Au CCLJ

Ils étaient juifs et résistants

Lundi 31 octobre 2016 par Stéphane Meyer

En 1940, les Juifs représentent une infime fraction de la population française. Ils sont en revanche très nombreux dans tous les mouvements de résistance. Le documentaire Ils étaient juifs et résistants d’Alain Jomy a pour ambition d'évoquer leur mémoire. Il sera projeté le mercredi 9 novembre 2016 à 20h au CCLJ en présence du réalisateur.

 
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    Une communauté plurielle, dispersée et surtout citoyenne de la République ne peut par essence entreprendre d’action armée singulière, a fortiori lorsque le génocide n’est pas une guerre conventionnelle, mais une véritable traque. C’est la raison pour laquelle, en France, la Résistance prend d’abord des formes sociales et humanitaires. Il s’agit de parer aux besoins de la communauté juive dont on pressent déjà la détresse à venir. Des cantines populaires, des dispensaires, des comités d’immeubles et des organisations scolaires clandestines sont créées.

    Ensuite, la résistance juive est rapidement complétée par une série d’actions clandestines : faux papiers, aide illégale aux Juifs, évasions et sauvetages des enfants. A partir de l’été 1942, des organismes juifs se spécialisent dans le sauvetage d’adultes et d’enfants juifs. Du Comité de la Rue Amelot (Paris) à l’OSE (Œuvre de secours aux enfants), le sauvetage des enfants prend une place significative dans la Résistance juive. « Quand le génocide est une chasse exterminatrice, c’est là le sens principal du mot résistance », souligne Georges Bensoussan, historien français spécialiste de la Shoah. Ainsi, l’OSE cache plus de 2.000 enfants juifs dans ses homes et organise l’exfiltration de près de 1.000 autres vers la Suisse. Près de 10.000 enfants juifs sont mis à l’abri par d’autres organismes juifs.

    Le passage de la résistance humanitaire à celle plus ciblée contre l’occupant allemand se fait naturellement. Dans cette forme de résistance, la presse juive clandestine, tant en français qu’en yiddish, joue un rôle déterminant. Elle devient même une voix unique au sein de la presse clandestine française, car elle est riche d’informations sur les persécutions et les déportations des Juifs de France.

    Comme tous les résistants, les Juifs viennent d'horizons divers, et leur entrée dans la résistance est liée à une formation politique ou à un idéal. Cette résistance a été multiple, variée, à l'image de ceux qui la composent. C’est ainsi que les Juifs seront surreprésentés au sein de la France libre à Londres. S’ils rallient le général de Gaulle, ce n’est pas en tant que juifs, mais avant tout par patriotisme. « Toutefois, cet engagement résistant revêt une signification collective, parce qu’ils sont nombreux et que cet engagement est précoce », nuance Renée Poznanski, historienne israélienne spécialiste de la résistance juive en France.

    Lutte armée

    Il existe néanmoins des groupes de résistants juifs qui mènent la lutte armée en tant que tels. Dans le sud-ouest de la France, la modeste armée juive fondée en 1942 à Toulouse devient l’Organisation juive de combat (OJC). Des mouvements juifs de jeunesse, tels que les Eclaireurs israélites (EI) ou l’Hashomer Hatzaïr, se joignent aussi à la résistance armée et au sauvetage des enfants. Et fait peu connu, près de 80% des combattants qui ont concouru au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Algérie sont juifs !

    Enfin, lorsqu’on évoque la lutte armée contre les Allemands, on ne peut passer sous silence le courage des combattants juifs des FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée) liés au Parti communiste français. Actifs dans les régions toulousaine, lyonnaise et marseillaise, c’est surtout à Paris que les FTP-MOI vont entrer dans la légende. En 1943, les actions les plus spectaculaires de la Résistance à Paris sont commises par les FTP-MOI juifs.

    Cette participation importante des Juifs à la résistance antinazie met à mal le cliché de la passivité juive face à leur destruction. Pour survivre, les Juifs ont dû lutter, car comme l’explique Adam Rayski, un ancien combattant des FTP-MOI : « Sur les horloges de l’Histoire, les aiguilles avançaient plus vite pour les Juifs que pour les autres peuple de l’Europe occupée ».

    Infos et réservations : 02/543.01.01 ou info@cclj.be


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par BOAZ - 31/10/2016 - 15:49

      Bonjour Stéphane,

      Tout en saluant l'hommage que vous rendez à ces combattants, il m'arrive de regretter que peu d'historiens rendent hommage aux juifs combattants dans les forces alliées , et notamment :

      -Charles Trepel ( fusiliers-marins commando)
      -Max Guedj ( Normandie Niemen)
      -Pierre Mendès France ( groupe de bombardement Lorraine)

      .....sans compter les nombreux Juifs algériens , qui contraints par l'administration Giraud d'être mobilisés dans des bataillons de "pionniers " désarmés, ont franchi la frontière marocaine et se sont engagés dans les FFL, soit dans les commandos d'Afrique, soit au 1er RCP !

    • Par Claude Mercutio - 31/10/2016 - 22:46

      Le patriotisme des Juifs à l'égard de la France a commencé très tôt : bien que citoyen turc, mon père faisait partie des "Saloniciens de Paris" (son père s'était marié et installé à Salonique). Au moment où la guerre semblait imminente, mon père s'est engagé volontaire 3 jours avan tle 1er Septembre 1939. Ma mère était folle : "Tu as un tout petit garçon : si tu pars et meurs, je serai veuve avec un enfant ! Et tu es TURC en plus !" Tous les amis Saloniciens de papa, que je connaisais depuis que j'avais ouvert les yeux ont fait de même. Ils se sont engagés spontanément, reconnaissants que la France les ai acceptés. Donné une photo de mon père en uniforme à mon fils. Tous ses amis du café-restaurant "Les Petits Carreaux" (rue du même nom), tous ceux de Cadet et le Pelletier, les habitués du restaurant grec célèbre "Les Diamantaires" (rue La Fayette) ont fait de même. Ils étaient fous de la France. L'un, un colosse surnommé "Glou-Glou" (le raki !) est revenu d'Auschwitz, nous a remis la gamelle du frère cadet de mon père assassiné par un caporal sadique 2 jours avant l'arrivée des Russes. (il tuait 2 Juifs à coups de matraque tous les matins durant l'appel). Au hasard). "Glou-Glou" pesait dans les 100 kilos. Au retour, 42 seulement, il flottait dans d'immenses guenilles ...

    • Par BOAZ - 1/11/2016 - 18:14

      @Claude : le régiment de votre père n'était-il pas le 22ème Régiment de Marche de Volontaires Etrangers, rattaché à la Légion, dit "régiment des ficelles" ....car il n'y avait pas assez de cuir pour leur fabriquer des bretelles pour leurs fusils ?

    • Par Chalon liliane - 2/11/2016 - 22:30

      Mon père, juif, né en 1921, s'était réfugié à Cluny (71) est entré dans la Résistance: maquis de CRU. Il a participé à des combats armés: bataille d'Azé, libération de Cluny, puis de Macon, avant de rejoindre la 2èDB dans l'est

    • Par Jozef Kwaterko - 4/11/2016 - 17:03

      Ils font partie du patrimoine mondial de la mémoire...hommage, honeur et respect...