Education

Le passage à l'école, quel âge idéal?

Mardi 20 juin 2017 par Géraldine Kamps

De la crèche à l’école, il n’y a qu’un pas ou presque. Si la tendance des parents est de retirer leurs enfants de la crèche de plus en plus tôt, les spécialistes de la petite enfance se montrent nettement plus prudents. Sandra Sciama, psychopédagogue, nous en parlera plus en détails ce mercredi 21 juin 2017 à 19h30 au CCLJ.

 
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    Vous estimez qu’un enfant de 2,5 ans est trop jeune pour faire son entrée à l’école, pour quelle raison ?

    Tout à fait, quand certains parents ne choisissent pas de les faire rentrer plus tôt encore, à partir de 2 ans parfois. Si beaucoup font ce choix pour des raisons pratiques, ayant déjà un ainé à l’école, il faut insister sur la fait que les modalités d’accueil et les conditions de vie de l’enfant sont très différentes. A la crèche, les petits passent toute la journée avec la même personne, qui leur sert de référent, de repère, tandis qu’à l’école, il y une discontinuité de la prise en charge de la journée, avec des enfants qui se retrouvent avec une autre personne à chacune de leurs occupations. Cela concerne aussi le nombre d’enfants par adulte, limité dans la crèche à 6-7 enfants, alors qu’on compte bien souvent 20, voire 30 enfants pour deux adultes à l’école. Les instituteurs ne sont pas non plus formés pour s’occuper, par exemple, des soins corporels des plus jeunes, que ce soit au niveau de la propreté, de l’hygiène, ou des repas.

    Quels sont les effets pour les enfants ?

    A l’âge de 2 ans, l’enfant n’a pas la capacité de se trouver dans un groupe sans accompagnement individualisé et peut se sentir potentiellement perdu de devoir se gérer seul. Cela peut entrainer chez lui un sentiment d’insécurité, mais aussi une dépense d’énergie très importante pour s’y retrouver, avoir des points de repère et des relations satisfaisantes avec les autres enfants. Tous les enfants ne sont pas égaux dans ce contexte, et cette dépense d’énergie peut se faire au prix d’un gros travail psychique que l’enfant pourrait dépenser à l’apprentissage, à la construction de compétences et d’observations, en étant accompagné dans ses découvertes.

    Qu’est-ce qui change à 3 ans ?

    On décrit l’âge de 0 à 3 ans comme celui de la socialisation « primaire ». A 3 ans commence l’âge de la socialisation « secondaire », c’est-à-dire que l’enfant devient capable de respecter les règles en vigueur sans perdre son identité, sans avoir ce besoin essentiel d’un adulte attentif à ses besoins. Certaines écoles exigent aussi que l’enfant soit propre à l’âge de 2,5 ans, en créant une pression chez les parents. Avec le risque que l’enfant développe même une opposition à l’école dès le plus jeune âge. C’est étonnant, parce que l’on constate d’une part, une évolution importante de notre société quant à l’écoute de l’enfant, et pour ce qui touche à la propreté, on en revient à une régression qui rappelle l’âge de nos grands-mères. Il y a une incohérence totale entre la liberté d’expression qu’on laisse aujourd’hui à nos enfants et ce conditionnement que l’on exige d’eux pour ce qui touche leur plus profonde intimité.

    Certains pensent aussi que les plus grands s’ennuient à la crèche, qu’ils y « perdent leur temps », que leur répondez-vous ?

    Les enfants de 2,5 ans-3 ans ont bien sûr des besoins différents : on leur proposera des activités participatives, de la manipulation (peinture, bricolage), des histoires, des petites sorties, pour les éveiller la culture, les ouvrir à l’exploration. Ils apprendront à écouter, à partager, ils découvriront les livres… La formation des puéricultrices n’est souvent pas suffisamment approfondie pour les plus grands et, par manque de places, les crèches poussent souvent les enfants vers la sortie pour accueillir les bébés. Les grands demandent aussi un investissement plus lourd pour les puéricultrices. C’est un cercle vicieux. Le fait de rester à la crèche jusque 3 ans est pourtant essentiel, pour permettre à l’enfant de devenir acteur de ce qui lui arrive, en douceur.

    * Sandra Sciama est psychopédagogue dans les crèches de la Commission européenne depuis plus de vingt ans et formatrice de puéricultrices aux CEMEA (Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active).

    Des places chez les grands à la crèche !
    Crèche Nitzanim - Rachel Kemp : quelques places se libèrent pour des enfants nés entre mars 2015 et novembre 2015.
    Vous êtes intéressé ? Pour plus d'informations, contactez Liora au 0496/10.61.56


     
     

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