Au CCLJ

"Sophie l'enfant cachée" contre l'antisémitisme

Jeudi 29 mars 2018 par Géraldine Kamps

Ils étaient près de 150 élèves de 6e primaires ce matin venus de quatre écoles bruxelloises au CCLJ assister à la lecture du livre de Sophie, l’enfant cachée. Ou comment transmettre le témoignage de rescapés de la Shoah une fois disparus, à l’heure où l’assassinat antisémite de Mireille Knoll est dans tous les esprits.

​Une nouvelle matinée consacrée à Sophie Granos-Rechtman s’est déroulée au CCLJ ce jeudi 28 mars, pour perpétuer la mémoire de celle qui, pendant plus de dix ans, vint témoigner devant les élèves de son vécu d’enfant cachée. Dans l’auditorium, quelque 150 enfants de 6e primaires venus de l’école 13 (Schaerbeek), de l’Institut Notre-Dame (Anderlecht), de Nos enfants (Uccle) ou encore de l’école des Bruyères (Forest), particulièrement attentifs à la lecture de son histoire Sophie, l’enfant cachée, outil pédagogique réalisé par « La Haine, je dis NON ! » et voyageant dans les écoles depuis plusieurs années.

Après avoir été longtemps présidente de l’Enfant caché, Sophie Rechtman est décédée en mai 2016, mais a laissé son témoignage bien vivant pour les nouvelles générations, grâce à ce livre pour enfants, mais aussi au film dans lequel elle raconte son histoire aux côtés du rescapé d'Auschwitz Paul Sobol. Très émus après en avoir entendu un extrait, les enfants ont été nombreux à demander la parole. « Est-ce que Sophie a eu des enfants ? », demandera l’un. « Est-ce qu’on a retrouvé le corps de sa maman ? », interrogera une autre. « Il y a une question que je me pose depuis très longtemps… », confiera une troisième : « Comment ils faisaient pour trouver les Juifs ? Ils arrivaient et toquaient à la porte ? Les Juifs, ils ne pouvaient pas mentir ? »

Des questions qui traduisent à la fois une certaine naïveté et une incompréhension réelle face à l’indicible. Florence Caulier, responsable pour les écoles primaires au Centre d'éducation à la citoyenneté (« La Haine, je dis NON ! »- CCLJ), trouvera les mots, revenant sur les registres à remplir à la commune, le cachet « J » sur les cartes d’identité, le port de l’étoile jaune obligatoire, les convocations, les dénonciations, et puis les rafles… « Mais les nazis, qu’est-ce qu’ils avaient contre les Juifs, en fait ? », insistera un enfant. On frémit en repensant à l’assassinat de Mireille Knoll, rescapée juive de 85 ans, poignardée et brûlée dans son appartement parisien. « Est-ce que la voisine qui a dénoncé le papa de Sophie, elle a été en prison ? », « Mais pourquoi les Juifs, ils ne se sont pas révoltés ? »... Les animateurs se doivent de conclure malgré le nombre de doigts levés.

En quittant la salle, les enfants recevront chacun un exemplaire du livre de Sophie, avant de nous livrer leur ressenti. « On dit souvent que les enfants cachés ont eu de la chance, mais en réalité, ils ont aussi eu de la douleur dans leur cœur », souligne Téné, 11 ans. « Hitler disait que c’était de la faute des Juifs, mais on ne peut pas dire des choses comme ça, sans connaitre les gens, c’est comme ceux qui disent que tous les musulmans sont des terroristes », poursuit son amie Fatou. « C’était très intéressant d’entendre une histoire vraie », relève Sarah. « Et puis, le papa de Sophie est tout de même revenu, ça montre qu'il y a aussi un peu de positif… ».

L’équipe de « La Haine, je dis NON ! » a elle promis qu’elle ne manquerait pas de répondre à toutes les questions restées en suspens, puisqu’elle retournera voir les élèves dans leurs classes cette fois pour poursuivre ses explications dès le mois prochain. En espérant faire germer la graine du vivre-ensemble.


 
 

Ajouter un commentaire

http://www.respectzone.org/fr/