Au CCLJ

Guy Haarscher "Comme un loup dans la bergerie"

Mardi 22 novembre 2016 par Nicolas Zomersztajn

Professeur émérite de philosophie de l’ULB, Guy Haarscher vient de publier Comme un loup dans la bergerie (éd. du Cerf), dans lequel il montre comment les ennemis de la démocratie adoptent le langage des droits de l’homme pour mieux les ruiner, tel un loup qu’on laisse entrer dans la bergerie. Il présentera ce livre au CCLJ le jeudi 24 novembre 2016 à 20h.

 
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    Les forces hostiles au progrès, à la démocratie, aux droits de l’homme et à la laïcité ont longtemps choisi de s’y attaquer frontalement. Mais dans des sociétés occidentales démocratiques et pluralistes, cette stratégie s’avère généralement contreproductive. Elle a certes le mérite de la clarté, mais elle est bien trop caricaturale pour emporter l’adhésion des démocrates indécis ou dans le doute. C’est la raison pour laquelle certains adversaires de la démocratie et des droits de l’homme ont choisi d’adopter une stratégie plus sophistiquée, celle que Guy Haarscher compare à l’action du loup dans une bergerie. Comme lorsqu’on laisse s’introduire une personne ou un élément dangereux, il pourra ensuite aisément ruiner de l’intérieur tout ce qu’il méprise. « L’adversaire, à la différence de l’attaque frontale, adopte nos prémisses », souligne Guy Haarscher. « Il parle le langage des droits de l’homme et de la démocratie. Mais il fausse le sens des notions utilisées et fait dévier l’argumentation de son cours rigoureux ».

    Comment savoir si nous, démocrates sincères, sommes confrontés à un « loup » ayant pris l’apparence rassurante d’un « mouton » ? C’est justement ce que tente de faire Guy Haarscher dans ce livre en examinant entre autres la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et de la Cour suprême américaine lorsque la liberté d’expression est confrontée à des demandes déguisées de censure (blasphème) ou lorsque la liberté de la pensée est confrontée à des exigences créationnistes dissimulées sous un langage politiquement correct.

    L’exemple de l’intervention de Tariq Ramadan en 1993 dans la déprogrammation de la pièce de théâtre Le Fanatisme ou Mahomet de Voltaire nous éclaire admirablement sur la stratégie du loup dans la bergerie en matière de blasphème. Le prédicateur islamiste genevois ne parle pas de blasphème ni de censure, mais de respect et de délicatesse envers les musulmans. Et Tariq Ramadan d’ajouter que tous les croyants, quels qu’ils soient, ont le droit à ne pas être offensés dans leurs convictions et leurs sensibilités. En utilisant la rhétorique des droits de l’homme, et non en tenant le discours frontal de l’atteinte à Dieu, Tariq Ramadan aboutit au même résultat : la censure d’une pièce de théâtre.

    La stratégie du loup dans la bergerie place évidemment les cours et tribunaux dans une situation délicate. Quand ils doivent traiter des cas aussi flagrants que des injures racistes, ils peuvent condamner aisément. Mais lorsque le langage utilisé est contourné, cela devient difficile. « C’est la raison pour laquelle je suis convaincu que l’éducation des citoyens est essentielle », insiste Guy Haarscher. « Car les tours de passe-passe auxquels les « loups » se livrent en glissant notamment de l’offense à Dieu à l’offense faite aux croyants ne résistent pas à la critique. Les citoyens doivent donc apprendre à exercer leur raison critique quand ils entendent ces « loups » et surtout, ne pas croire en la simplicité de la notion de droits de l’homme qui recèle hélas de nombreux pièges qu’ils manipulent habilement ». L’éducation, le libre examen et l’esprit critique demeurent ainsi les seuls outils à notre disposition pour que la démocratie et les droits de l’homme ne soient pas pris en otage par leurs adversaires.


     
     

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