Israël

Il y a 70 ans, "l'Exodus" quittait le sud de la France pour la Palestine

Mardi 11 juillet 2017 par AFP - Belga

Il y a 70 ans, le navire "Exodus" quittait le sud de la France pour la Palestine avec 4.500 personnes à bord: l'épisode, qui allait favoriser la création d'un Etat juif en Palestine, a été commémoré dimanche à Sète en présence de certains des derniers survivants.

 

"C'est la dernière fois qu'on a des survivants, dans 10 ans ils auront disparu", a souligné Freddy Dran, co-président du "comité Exodus" et représentant de la communauté juive de Sète, le port du sud de la France d'où le navire avait levé l'ancre.

Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1947, le bateau, rebaptisé Exodus 47, quitte clandestinement le port de Sète pour la Palestine, mais est arraisonné à 30 km des côtes de la Palestine, sous mandat britannique, au prix d'au moins deux morts.

"Le commandant du bateau a demandé d'arrêter les tirs, il a dit : j'ai comme mission d'amener des Juifs vivants en Israël, pas des morts ", a raconté en hébreu, Yossi Bayor, qui avait 15 ans lorsqu'il a embarqué sur l'Exodus.

Les 4.554 enfants, femmes et hommes issus de plusieurs pays d'Europe sont alors évacués vers "des bateaux cages" et, après une escale à Port-de-Bouc (sud de la France), débarqués à Hambourg (Allemagne), dans la zone d'occupation contrôlée par les Britanniques, où ces rescapés de la Shoah sont une nouvelle fois parqués dans des camps. L'émotion est intense dans le monde entier.

"Les conditions étaient terribles, nous n'avions pas de couchettes, nous étions sur le sol", a ajouté le rescapé venu spécialement d'Israël pour participer à la commémoration.

"L'opération Exodus stricto sensu paraît un échec, mais le cataclysme ressenti a conduit à la création un an plus tard de l'Etat d'Israël, les conséquences géopolitiques ont été majeures", souligne Guy Kalfa, co-président du comité Exodus.

"Grâce ou à cause de l'épopée de ce navire parti du port de Sète, l'Etat d'Israël a été créé quelques mois plus tard" en Palestine, assure aussi Gustave Brugidou, président de la Société d'Etudes historiques et scientifiques de Sète et sa région, insistant notamment sur l'influence que cet épisode aura sur le vote de l'Onu en faveur du partage de la Palestine, en novembre 1947, qui aboutira en 1948 à la création d'Israël.

'Comme monter sur le mont Sinaï'

"L'embarquement sur ce bateau, c'était comme monter sur le mont Sinaï", a raconté Itzhak Roman, fils d'un passager qui lui a raconté l'odyssée.

Le rafiot à fond plat, prévu pour transporter quelques centaines de personnes sur des fleuves des Etats-Unis et totalement inadapté à la navigation en mer, avait été récupéré à la ferraille, par des militants de la Haganah, l'organisation militaire sioniste clandestine, puis transféré discrètement en Méditerranée.

Parallèlement, des milliers de candidats à l'émigration clandestine vers la Palestine sont acheminées dans le plus grand secret vers le port de Sète à bord de 172 camions.

"Cet évènement était totalement clandestin, c'était la Haganah qui était à la manœuvre, très peu de gens parmi la population sétoise étaient informés", souligne Gustave Brugidou.

Plus intéressés en ce 10 juillet d'après-guerre par le passage du Tour de France, les Sétois "étaient étonnés de voir arriver sur le Môle Saint Louis ces gens en habits d'hiver alors qu'on était en plein été", dit-il.

Les passagers s'entassent alors à bord de ce qui est encore le "President Warfield". Le commandant Yossi Harel, après avoir attendu en vain un remorqueur, décide de partir quand même et quitte difficilement le port dans la nuit, après s'être ensablé.

Destination officielle: la Colombie. Mais en réalité, le navire se dirigera péniblement vers la Palestine. Le 16 juillet, le bateau est rebaptisé "Exodus 47" en référence à l'exode biblique de Moïse, et arbore le drapeau marqué de l'étoile de David.


 
 

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