Au CCLJ

Philippe Alexandre et sa tribu plus que française

Mardi 3 avril 2018 par Véronique Lemberg
Publié dans Regards n°880 (1020)

A travers l’histoire de sa famille, le journaliste politique Philippe Alexandre retrace dans Ma tribu plus que française (éd. Robert Laffont) l’histoire de l’intégration des Juifs de France depuis leur émancipation jusqu’au régime de Vichy. Il présentera ce livre le jeudi
3 mai 2018 à 20h au CCLJ.

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    Journaliste et écrivain, Philippe Alexandre a longtemps commenté l’actualité politique sur les ondes de RTL. Réputé pour son humour et son sens de la formule, il restituait avec talent les grandeurs et les bassesses du sérail politique. En bon journaliste, il ne parlait pas de lui, mais de ceux qu’il observait sous toutes les coutures. Avec son dernier livre, Ma tribu plus que française, il raconte l’ascension sociale et l’assimilation de sa famille juive depuis le 18e siècle jusqu’à l’Occupation lorsqu’il découvre qu’il est juif.

    Quand il est baptisé en 1941, à l’âge de 9 ans, en l’église Saint Nicolas du Chardonnet (qui deviendra en 1970 le sanctuaire des catholiques intégristes peu versés dans l’amour des Juifs) pour échapper aux nazis, Philippe Alexandre n’a jamais entendu parler de Dieu. Et encore moins des chrétiens et des Juifs. Il ignore aussi qu’avec trois grands-parents israélites, comme on les appelait alors, il était condamné mort. Plus de 70 ans après la Guerre, il a voulu savoir d’où il venait puisque personne n’avait jamais cru bon de l’éclairer sur son identité. Dans cette histoire familiale, il nous montre comment sa « tribu » est devenue plus que française.

    « Il m’a fallu une patience de bénédictin pour marcher sur les traces du patriarche de la tribu qui s’appelait Isaac », se souvient Philippe Alexandre. L’histoire de sa famille est intimement liée à celle des Juifs en France, ou plus précisément des Français israélites. De Forbach, ville de Lorraine où ses ancêtres ont longtemps vécu, à Paris où ils ont prospéré, cet ancien journaliste politique explore avec tendresse et lucidité l’ivresse émancipatrice de la Révolution faisant des Juifs de France des citoyens français à part entière, leur intégration socio-économique à la France tout au long du 19e siècle et leur adhésion passionnée à la patrie et à la République. C’est ainsi qu’Hayem, le premier de cette « tribu » déclare : « Moi, je suis juif, mais plus français que juif ».

    Le Second Empire et la Troisième République sont des périodes bouleversant le visage de la communauté juive : on désapprend l’hébreu, on se dépouille de tout vêtement traditionnel et on adopte progressivement des prénoms français. L’affaire Dreyfus et avant cela la libération de la parole antisémite suscitée par la publication de La France juive d’Edouard Drumont (1886) ébranlent les israélites. « Non qu’ils aient eu à en souffrir dans leur marche inébranlable vers le progrès ni que la République leur ait refusé cette intégration qui était leur raison de vivre », souligne Philippe Alexandre. « Mais cette incroyable erreur judiciaire reconnue et amendée par l’Etat jette forcément une ombre sur la promesse de la Révolution que tous les citoyens de France seraient toujours libres et surtout égaux ».

    Patriotisme

    Cette affaire qui dessinera pour longtemps les lignes de fractures politiques en France ne brise pas pour autant le patriotisme des Juifs de France et leur adhésion aux valeurs républicaines. Lors de la Première Guerre mondiale pendant laquelle la tribu de Philippe Alexandre perd beaucoup de ses hommes dans les tranchées. Bob, le père de Philippe, devenu le meilleur ami d’Aragon au Lycée Carnot, est engagé volontaire à 17 ans. « Les Juifs savent bien que risquer sa vie pour défendre la patrie, c’est le moyen le plus glorieux et irréfutable de faire rentrer dans les gorges antisémites ce cri de “Mort aux Juifs” qui tout à coup fait honte », détaille Philippe Alexandre.

    Au fil des générations, personne, dans cette famille, n’a voulu revenir en arrière. Tous ont suivi un processus appelé tantôt assimilation, tantôt intégration. « Et deux siècles plus tard, me voici, moi, leur fils, juif sans le savoir, chrétien sans l’avoir voulu, français -ni intégré ni assimilé-, français plus que français, rien que français ».


     
     

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