Au CCLJ

Isi Halberthal, nouveau président du CCLJ

Mardi 3 septembre 2019 par Nicolas Zomersztajn
Publié dans Regards n°1049

Figure emblématique de la vie politique d’Etterbeek dont il fut échevin pendant vingt ans, et militant de longue date du CCLJ, Isi Halberthal a été élu le 6 juin dernier président du conseil d’administration de cette organisation qu’il connaît bien. Cet ami proche de David Susskind lui avait en effet succédé à la présidence du CCLJ entre 1983 et 1984.

Quelle est la nature du lien qui vous unit au CCLJ ?

Mon rapport au CCLJ est presque filial, même si je ne me suis jamais considéré comme le fils ni l’héritier de Suss. C’était un ami et nous avions un parcours similaire. Comme lui, je suis originaire d’Anvers et je suis issu d’une famille religieuse. Et comme Suss, j’ai cessé d’être croyant lors de mon adolescence. Comme de nombreux Juifs de ma génération, je me suis engagé à gauche. Ce choix de justice et d’égalité pour tous était évident, même si les communistes et l’extrême gauche antisioniste avaient à mes yeux un curriculum vitae imbuvable. Très vite, l’option du CCLJ est apparue clairement après mes études d’ingénieur polytechnique à l’ULB. J’ai donc rejoint le CCLJ dès la fin des années 1960 et j’ai accompagné tous ses combats, jusqu’à accepter d’en être le président en 1983. Le CCLJ fait donc partie de ma vie depuis longtemps.

Que représente le CCLJ au sein du monde juif ?

Il y a une anecdote que je raconte chaque fois qu’une personne me demande ce qu’est le CCLJ. Lors d'un congrès mondial des organisations juives laïques organisé au CCLJ en 2002, le rabbin Sherwin Wine, une des figures majeures du judaïsme humaniste américain, a déclaré dans son discours d’ouverture qu’il était très heureux de participer à ce congrès organisé dans le plus grand et le plus important centre juif laïque au monde ! Et c’est vrai. Le CCLJ est unique dans le monde juif. Ce que Suss et tous ceux qui l’ont accompagné dans cette aventure ont réalisé est une réussite extraordinaire. Mais au-delà de cette anecdote, le CCLJ offre surtout aux Juifs la possibilité d’une intégration totale dans la société où ils vivent, sans verser dans l’assimilation culturelle complète. Il permet aux Juifs de se tenir sur deux jambes : celle de la fidélité à leur identité et celle de leur intégration à la société en tant que citoyen. Si une de ces deux jambes se casse, le CCLJ perd sa raison d’être.

Comment éviter la perte de l’identité juive ?

Nous devons accorder une place essentielle à la connaissance et à la culture. Dans le Talmud, il est écrit que les Sages détestent trois catégories d’individus : le pauvre qui joue au riche, le vieux qui court après les jeunes femmes et surtout, l'ignorant qui joue au sage. Il faut comprendre cette dernière détestation comme une valorisation de la connaissance dans le judaïsme. Un Juif, même laïque, ne peut ignorer sa culture, son histoire et ses traditions. Il n’y a rien d’exceptionnel dans ce que je dis en tant que Juif laïque. Déjà dans les années 1950, le très laïque Ben Gourion ne cessait d’insister sur la transmission de la culture juive. Suss avait également saisi cette nécessité et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’hésitait pas à inviter à la tribune du CCLJ des personnalités éminentes du judaïsme, comme les rabbins Josy Eisenberg, René-Emmanuel Sirat, Adin Steinsaltz… Si un centre communautaire comme le CCLJ se veut l’expression de la vie juive, il se doit de perpétuer notre culture.

En tant que président du CCLJ, quel est le projet qui vous tient à cœur ?

J'aimerais amorcer une réflexion sur le judaïsme laïque en termes de contenu et de rituels. Non seulement le rituel donne du sens, mais il procure aussi des émotions. Si l’individu n’a pas d’émotion, à quoi appartient-il ? A rien. Pour que le CCLJ et le judaïsme laïque puissent s’inscrire dans la durée, cette réflexion est nécessaire. En ce qui me concerne, l’assimilation n’est pas un problème religieux. Ceux qui ont besoin de donner du sens à leur identité juive se sont souvent accrochés à deux choses : la Shoah et le soutien inconditionnel au gouvernement israélien, quel qu’il soit. Ces deux référents identitaires remplissent un vide qui, selon moi, doit être comblé autrement et de manière positive. Cette réflexion ne peut être menée exclusivement par le CCLJ. Pour ce faire, nous devons impliquer des associations ou des personnalités du monde juif francophone, car même s’il n’est pas formulé de la même manière, ce besoin existe aussi dans ces communautés juives.


 
 

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http://www.respectzone.org/fr/
  • Par Karsten De Clerck - 3/09/2019 - 20:56

    Mille fois merci à Henri et re-bienvenu à Isy amitiés karsten

  • Par Eveline Witjas - 3/09/2019 - 21:13

    Isi, mazzeltov pour ta nomination comme président de CCLJ. Je ne sais pas si tu te rappelle de moi, nous étions ensemble au Bne Akiva. JH'habite la Hollande et Marthe Schipper (Gencarelli) est toujours mon amie.
    Bient à toi, Eveline

  • Par Amos Zot - 4/09/2019 - 7:32

    D'accord sur presque tout ce que dit Isi mais j'ajouterai qu'il faudrait aussi réfléchir en priorité à ce que j'appellerais la désinformation quasi systématique relative au conflit au Moyen-Orient où le CCLJ et Regards jouent malheureusement un rôle assez négatif.
    Veuillez dorénavant utiliser les mêmes critères pour critiquer Israël
    et les autres pays du monde en ce compris les diverses entités avec lesquelles Israël est amené à négocier.
    Fini le 2 poids 2 mesures : je ne sais pas si c'est écrit dans le Talmud mais si on n' applique pas ce simple principe de bon sens , cela ne sert à rien de l'étudier ou de s'y référer.

  • Par ezekiel - 4/09/2019 - 17:13

    Comment éviter la perte de l’identité juive ? se demande le président du CCLJ

    En organisant des activités intra muros le jour de Kippour.

    Aucune autre organisation juive ne se permettrait de faire cela.

    Je ne suis pas religieux mais là je dis : STOP

  • Par Amos Zot - 6/09/2019 - 12:47

    Ezekiel,

    Tu n'es peut-être pas religieux mais tu n'es pas laïc.
    Pourquoi les Juifs laïcs ne pourraient pas comme les Juifs religieux se réunir à l'occasion de Yom Kippur.
    Par contre, je dis stop à l'insertion dans Regards des caricatures insultantes de Kichka qui ne font même pas rire contrairement à certains gags de l'antisémite Dieudonné
    Utiliser le terme de colon pour les Juifs de Judée Samarie alors que depuis plus de 70 ans les dirigeants palestiniens n'ont pas raté une occasion de rater une occasion de faire la paix ,c'est de la désinformation et d'après moi de l'antisémitisme sur base de la définition de l'antisémitisme adoptée par le parlement européen.

  • Par Rina - 6/09/2019 - 14:27

    Ezekiel,

    Généralement vos post m'insupportent au plus haut point car vous passez votre temps à critiquer le CCLJ qui a la bonté de vous laisser la parole.

    Mais ici je suis d'accord avec vous : organiser des activités le jour de Kippour n'est ni plus ni moins qu'un acte odieux en plus d'être un très mauvais exemple pour nos enfants.

    Je ne sais pas s'il est exact que le CCLJ le fait comme vous le prétendez et j'aimerais recevoir une réponse de la part des responsables. Si tel devait être le cas je résilierais immédiatement l'abonnement à Regards de ma société à titre de protestation.

    Rina

  • Par ezekiel - 7/09/2019 - 14:49

    Amos,

    Parce que la fête de Kippour doit être celle du respect de nos traditions.

    On peut un jour par an se passer de prendre la voiture ou le métropolitain ou le bus pour se rendre au CCLJ.

    D'après moi à Kippour on va à la synagogue (à pieds) ou on reste chez soi.

    Je veux bien que d'autres pensent autrement c'est bien le minimum, je ne donnais que mon opinion.

    E.M.

  • Par Laura Liberatore - 29/10/2019 - 18:28

    Welcome cher Isi! Quelle responsabilité à un moment où le monde bouge tellement!
    Je te souhaite beaucoup de courage mais cela tu en as! Et de liberté pour mener à bien ton contrat moral.
    Dans le temps, je parle des années '90, nous avions davantage de conférences kabalistiques. Avec M-A Ouaknin, par ex. j'avais assisté plus d'une fois à des séances de "pensée en marche", pensées immédiates et échanges tellement fructueux avec le public. Il y en a quelques-uns comme lui qui je suis sûre ne demanderaient pas mieux de revenir…
    Et je pense réellement qu'il y a un public pour…
    Les dernières conférences auxquelles j'ai assisté n'arrivaient pas à la hauteur de ce haut lieu de la Pensée qu'était le CCLJ!
    J'espère que tu pourras à nouveau élever le débat!
    Bonne Présidence et cordial souvenir! Laura (ex-Bambina) Liberatore

  • Par samuel - 3/11/2019 - 15:18

    Monsieur le Président,

    Les statuts du Consistoire prévoient ils une mesure de destitution envers son Président dans le cas où ce dernier aurait commis une faute grave ?

    Merci pour votre réponse

    Samuel

  • Par samuel - 14/11/2019 - 16:13

    Décidément à croire qu'il suffit d'être non intelligent pour devenir dirigeant communautaire
    Après la sortie débile du président du consistoire concernant la nouvelle première ministre voilà que le président du ccojb se distingue aussi. On aurait préféré qu'il le fasse lorsque la situation le justifiait mais ici voilà qu'il lance un appel aux juifs de Belgique pour loger des civils israéliens victimes de la barbarie des terroristes du Djihad islamique. Alors que cela soit clair : les civils israéliens n'ont jamais demandé à qui que ce soit de les loger.

    Samuel