Au CCLJ

Leibowitz, une parole prophétique

Mardi 24 octobre 2017 par Nicolas Zomersztajn

La rencontre avec Yeshayahou Leibowitz, la « mauvaise conscience d’Israël », a considérablement influencé le parcours intellectuel du psychanalyste français Gérard Haddad. Dans la conférence qu’il donnera au CCLJ le 26 octobre 2017 à 20h, Gérard Haddad expliquera dans quelle mesure la parole de Leibowitz était prophétique.

 
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    En apparence, tout les sépare. Gérard Haddad est un Juif français d’origine tunisienne ayant fait le choix de la psychanalyse sous l’égide de Jacques Lacan. Né à Riga (Lettonie) en 1903, Yeshayahou Leibowitz a quant à lui immigré en Palestine mandataire en 1929. Après des études à Heidelberg et à Bâle, il devient professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem où il a enseigné la neurophysiologie, la chimie organique, la biologie et la philosophie jusqu’à la fin de sa vie en 1994. La rencontre entre ces deux hommes aux profils différents sera pourtant décisive pour Gérard Haddad, même si elle est intervenue tardivement. « J’ai découvert un libre penseur comme je n’en ai jamais connu », souligne Gérard Haddad. « Ainsi il avait très tôt pris des positions audacieuses suite à la guerre des Six Jours. Alors que de nombreux intellectuels juifs s’excitaient et s’enthousiasmaient sur cette guerre éclaire qu’ils qualifiaient d’extraordinaire et messianique, Leibowitz jugeait cette victoire militaire comme le plus grand désastre de l’histoire juive depuis Auschwitz ». Un type de comparaison qui peut légitimement susciter de sérieuses réserves. « Vu de loin, cette position paraît antipathique », reconnaît Gérard Haddad. « Mais l’expérience et les lectures m’ont rapproché de lui. Ce fut une espèce de coup de foudre à double détente. Au départ, le salut intellectuel m’est venu de Maïmonide. Or, il se trouve que ce penseur juif médiéval était également la référence absolue de Leibowitz ».

    Unanimement considéré comme l’un des grands esprits du 20e siècle, Yeshayahou Leibowitz ne pouvait être enfermé dans une catégorie. Juif orthodoxe, il défendait inlassablement la séparation totale de la religion et de l’Etat, tout comme il n’a cessé de combattre l’existence du Grand rabbinat qu’il comparait à une prostituée entretenue par l’Etat ! Sioniste convaincu ayant fait son alya en 1929 et ayant combattu dans les rangs de la Haganah en 1948, il n’a cessé de dénoncer l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Leibowitz estimait que la politique d’occupation des territoires palestiniens salissait le nom de tout le peuple juif et pervertissait la société israélienne. C’est la raison pour laquelle il répétait souvent en criant ce verset de Jérémie : « Je vous couvrirai d’une honte éternelle, d’un opprobre éternel que l’on n’oubliera pas ».

    Mauvaise conscience d’Israël

    Ses nombreuses mises en garde adressées aux responsables politiques israéliens ont accru sa notoriété en Israël et à travers le monde. Mauvaise conscience d’Israël pour les uns, nouveau prophète d’Israël pour les autres. « Quand je l’ai vu, quelque chose en moi s’est unifié », se souvient Gérard Israël. « J’avais devant moi un nouveau prophète d’Israël. C’est comme si Isaïe revenait. La parole que Leibowitz portait était foudroyante. Il pointait le réel de son doigt. Si on est idiot, on ne voit que le doigt, mais si on possède une once d’intelligence, on voit ce que désigne le doigt. Avec Leibowitz, j’avais compris qu’Israël ne pouvait pas continuer comme ça ». A travers les nombreux entretiens qu’il a eus avec Yeshayahou Leibowitz, Gérard Haddad a pu cerner les différentes facettes de cette grande figure intellectuelle impossible à saisir en une seule formule.


     
     

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