Israël/Coexistence

Buza : La paix dans un cornet

Mercredi 1 novembre 2017 par Nathalie Hamou
Publié dans Regards n°871 (1011)

Née en Galilée, la marque de crème glacée Buza, créée par deux entrepreneurs israéliens -l’un juif, l’autre arabe musulman- vient de recevoir un prix international dans la catégorie « Paix et Justice ».

Ce n’est sans doute pas un hasard si la marque de crème glacée Buza a pris racine en Galilée, à Maalot-Tarshiha, dans le Nord d’Israël. Car dans cette localité mixte de 25.000 âmes, composée à 67% de Juifs et à 22% d’Arabes, le vivre-ensemble n’est pas un vain mot. Et Buza a justement été créée par le tandem emblématique formé par Adam Ziv (31 ans) et Alaa Sweetat  (34 ans).

Le premier est un kibboutznik de la région qui, pour financer un périple en Europe effectué après son service militaire, a travaillé au sein de plusieurs gelateria d’Italie, avant de revenir en Israël avec l’envie de monter sa propre affaire. Propriétaire du bistrot Aluma, le restaurant gastronomique de Tarshiha, le village arabe dont il est originaire, le second a immédiatement accepté de devenir son partenaire.

Tous deux ont lancé -voilà tout juste cinq ans- Buza, un mot qui signifie « glace » en arabe. Une entreprise artisanale dont la première saveur est une crème glacée aux prunes, une spécialité de la région. Sachant qu’il y en a vraiment pour tous les goûts. « Personnellement, mon parfum préféré est celui à la noix de cajou », confie Adam Ziv. « Tandis qu’Alaa a un faible pour les sorbets, par exemple ceux au litchi (de Galilée) ou à la figue de barbarie ».

Mais l’essentiel est ailleurs puisque Buza offre en soi une expérience de coexistence : tant au niveau entrepreneurial que du fait que clients et employés sont aussi bien juifs que musulmans ou chrétiens, particulièrement dans l’enceinte du magasin de Tarshiha.

A ce jour, l’enseigne Buza compte cinq points de vente, dont un sis à Tel-Aviv (tout près de la Cinémathèque) et un autre situé à Sasa, le kibboutz où Ziv a grandi. Un village collectif qui abrite aussi l’usine de production hébergée dans les locaux d’une ancienne laiterie ; ainsi qu’un centre de visiteurs où les aficionados peuvent, s’ils le souhaitent, participer à un atelier de fabrication de glace.

Surtout, la jeune société d’Adam Ziv et Alaa Sweetat vient de recevoir une récompense peu commune : un prix Flourish dans la catégorie « Paix et justice ». Sur un total de 422 candidats, 17 entreprises ont obtenu en juin dernier cette prestigieuse distinction décernée à Cleveland (aux Etats-Unis), qui vient récompenser des entreprises innovantes du monde entier, travaillant autour des objectifs de développement durable fixés par les Nations-Unies.

« Notre partenariat a permis aux Juifs de se sentir les bienvenus à Tarshiha. Et ce, dans la mesure où ce commerce situé en centre-ville appartient à un Arabe et un Juif », a déclaré Alaa Sweetat, lors de la cérémonie. « J’ai d’emblée adoré le concept proposé par Adam Ziv : c’était intéressant d’offrir quelque chose de nouveau. Je pense que Buza est le premier glacier haut de gamme jamais ouvert dans un village arabe ».

La réalité a eu raison du scepticisme
Interrogé par Ronit Vered, la spécialiste de la scène culinaire israélienne du journal Haaretz, Adam Ziv se souvient encore des réactions de scepticisme au moment du lancement de l’affaire. « En 2012, quand je disais aux gens que j’ouvrais un salon de crème glacée dans une ville arabe du Nord, tout le monde pensait que j’étais fou. Aujourd’hui, on a l’impression que le magasin a toujours été là, et il en va de même pour mon amitié avec Alaa », rapporte-t-il. « A l’époque, j’ai dit dans une interview que nous ne faisions pas de la coexistence, nous étions juste dans l’action. Et j’ai vraiment l’impression que les entreprises comme la nôtre peuvent créer des passerelles au sein de la société israélienne », poursuit l’entrepreneur juif. « A la soirée d’ouverture du centre, beaucoup de gens du kibboutz Sasa et de Tarshiha qui sont devenus des amis étaient là ».

« C’était un peu comme si Sasa et Tarshiha s’étaient mariés. En fin de compte, la vie se résume à des choses simples, comme s’asseoir sous un arbre et manger de la crème glacée », conclut Adam Ziv. « C’est tellement naturel que vous n’y pensez pas. Mais imaginez un seul instant combien d’intersections similaires pourraient être créées si dix ou cent autres entreprises comme la nôtre pouvaient voir le jour ». 


 
 

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  • Par Mandel - 22/11/2017 - 22:10

    On aimerait savoir si le partenaire arabe est musulman ou chrétien