CCLJ Spécial 60 ans

Happy 60 au CCLJ !

Mardi 4 Février 2020 par Propos recueillis par Géraldine Kamps
Publié dans Regards n°1058

Tout au long de ces 60 années, les personnalités ont été nombreuses à intervenir au CCLJ et à le soutenir dans ses combats. Certaines d'entre elles ont noué avec notre Centre des relations particulières. Voici leurs témoignages.

La JJL aussi fête les 60 ans du CCLJ !

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    בן ששים לזקנה (Pirkei Avot 5:21). Selon l’enseignement du Pirkei Avot, soixante ans serait l’âge de la vieillesse. Le CCLJ oserait-il faire mentir la sagesse de nos textes, alors qu’il s’apprête à fêter ses soixante ans ? Serait-ce dans les habitudes, voir dans l’ADN de ce véritable centre d’un Judaïsme vivant à l’écoute de son temps, que de faire trembler les paroles de notre tradition ? La réponse, nous la connaissons tous. Un centre juif laïque, témoin des sensibilités d’une large portion de la communauté juive, par nécessité bouscule nos savoirs passés, nos espoirs de certitudes et plus encore les piliers d’une identité juive que nous avions pensé être enracinée dans la fidélité à la loi religieuse et à sa foi. Réfutant certes tout sentiment d’existence d’une obligation divine qui enjoindrait aux Juifs le respect des commandements, le CCLJ par son audacieuse créativité, sait pourtant dépasser un refuge trop facile dans l’indéfinissable « identité culturelle juive », pour enraciner « son judaïsme » dans la richesse inépuisable du questionnement véhiculé par le Talmud ou le Midrash. Comme rabbin, c’est dans justement le refus tenace du CCLJ d’abandonner le Judaïsme aux « répéteurs de la Torah » (משנים) qui s’auto-proclament « gardiens du Temple » de la tradition -que le Midrash qualifie d’ailleurs sans complaisance de « destructeurs de la ville » (חרובי קרתא)-  que se loge mon amitié et mon respect pour cette belle institution du Judaïsme bruxellois que j’ai pu connaître et côtoyer durant mes années en Belgique. Rebelle, car fidèle à l’esprit révolté du savoir rabbinique qui interroge et invite à une éternelle remise en cause, le CCLJ n’est pas seulement présent pour ceux qui ne se retrouvent pas dans le Judaïsme des synagogues. Le CCLJ est une nécessité pour le Judaïsme lui-même. Il me semble avoir vocation à faire vivre une tradition du questionnement qui s’adresse à tous, dans l’esprit d’une recherche de sens jamais satisfaite et toujours à construire.  

    David Meyer, Rabbin

    J’ai appartenu à ces jeunes qui revenaient des camps, et le CCLJ, créé par « Suss » et ses copains dont j’étais, a constitué un outil formidable de résilience qui m’a aidé personnellement après la mort et toutes les violences subies, comme beaucoup d’autres dont je me suis occupé et qui étaient dans les homes pendant la guerre. Un outil qui a permis une intégration sociale, culturelle, et politique ensuite, pour retrouver une forme d’appartenance à l’identité juive, avec ses racines et ses rituels de transmission, avec aussi un sens de la vie, de la joie, et de la compétition positive. Je souhaite que le CCLJ poursuive dans cette voie, en tenant compte bien sûr de l’évolution de la spirale sociale des changements et parfois des conflits, comme on peut le voir avec la résurgence de l’antisémitisme. Le CCLJ constitue pour moi aussi un outil de participation et de responsabilisation sociale, un outil de vigilance qui fait appel à notre intégration citoyenne, et pas seulement en Israël. C’est une chance de disposer d’une organisation comme cela, c’est donc très important de continuer à la faire vivre et à la développer.   

    Siegi Hirsch, Thérapeute

    La raison sociale, la dénomination du « Centre communautaire laïc juif David Susskind » constitue pour beaucoup parmi nous le programme d’une utopie « réalisée ».

    Oser prétendre le particularisme communautaire compatible avec le respect universel de la singularité des citoyens, c’est là que résidait l’audace, l’innovation et, me permettrais-je, la clairvoyance de ses fondateurs.

    Entretenir la flamme d’une laïcité militante au sein d’une communauté qui se fonde à la fois sur des traditions culturelles, cultuelles, ethniques ou religieuses, voire plus simplement sur un sentiment d’appartenance à une histoire commune permet d’illustrer l’idée selon laquelle l’individu ne naît pas individu. Il se détoure en s’émancipant de la gangue protectrice, communautaire. Il accède alors à la citoyenneté du monde sans avoir à renier sa communauté. Une communauté dont le mérite est précisément de lui avoir permis cet accès par l’émancipation qui contribue à sa richesse.

    Soixante ans plus tard, le Centre n’a pas pris une ride. La modernité de la démarche, pourtant évidente, ne cesse d’étonner, d’inspirer toutes celles et ceux pour lesquels « connaître, c’est sortir de soi », questionner nos prérequis, interroger nos certitudes.

    Voici pour moi la plus belle vertu du CCLJ, exemple d’une laïcité active, antidote du communautarisme et du repli identitaire. Je lui souhaite ainsi qu’à vous tous un joyeux anniversaire. 

    Henri Bartholomeeusen, Président du Centre d’Action Laïque (CAL)

    Laïc et Juif sont deux mots pleins de sens à mes yeux. Ne vivant pas en Belgique, je suis moins exposé à l’aspect Centre Communautaire. C’est au début des années 80 que j’ai connu le CCLJ, quelques années après avoir fait mon alya. J’ai eu la chance d’y passer une dizaine de jours pour renouveler la maquette et le logo de Regards. J’y publie régulièrement mes caricatures politiques dans une page appelée « L’œil de Kichka », sous l’œil bienveillant de Nicolas Zomersztajn et de Géraldine Kamps. Il y a quelques années, j’ai exposé au CCLJ une sélection de cinquante dessins. Lors du vernissage un homme s’est adressé à moi : « J’ai fait le compte, sur 50 dessins, 32 s’attaquent à Bibi. Est-ce que vous n’exagérez pas un peu ? ». Je lui ai répondu du tac au tac : « C’est lui qui a commencé ! ».

    Cette anecdote illustre bien la relation que j’entretiens avec le CCLJ par le biais de Regards. Il y a d’une part la laïcité juive à laquelle je m’identifie totalement, avec son côté universaliste et militant dans un monde juif qui a tendance à se refermer sur lui-même et à se droitiser. Par ailleurs, le CCLJ œuvre depuis toujours pour une recherche de la paix. Recherche qui est la vision juste du projet sioniste. La seule qui porte en elle une promesse d’avenir. Le CCLJ de David Susskind a été le lieu des premières rencontres entre représentants israéliens et palestiniens pour dialoguer à une époque où ces rencontres étaient condamnées en Israël et punissables par la loi. Militantisme, humanisme, engagement, éducation, dialogue, sont les valeurs que le CCLJ porte haut. Vu d’Israël, c’est rassurant de savoir que la voix du CCLJ se fait entendre tant à l’intérieur de la communauté qu’à l’extérieur. 

    Michel Kichka, Dessinateur

    Ma relation avec le CCLJ est ancienne, au moins une dizaine d’années. Pour l’écrivain et le militant que je suis, il est devenu un passage obligé chaque fois que je publie un nouveau roman. Mes rencontres ont toujours été de grands moments, tout y est pour avoir envie d’y revenir : la bonne organisation, un accueil chaleureux, des débats passionnants, animés par des modérateurs qui savent aller à l’essentiel dans un climat d’intelligence et d’amitié qui se terminent par ce plaisir qu’est la conversation autour d’un bon repas.

    Je me souviens que ma première visite a été organisée et animée par Jean-Marc Finn. J’ai eu l’honneur et le plaisir à cette occasion de rencontrer Mme Simone Susskind.

    Je dois le dire : j’ai aussi ressenti une grande gêne de voir le centre hautement sécurisé (policiers, portes blindées, caméras…). C’est hélas la triste et horrible réalité : partout dans cette belle Europe des libertés, les Juifs sont obligés de barricader leurs institutions (centres culturels, écoles, synagogues…). 

    Boualem Sansal, Ecrivain

    J’ai toujours été un admirateur inconditionnel pour ce que représente le CCLJ et sa fonction d’accélérateur de la compréhension du monde, avec une équipe constituée de personnes très diverses, parfois même opposées dans leur grille politique, mais qui partagent une vision du monde universaliste. Et je ne peux que rendre hommage à Simone et David Susskind qui me l’ont fait découvrir. Quand j’ai créé l’Espace Magh, avec l’objectif d’un centre des cultures maghrébines et méditerranéennes laïque, mon modèle a été le CCLJ. Le CCLJ est un phare pour moi dans sa manière de gérer la situation, avec des tendances qui vont des sionistes de droite aux sionistes de gauche, en passant par les progressistes, avec une vision de deux Peuples deux Etats, et des campagnes de mobilisation magnifiques. Ce qui m’intéresse, c’est son travail citoyen (La Haine, je dis non !), mais aussi son travail de mémoire, et sa lutte contre l’antisémitisme qui a toujours été mienne. Le CCLJ a une vraie raison d’être, il se trouve à la croisée des chemins entre la citoyenneté, la diversité dans sa richesse, ses échanges, il augmente nos consciences. La manière dont il s’inscrit dans le présent, le réel, me parle, comme son audace, le fait de ne pas avoir peur d’aller à la confrontation des idées pour qu’il y ait un débat sain. La primauté de la connaissance et de la culture passe par là, la culture, le théâtre, des conférenciers de qualité. C’est un endroit qui ventile les idées et nous rappelle qu’elles sont plurielles. En tant que Belge issu de la culture dite berbéro-musulmane, il y a aussi une force symbolique et fraternelle entre nous. Je me sens unique quand je viens au CCLJ et à la fois chez moi, humain, pour ce lien universel, dans la continuité de ce qui m’habite et m’occupe. Je suis convaincu que le CCLJ a d’ailleurs dépassé le qualificatif « communautaire » qui le définit, sinon il n’aurait pas tenu dans la durée. Je le vois plus « culturel », évoluant avec son temps. Une dernière chose nous réunit : nous avons les mêmes amis, mais aussi les mêmes ennemis, les antisémites et l’extrême droite. La mémoire de la Shoah n’est pas la seule mémoire des Juifs, elle est notre mémoire à tous, elle est notre histoire.

    Sam Touzani, Comédien

    On me dit souvent que Jewpop représente une « bulle de respiration » au sein de la communauté juive française. J'imagine que cela sous-entend un esprit d'ouverture, de tolérance et de liberté. Tout ce que j'ai eu le bonheur d'éprouver lorsque j'ai découvert le CCLJ à l'invitation de Jean-Marc Finn. Je n'ai hélas eu l'occasion de me rendre au CCLJ que deux fois (notez le subtil appel du pied pour s'y faire réinviter !), pour y présenter deux livres d'humour, mais j'y ai toujours trouvé des personnes formidables, un lieu d'une rare convivialité, accessible à tous, comme il n'en existe quasiment pas à Paris. Décidément nos voisins bruxellois ont tout compris, bien avant nous. Alors un très bel anniversaire, et « jusqu'à 120 comme à 20 ! », comme on dit chez nous ! 

    Alain Granat, Directeur de la publication Jewpop


     
     

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    http://www.respectzone.org/fr/
    • Par Reine - 13/02/2020 - 11:59

      Je souhaitais répondre au sondage mis en ligne au sujet des 60 ans du CCLJ mais malheureusement le nombre de réponses proposées est très faible et ne me permets pas de répondre convenablement.

      Je le regrette et vous souhaite longue vie

      Reine