore le voisin colombien, surnommé « l’Israël du Moyen-Orient » tant l’Etat hébreu, son premier fournisseur d’armes, est de toutes les guerres (anti-FARC, anticartels, anti-insurrection), même les plus sales. La Colombie le lui rend bien puisqu’elle s’est abstenue sur le vote d’admission de la Palestine comme Etat observateur à l’ONU.

Une technologie sans limites ?

Il y a quelques mois, la compagnie IC3, filiale de l’Israel Aerospace Industries (IAI), a remporté un contrat de plusieurs dizaines de millions de dollars pour créer un centre national de cyberdéfense sur le modèle de celui de Beersheva [voir encadré], capable de détecter très tôt des cyber-attaques. Il devrait s’installer dans un pays latino-américain, dont l’identité reste secrète.

Ni Israël ni ses clients n’ont évidemment intérêt à dévoiler les termes de leur engagement. Surtout si l’utilisation qui est faite des produits-phares de la Start-up Nation est détournée à d’autres fins. Depuis le 19 juin, Israël se retrouve au cœur d’un immense scandale au Mexique, où le président est accusé d’avoir espionné de nombreux journalistes et défenseurs des droits de l’Homme. Le logiciel israélien « Pegasus », l’un des plus sophistiqués sur le marché, a permis ce délit via les téléphones portables : un simple sms malveillant ouvert par l’utilisateur permet d’avoir accès à ses messages, ses conversations, sa géolocalisation, mais aussi au micro et à la caméra du téléphone piraté. « C’est inacceptable, au même titre que les assassinats de journalistes », a dénoncé l’une des victimes. Une accusation grave dans un pays qui compte une centaine de disparitions de journalistes depuis 2000. 

Que le champion de la cyber-défense se révèle grand architecte des logiciels malveillants n’étonnera pas les spécialistes de high-tech, ni les adeptes de Realpolitik. Cependant, on peut se demander jusqu’où Israël s’autorisera à aller dans les techniques de cybersécurité sur les Palestiniens en Cisjordanie. Il est en passe de créer le plus vaste système de supervision sur des millions de personnes, s’inquiète le journaliste Nahum Barnea : « Il y a des pays comme la Corée du Nord qui veulent le faire, mais n’ont pas la technologie. Il y a des Etats comme la Californie qui ont la technologie, mais pas la volonté. En Israël, il y a une convergence entre la volonté et la capacité ».

L’autre question, non moins lancinante, est de savoir quelle limite Israël se mettra concernant la commercialisation de ses joyaux technologiques à des groupes privés et à des Etats, en particulier ceux qui ne sont pas encore ses alliés. 


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Nahum - 19/07/2017 - 8:47

    Le rédacteur en chef de Regards doit être malade : Israël se distingue une fois de plus.

  • Par Julien Man - 20/07/2017 - 10:51

    Une fois de plus voici un article aux relents haineux pour suggérer qu'Israël n'a que de mauvaises intentions, voire des objectifs hautement pervers pour fournir à certains clients les moyens d'étouffer toute expression de libertés individuelles ou collectives .
    Et par une habile tournure de votre écriture vous laissez croire aux lecteurs que la technologie sans retenue des Israéliens pourrait être mêlée à l'assassinat de journalistes !
    Votre article, Mr. F. Schillo rejoint le lot des milliers d'articles insignifiants et malveillants visant à accabler systématiquement Israël de comportements des plus "dévoyés". Bravo pour votre très judicieuse et professionnelle comparaison avec la Corée du Nord et la Californie ! Les Israéliens, autrement dit les Juifs dangereusement rusés, ils ont eux, la capacité technologique, le fric et surtout la volonté de dominer et de nuire ! Merveilleuse convergence de toutes les tares ! On a déjà entendu cela et la répétition obsessionnelle à charge d'Israël de ces refrains nauséabonds vous dessert totalement.